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L’Etat recule jusqu’à tomber à la mer

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    Il a vécu comme un grand, il est mort comme un grand et il a laissé des grands derrière lui. Repose en paix Ahmed Brahim ! Azraël, serre à droite !

    A l’actualité cette semaine, la décision de l’UGTT d’une grève du secteur de la Santé le 28 avril courant, les grabuges à Kerkennah et les nouvelles révélations d’Inkyfada dans l’affaire des Panama Papers.

     

    Il s’appelle Adel Zouaghi, il est secrétaire général adjoint de la Fédération régionale de la Santé de Sfax et ne cesse de faire parler de lui ces derniers mois. Depuis la nomination d’un nouveau directeur général au CHU Habib Bourguiba de Sfax. Les syndicalistes ne veulent pas de lui au prétexte qu’il est originaire de l’Hôpital militaire. Quelle est la différence entre un cadre médical provenant du civil et un autre issu de l’armée ? Aucune, a priori. La rigueur, peut-être ? La rigueur justement ! Les syndicats de Sfax ne veulent pas d’un médecin rigoureux qui ferait marcher l’hôpital comme un militaire. Alors, ils rouspètent, ils protestent, ils manifestent. C’est de la bonne santé démocratique, diriez-vous ? Le slogan est pompeux, mais il est valable pour des personnes civilisées et bien éduquées.

    Au syndicat de la santé de Sfax, tout le monde n’a pas bénéficié d’une bonne éduction. Et lorsqu’on est mal éduqué, on ne proteste pas, on insulte ! La défunte mère du ministre a eu son lot d’insultes de la part de certains membres de ce syndicat. Et lorsqu’on est mal éduqué et que, malgré les insultes, on n’obtient pas gain de cause, on passe à la menace. Étape qui précède généralement l’agression physique.

    Le nouveau mot à la mode en Tunisie est le djihad. Va pour le djihad, dira ce Adel Zouaghi en s’adressant à des journalistes de la chaîne Al Hiwar, après les avoir empêché de faire leur travail. Il n’avait pas le droit de les empêcher et encore moins de les menacer, mais Sfax est devenue une zone de non-droit. Les cadres et les médecins ont beau appeler au respect de la loi, rien n’y fait.

    Interrogé sur la menace proférée, l’intéressé rassemble tout son courage et botte en touche ! Quand on est mal éduqué, on ment. Farhat Hached se retourne dans sa tombe.

    L’UGTT, co-récipiendaire du Prix Nobel de la Paix, s’est-elle élevée contre les insultes visant le ministre et les menaces de djihad ciblant les journalistes ? A-t-elle appelé au respect de la loi et la primauté de la loi ? A l’UGTT, on préfère cautionner. Farhat Hached se retourne dans sa tombe.

    Mais pourquoi donc l’UGTT cautionnerait-elle des syndicalistes mal élevées qui salissent la corporation, le syndicat et le pays ? En prévision du congrès qui devrait se tenir vers le mois de décembre, certains dirigeants de fédérations ont besoin de voix pour se faire élire et le sieur impoli cité plus haut a la réputation de pouvoir rameuter les foules et remplir les urnes. A moins que l’on ait besoin de gros bras et de djihadistes pour tenir ce congrès, ce qui n’est pas à exclure, du reste. Allez Farhat Hached, retourne-toi encore une fois ! Certains de tes enfants ne veulent pas que tu reposes en paix ! 

     

    Pas loin de Sfax, à quelques encablures, il y a Kerkennah. Une île havre de paix qui a enfanté plusieurs grands de ce pays. Farhat Hached fait partie de ceux qui sont nés ici. Le pauvre, il n’a pas encore fini avec ses enfants, voilà que ses « neveux » s’y mettent à leur tour !

    Petrofac, une société pétrolière exerçant dans la région a eu la mauvaise idée, en pleine révolution, d’accorder des primes à des diplômés de l’enseignement supérieur. Question de les aider à affronter le quotidien en attendant des lendemains meilleurs. Le mot à la mode à l’époque était « C’est la révolution de la dignité !».

