Un enfant de quatre ans égorgé. C’est bien le genre de fait divers qui déchaine les passions et déclenche un flot de haine et de bêtise. Bien sûr, il s’agit d’un fait divers tragique. Il n’existe pas de mots pour exprimer toute la douleur que peuvent ressentir les parents de cet enfant. Par contre, il en existe beaucoup pour décrire les réactions d’une société malade face à un tel événement.
Depuis hier, des milliers d’appels à l’application de la peine de mort ont été émis contre le jeune qui a perpétré l’horrible crime. Certains ont même appelé à ce que ladite pendaison se fasse en place publique. La plèbe réclame vengeance !
Le débat sur la peine de mort, son existence dans le droit tunisien mais sa non-application en vertu d’un moratoire tacite datant des années 90, est long et inutile. Long car il s’agit d’une question importante et inutile. On reste, en effet, gouvernés par l’émotion surtout devant un crime aussi horrible que le meurtre d’un enfant. C’est un débat juridique qui ne peut se tenir que dans un climat apaisé et qui devra se baser uniquement sur ce que préconisent les droits de l’Homme.
Par contre, c’est la duplicité qui est intéressante. Il y a peu de temps, un débat a eu lieu sur la scène publique concernant l’égalité de l’héritage entre hommes et femmes. Evidemment, le débat a pris une tournure religieuse sachant que le partage de l’héritage est régi expressément par le Coran. Les modernistes qui défendent cette proposition estiment qu’il y a une évolution à faire dans cet aspect et que la religion et le Coran ne sont pas figés. Indépendamment de ce qu’on peut penser de cette affirmation, il est intéressant de voir que les mêmes modernistes invoquent les préceptes religieux et surtout la loi du talion pour venger la mort de l’enfant et exiger que son assassin soit exécuté !
Donc, si on suit le raisonnement, la religion et le Coran ne sont pas figés quand il s’agit d’héritage, mais se trouvent bien pratiques quand il s’agit de se venger. On a même vu un plateau télé consacré à ce fait divers pour nous expliquer pourquoi la peine de mort n’est pas du tout moralement condamnable et que c’est même un facteur de stabilité et de justice dans une société. Comment ? C’est la religion qui le dit ! C’est quand même bien pratique…
Il y a aussi la récupération politique de l’affaire. Et quand il s’agit de récup, d’élégance et de respect, on a de vrais champions en Tunisie. La première à s’être distinguée est l’élue Ennahdha, Yamina Zoghlami. Bien sûr, elle a suivi le déroulement de l’affaire depuis le matin avec les autorités compétentes. La récup vient plus tard puisqu’elle dit : « Je vais demander l’application de la peine de mort à ceux-là et c’est à la demande des habitants, des amis et des personnes du quartier que j’ai trouvé en grand nombre à l’hôpital Charles Nicolle ». Ce n’est pas beau ça ?
Mais la palme de l’élégance, du respect à la victime et à sa mémoire revient incontestablement à Skander Rekik, un des soutiens les plus bruyants de Moncef Marzouki. Sur sa page, il a partagé la photo d’un enfant supposé être celui qui a été tué. Avec cette légende : « Pardon mon petit, ton assassin et ton violeur n’est ni un barbu ni un intégriste pour que l’on fasse du bruit et pour que l’on exploite ça pour fermer plus de mosquées et de jardins coraniques. Pardon mon petit mais ton mauvais destin a voulu que tu sois violé et tué en silence et que tu meurs dans le calme pour que tu ne menaces pas notre démocratie naissante ». Y a-t-il besoin de commentaires après cette diarrhée ?
Puisqu’on est dans le dégueulasse, continuons sur notre lancée. Il faudrait faire quelque chose contre les parents qui livrent leurs enfants à eux-mêmes dans la rue. Je ne parle pas de ceux de l’enfant qui vient d’être tué. Eux se sont retrouvés frappés d’une catastrophe dont personne ne peut mesurer l’ampleur. Eux, ils ont fait de leur mieux.
Mais il y a d’autres parents qui devraient répondre de certaines choses : quand on envoie son enfant faire la manche toute la journée, ou vendre quelques malheureux paquets de mouchoirs un peu partout dans la ville, livrés à eux-mêmes, à quoi peu-t-on s’attendre ? Quand des enfants sont aussi négligés, presque balancés dans les rues, il faudrait s’attendre à ce qu’il y ait des meurtres odieux ou des actes de pédophilie et de viol. Il n’y a vraiment pas de solution ? Rien que l’on puisse faire pour éviter un phénomène que nous voyons tous, tous les jours ?
La peine de mort est bien utile. Elle sert à masquer les vrais problèmes et à détourner les yeux de la population vers un spectacle morbide. La peine de mort sert à mettre fin au symptôme sans traiter la maladie. Tant que les enfants seront jetés dans les rues on aura d’autres faits divers du genre, mais ce n’est pas grave, on tuera les assassins, en attendant le prochain cadavre…










