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Yassine Brahim, ou comment faire l’autruche

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    Dans les plus grandes démocraties du monde, les scandales financiers et autres révélations touchant de hauts fonctionnaires de l’Etat, des dirigeants d’entreprises ou des chefs de partis politiques font tomber des têtes. Ou du moins, sont suivies de droits de réponse, de démentis ou de réactions enflammées traitant les médias à l’origine de ces révélations de collabos et de diffamateurs. En Tunisie, c’est le troisième cas qui est souvent d’usage.

     

    Les révélations faites par Business News dans son article du 6 mai, au sujet de la délibération autour de l’appel d’offres relatif au plan quinquennal de développement du département de Yassine Brahim, n’ont été suivies d’aucun commentaire de la part du principal intéressé. Dans cet article, des documents révèlent que les circonstances de l’octroi de l’appel d’offres relatif à la promotion du plan de développement 2016-2020, au Groupement Arjil Groupe Altium/Comete Engineering/Jeune Afrique Events sont assez suspectes. Un autre soumissionnaire, le Groupement Edmond de Rothschild/Esl&Network, a contesté cette décision la qualifiant de suspecte. Les faits montrent, en effet, que le classé deuxième financièrement, dans cet appel d’offres, est passé premier et que c’est le plus cher qui a remporté le marché, faisant passer l’offre du simple au double.

    Le ministère aurait pu tout simplement faire taire les voix contestataires et mettre un terme aux suspicions en rendant public le tableau des notations comparatives, comme il est d’usage dans ce genre de cas. Simplement, ceci n’a pas été fait. C’est que la transparence ne semble pas être une priorité pour ce département qui s’est, pourtant, promis d’assainir le climat des affaires en y apportant sa touche. Mais on reste, aujourd’hui encore, loin du compte et la porte reste grand ouverte aux suspicions.

    En réalité, les documents révélés par Business News sont sans équivoque. S’ils ne mettent pas le doigt sur les raisons derrière l’octroi du marché au groupement Altium/Comete Engineering/Jeune Afrique et l’éviction de celui de Edmond de Rothschild/Esl&Network, ils montrent clairement que des zones d’ombre entourent cette affaire. Mais réagir à des enquêtes et des articles journalistiques n’est pas une tradition bien de chez nous.

    Chez nous, on répond à demi-mot afin de donner l’impression d’avoir réagi, on insulte ceux à l’origine de telles révélations en leur inventant un prétendu « agenda » ou on se tait. Ce dernier cas de figure représente, chez nous, la plus fiable des confirmations. « Je n’ai rien à dire, ce que vous dites est vrai », est c’est ce que semble dire Yassine Brahim aujourd’hui face à la polémique.

    La présence des membres de la famille du fondateur de JA, au consulat, le jour même de l’annonce d’attribution de l’appel d’offres serait « une pure coïncidence ». Celle de Dominique Strauss-Kahn parmi les partenaires ayant remporté ledit appel d’offre, « il faut voir sa face positive ». C’est ce qu’on appelle noyer le poisson, faire l’autruche ou autres expressions à références animalières.

    Faut-il fermer les yeux, considérant que si le climat des affaires tunisien est toujours aussi opaque, c’est qu’il ne risque pas de changer aujourd’hui ? Faut-il s’offusquer de telles pratiques et réclamer une totale transparence sur ces marchés de grande importance nationale ? Pour l’instant, aucune réponse digne de ce nom n’a été formulée par le principal concerné ni par l’affirmative ni par le démenti.

    L’affaire Lazard était « une tempête dans un verre d’eau », mais qu’en est-il de celle de Arjil / DSK/JA? Monsieur le ministre, nous ne demandons  qu’à le savoir…

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