    En toute « dignité », quelques centaines de Kerkenniens ont alors bénéficié de cette prime. En contrepartie, ils devaient s’occuper de l’écologie de l’île. Ils n’en feront rien ! Leur « dignité » de diplômés de l’enseignement supérieur les empêche de s’occuper de ramasser les saletés jonchant ce coin, jadis paradisiaque. Et pourquoi travailler d’ailleurs quand on a une société pétrolière qui vous sauve votre dignité en vous octroyant une prime provenant de « leurs propres richesses naturelles ». Le fait est que la rente a fait lécher les babines d’autres diplômés d’autres régions. En toute dignité, ils ont fait le chemin pour aller sur l’île et bénéficier de la « rente » de Petrofac. De quelques centaines de « dignitaires », on est passé à quelques milliers. Petrofac apprendra ainsi à mieux jouer aux affaires sociales et aux sauveurs de dignité. N’en pouvant plus, elle délègue la distribution de la prime aux autorités de la région, lesquelles savent qui est « dignitaire » et qui ne l’est pas. On met alors un peu de rigueur dans tout ce manège. Mal leur en a pris, car ici aussi on n’aime pas la rigueur. Alors, on rouspète, on proteste et on manifeste. C’est de la bonne santé démocratique, diriez-vous ? Le slogan est pompeux, mais il est valable pour des personnes civilisées et bien éduquées.

    A Kerkennah, tout le monde n’a pas bénéficié d’une bonne éduction, surtout avec tous ces intrus opportunistes venus de toutes parts. Et lorsqu’on est mal éduqué, on ne proteste pas, on insulte, on bloque les routes, on incendie les véhicules des représentants des forces de l’ordre et on les jette carrément à la mer. Après Sfax, c’est Kerkennah qui est devenue une zone de non-droit.

    Les syndicats de la région surfent sur la vague et soutiennent les manifestants. Rapidement soutenus par des anarchistes du Front populaire et des barbares du parti Ettahrir. Lequel parti est fervent partisan du djihadisme comme l’énonce leur chariâa.

    Quand on devient une zone de non-droit, on ne parle plus de loi. Ici, on interdit aux caméras de filmer et on parle djihad. Là, on interdit aux camions de circuler et on rêve du djihad.

    Voilà ce qui arrive quand l’Etat recule ! Et l’Etat ne cesse de reculer, en dépit de la résistance de certains ministres et gouverneurs. A Kerkennah, on vient de libérer les suspects impliqués dans les grabuges. A Sfax les syndicalistes continuent à bénéficier de l’impunité.

    Ce n’est certainement pas avec un Etat qui régresse et des zones de non-droit qu’on va pouvoir ramener des investisseurs, obtenir de la croissance et employer des chômeurs. On le sait tous ! S’il continue encore à reculer, l’Etat ne peut que chuter.

    A titre de rappel, pour ceux qui l’ont oublié, l’objectif final du parti Ettahrir and co, c’est de faire chuter l’Etat. Ils ont entamé la démarche en 2011 et ils continuent encore en 2016.

     

    Pendant que les uns font le djihad, les autres sont encore occupés par les Panama Papers. La dernière révélation d’Inkyfada a un grand mérite : non pas le fait de dévoiler la participation d’islamistes d’Ennahdha dans des entreprises médiatiques à travers des sociétés écran, ça on le sait déjà. La révélation d’Inkyfada est d’avoir mis à nu plein d’hypocrites qui, du jour au lendemain, ont fait un virage de 180° dans leurs positions vis-à-vis du site.

    Quand c’était Mohsen Marzouk le concerné, ils ont crié au scandale, ils ont saisi la justice (Attayar), ils ont multiplié les communiqués (Irada, CPR, Jomhouri, Wafa) et refusaient d’émettre le moindre doute quant au contenu des révélations. Mais quand c’est des dirigeants d’Ennahdha qui ont été cités, tout ce beau monde d’autoproclamés intègres et propres s’est muré dans le silence. Il y en a même qui se sont mis à insulter Inkyfada et ses journalistes, en les accusant de tous les torts, alors qu’ils les encensaient il y a à peine quelques jours.

    A défaut de véritable révélation sur quoi que ce soit, Inkyfada a eu néanmoins le mérite de mettre à nu les hypocrites. C’est déjà cela de gagné ! 

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