Par Hédi Ben Abbes*
Il est inadmissible de rester spectateur face au drame qui secoue notre pays aujourd’hui et silencieux au regard de l’irresponsabilité dont témoigne une partie de la classe politique. Le spectacle affligeant dont nous a gratifié ce week-end Nidaa Tounes, traduit à quel point le climat politique dans notre pays est devenu exécrable. Inconscience, arrivisme, manque de patriotisme, intérêts personnels, mafia, complots, violence – j’en passe et plus encore -, ce sont les termes utilisés pour qualifier la situation dans le pays !
Le peuple a confié les rênes du pays à Nidaa, et voilà qu’il s’illustre dans une mascarade sans nom. Ce parti hétérogène était censé réformer le pays, affronter les défis de la sécurité, promouvoir le développement économique et social. Allié d’Ennahdha avec une majorité confortable au parlement, une population résignée a cru bon que le pire était derrière elle.
Hélas, non. Et résultat des courses, un immobilisme généralisé, un gouvernement paralysé, une insécurité accrue avec la présence de Daech aux frontières de notre pays. Les indicateurs économiques sont pourtant au rouge foncé et pendant ce temps, les uns cherchent à installer une sorte de pourrissement afin de mieux « profiter » de la situation ; les autres, empêtrés dans leur égoïsme et leur inconsistance se battent comme des vautours sur une Tunisie presque à terre.
Il est grand temps de dire STOP, de dire NON. Le président de la République doit prendre les choses en main et assumer ses responsabilités de chef d’Etat. Il ne peut accepter de voir la Tunisie sombrer dans la médiocrité qui a envahi tous les secteurs, à commencer par la sphère politique.
On aurait aimé voir ce gouvernement réussir et stabiliser le pays en entamant les réformes nécessaires à son développement. Sa réussite aurait été la réussite de tous les Tunisiens. Ne serait-ce qu’une lueur d’espoir, un début de projet. Mais hélas, rien de tout ça n’a eu lieu et nous sommes allés de l’incrédulité au désespoir en passant par le sentiment de s’être « fait avoir ».
J’accuse une grande partie de la classe politique d’être complice d’un crime sociétal contre notre pays. Par son inconscience et son irresponsabilité, elle est en train de compromettre l’avenir du pays et faire le lit des barbares qui jubilent face à cette débandade.
J’accuse une bonne partie de la classe politique de vouloir étouffer dans l’œuf notre démocratie naissante.
J’accuse tous les frileux, les adeptes de « akhta rassi wadhrib », ceux, qui par leur silence et leur inaction, se rendent complice de ce crime contre la Tunisie.
J’accuse tous les clientélistes et les opportunistes d’être sous l’emprise d’un égoïsme abject au détriment d’un pays déjà exsangue et au bord de la faillite.
J’accuse tous ceux qui veulent mettre en place une fausse alternance politique qui condamne le pays à subir l’immobilisme et qui pérennise le clientélisme.
A tous ceux dont l’amour du pays coule encore dans les veines. Ceux pour qui l’idée de l’intérêt général a encore un sens. Pour qui la politique est synonyme de servir et non de se servir(!). Pour qui le mot abnégation veut encore dire quelque chose, pour qui l’honnêteté, le travail et la compétence sont des valeurs absolues. A ceux pour qui le salut de la Tunisie est un devoir moral, je vous invite à ne jamais perdre votre capacité d’indignation, à ne pas céder au désespoir, à croire encore et encore dans votre capacité d’influer sur le cours des évènements.
Seul, un engagement désintéressé et sans équivoque pourra sauver la Tunisie et, par là-même, sauver notre conscience collective.
Il est grand temps de se mobiliser de manière républicaine et pacifique pour sauver ce qui peut l’être encore avant qu’il ne soit trop tard.
Il est grand temps de FAIRE LA POLITIQUE AUTREMENT par le rétablissement des valeurs.
La seule cause qui vaille la peine d’être défendue, c’est la cause de la Tunisie.
*Universitaire, dirigeant d’entreprise et ancien secrétaire d’Etat au ministère des Affaires étrangères.










