Trois ans durant, le parti qui a gagné les élections en 2011 a installé ses hommes au sein de l\’administration, a miné le ministère de l\’Intérieur et à mis la main sur l\’ensemble des institutions de l\’Etat en tentant de transformer la société, s\’attaquant aux syndicats et mettant à genoux des chefs d\’entreprises qui ne savaient plus s\’ils avaient été malhonnêtes ou pas.
Avant cela, il a œuvré pour que l\’amnistie englobe l\’ensemble de ses troupes, y compris ceux qui avaient pris les armes. Ils ne se sont pas contentés de cela, ils ont tissé leurs relations avec leurs « confrères » en Libye et en Égypte en particulier et ont bénéficié de soutiens énormes d\’Etats comme le Qatar, voir la Turquie. Ils étaient en place suite à des élections qu\’ils ont gagné largement devant les autres. Ces autres, qui ont fait des pieds et des mains pour s\’arracher leurs faveurs, ne disposant point d\’assises qui leurs permettraient d\’aspirer au firmament sans leur bénédiction. Depuis les choses ont changé et un homme a su réunir autour de lui et d\’un parti qu\’il a créé de toutes pièces des personnalités que rien ne pouvait unir sinon un projet qu\’il a pu conduire : ensemble pour sauver le pays de l\’abîme vers laquelle il se dirige.
Il est vrai, cela sans véritable programme de gouvernance. Mais qu\’importe. Il fallait les sortir de là d\’abord et on verra ensuite. Pari tenu. Une fois au pouvoir que faire ? Se battre seul contre une administration minée, un ministère de l\’Intérieur au sein duquel une police parallèle s\’est installée? Se battre contre des gens qui ont peur de revenir en prison et qui sont prêts à tout pour ne pas perdre leur droit de vie, y compris mettre le feu au pays ?
Béji Caïd Essebsi a fait un choix. Le plus difficile certes, le plus impopulaire certes. Mas il a préféré avoir Ghannouchi à côté de lui plutôt que contre lui. Le temps de redonner au ministère de l\’Intérieur et celui de la Défense les moyens de jouer leurs rôles, celui de veiller à l\’intégrité du pays indépendamment des partis qui le contrôlent. Il a préféré montrer à Ghannouchi et les siens, que le pays pouvait contenir tout le monde et que eux aussi pouvaient aspirer à une meilleure qualité de vie et avoir accès à leur tour au business et à la prospérité. Qu\’ils pouvaient être dans l\’administration, non pas en « sous-marins » mais clairement identifiés et jouant à leur tour leur rôle dans le développement des institutions du pays. Il a préféré les associer au changement de cap diplomatique du pays après leur désastreuse manière de faire et leurs prises de positions qui nuisaient aux intérêts du pays.
Pari risqué? Certes, pari difficile tellement nous n\’avons pas confiance en Ennahdha, mais pari indispensable si on veut éviter la confrontation et si on veut éviter que le pays ne sombre définitivement dans la division. Ce pari, Béji sait qu\’il l\’a mené tenant compte de la spécificité du tunisien qu\’il sait jaloux de ses acquis. D\’autres pourront voir les choses autrement. Lui il l\’a vu ainsi. L\’Histoire dira s\’il a eu tort ou raison.










