L’actualité a été bien chaude cette semaine. Et dynamique ! Il nous fallait bien du dynamisme pour affronter la crise économique de plus en plus aigüe et le terrorisme qui guette. Plutôt que de s’attaquer à ces deux véritables priorités, les Tunisiens préfèrent s’entretuer en se créant des problèmes là où il n’y en a pas. A l’actualité cette semaine, donc, l’arrestation puis la libération d’un imam ; les avocats interdits d’exercice ; l’Allemand attrapé dans une chambre d’hôtel avec une Tunisienne ; la convention entre Yassine Brahim et Lazard ; les batailles rangées au sein de Nidaa et le voyage de Rached Ghannouchi et Mohsen Marzouk à Washington. Aucun de ces sujets ne figure parmi les deux véritables priorités indiquées plus haut et ce sont pourtant ces sujets qui ont fait la une des médias cette semaine. Conclusion : ce pays n’est pas encore sorti de l’auberge.
Trois parmi nos plus célèbres avocats ont donc été interdits d’exercice. Le problème devrait être résolu cette semaine et on peut s’attendre à une sage rétractation dans cette décision liberticide et dangereuse. Qu’est-ce qu’on leur reproche ? D’avoir participé à des émissions télévisées dans lesquelles ils ont défendu les dossiers de leurs clients. Ils ont violé, de ce fait, l’article 23, paragraphe b, du décret-loi numéro 2011-79 du 20 août 2011 qui interdit « la participation ou l’animation, d’une manière périodique ou continue, de programmes médiatiques quelle qu’en soit la nature avec ou sans rémunération ».
Il se trouve cependant que le décret-loi en question n’a jamais été respecté et ce pour une raison toute simple : il va à l’encontre du bon sens. Partout dans le monde, les avocats participent aux émissions télévisées et défendent les dossiers de leurs clients quand ces dossiers intéressent l’opinion ou sont d’ordre public. C’est une pratique courante dans toutes les démocraties. Cette liberté d’expression est signe d’une bonne santé démocratique. En 2014, la Tunisie a adopté une nouvelle Constitution et celle-ci consacre cette liberté d’expression rendant, du coup, caduque le paragraphe b de l’article 23 du décret-loi 2011-79, puisque ce paragraphe est tout simplement anticonstitutionnel.
Quelle mouche a piqué l’Ordre des avocats, qui a reçu un prix Nobel il y a quelques semaines à peine, pour mettre en exécution un texte anticonstitutionnel, sans même en avertir les intéressés au préalable ? D’après plusieurs avocats, c’est une simple jalousie à l’encontre de leurs confrères « vedettes ». Certains avocats en ont marre de ces « stars » qui réussissent à séduire de nouveaux clients grâce à leurs apparitions médiatiques. Plutôt que de travailler ardument et devenir « célèbre », certains avocats font ce qu’on sait faire de mieux : casser ceux qui le sont, de telle sorte qu’ils soient « inconnus » comme les autres. C’est toute une mentalité, c’est toute une culture ! On adore nous entretuer, on adore s’empêcher de réussir les uns les autres.
La solution ? Il faut « constitutionnaliser » nos textes de lois et ce serait bien que les avocats « victimes » commencent par ce paragraphe b de l’article 23. Première étape, attaquer tout le décret-loi devant le tribunal administratif, puisqu’il n’a pas été adopté par une assemblée, puis faire de telle sorte que ce paragraphe liberticide et moyenâgeux disparaisse de la IIème constitution tunisienne.
Nos avocats ont toujours été une fierté. Ils ont fait partie des plus grands opposants de la dictature et leur corporation était quasiment une des rares où il y avait toujours eu des élections totalement libres. Leur rôle durant la révolution a été déterminant et ceci ne s’est pas arrêté durant toute la période transitoire jusqu’aux élections de 2011, puis sous la troïka. Ce rôle déterminant a été consacré par la plus haute distinction mondiale, le Nobel. Ce serait dommage, un grand dommage, que quelques jaloux viennent gâcher tout cet acquis, tout ce capital-sympathie, tout ce qu’ont réalisé les « grands » parmi eux !
L’autre sujet préoccupant de la semaine, nonobstant les deux priorités que sont l’économie et le terrorisme, c’est le voyage de Mohsen Marzouk et Rached Ghannouchi à Washington. On ne sait pas grand-chose sur le planning du chef d’Ennahdha, mais le SG de Nidaa a publié le sien.
Parmi les rendez-vous de M. Marzouk, un dîner avec l’ancien patron de la CIA et un autre avec un grand directeur de la NSA. De quoi peut parler un barbouze américain avec un homme politique tunisien qui, théoriquement, n’appartient pas au ministère de l’Intérieur, ni même à l’appareil de l’Etat ? Mystère ! Le pire, c’est que cela n’émeut personne. C’est comme si l’on s’était habitués, depuis 2011, à ce que tout un chacun traite avec les services étrangers de renseignement et à trouver cela tout à fait ordinaire.
C’est un secret de Polichinelle que de dire que ces services ne fonctionnent plus comme avant, avec des espions à la James Bond. Outre les innombrables méthodes d’infiltration électronique (portables, ordinateurs), on crée désormais des officines sous forme d’ONG qui font le travail pour vous. Des échoppes aux belles vitrines qui luttent pour les droits de l’Homme, la transparence, la bienfaisance ou le journalisme dit de qualité.
Derrière ces vitrines, des Tunisiens qui diabolisent les uns et transforment les autres en anges. Ils sont (ou croient être plutôt) des experts en tout et vous donnent des leçons sur n’importe quel sujet. Détenant la science infuse, ils te taxent d’idiotie chaque fois que tu as une opinion contraire à la leur.
Pour ces « têtes bien pensantes », tu es (au choix) despotique, corrompu, non doté de cerveau, menteur, manipulateur et la liste est longue. Dans un premier temps, on peut se dire naïvement, que ces « compatriotes » luttent réellement pour la bonne cause. Et ils sont peut-être sincères. Mais à un moment ou un autre, il faut marquer un temps d’arrêt et regarder ce qui se cache à l’arrière boutique. Derrière les vitrines, il y a des Tunisiens qu’on suppose patriotes et bienfaisants et derrière ces Tunisiens il y a un tas de « bons et gentils » mécènes qui s’appellent George Soros, Anne Sinclair et Cheikha Mooza. Mais qu’est ce qu’il y a derrière ces mécènes ?
Je ne suis pas adepte de la théorie du complot, mais il n’est pas dit que la Tunisie est un pays de Bisounours non plus.
Quand tu as les chefs des deux premiers partis du pays qui partent en même temps à la capitale mondiale de la politique, que l’un d’eux rencontre des personnalités de premier rang en matière d’espionnage et que l’on ne sache pas grand-chose sur qui l’autre a rencontré, il est nécessaire de marquer un temps d’arrêt et de réclamer des comptes.
Quand tu as un ancien candidat à la présidentielle qui fait financer sa campagne par des puissances étrangères et réussisse à obtenir le silence de la Cour des comptes, il faut marquer un temps d’arrêt.
Quand tu as des échoppes financées en toute opacité par des étrangers qui multiplient les campagnes de diffamation et de diabolisation contre certaines institutions et/ou personnalités nationales, il est impératif de marquer un temps d’arrêt et de chercher à savoir qui fait quoi et pour le compte de qui.
Des millions de dinars sont brassés chaque année par ces salariés de l’étranger qu’on appelle naïvement « militants » et personne ne parle de souveraineté nationale.
En théorie, si ce pays fonctionnait normalement, le procureur de la République aurait dû prendre en charge, depuis belle lurette, le dossier des associations et ONG financées de l’étranger. Le hic, c’est qu’on est en train d’occuper le procureur avec le dossier d’une Tunisienne qui couche avec un Allemand et d’un rappeur arrêté avec quelques grammes de cannabis.










