L’hypocrisie est le leitmotiv de toute action politique. Mais cette hypocrisie atteint son paroxysme quand on parle argent. Face à la question du financement, les politiques sortent sans broncher leur argument fétiche : « Fais ce que je dis, ne fais pas ce que je fais ». Oui, car en public, c’est la carte de la transparence qu’on brandit à tout va. On combat la corruption, on parle d’honnêteté et d’intégrité en tirant à boulets rouges sur ceux qui ne le seraient pas. Mais dans les faits, on devrait tirer sur tout le monde (ou presque) car de cette transparence il n’en est rien.
Des partis politiques se disant proches du peuple et très terre-à-terre sortent, subitement et comme par magie, le grand jeu lorsqu’il s’agit d’organiser des démonstrations de force. Quand il faut rassurer (ou se rassurer) sur son réel poids politique, intimider ses adversaires ou annoncer un grand come-back, tous les moyens sont bons. On organise des congrès en grande pompe où les invités sont conviés en masse, on sort les grands moyens et on ne lésine pas sur les détails. On loue les plus grandes salles de conférences, on fait venir des partisans par bus touristiques de tout le pays et on peaufine affichage, sonorisation, écrans géants, hauts parleurs et tout le toutim. Mais comment des partis aussi minuscules que Al Irada ou Ettahrir peuvent-ils se le permettre ?
Ce ne sont sans doute pas les cotisations des quelques adhérents à Hizb Ettahrir qui lui permettent de louer le palais des Congrès ou la Coupole d’El Menzah pour ses congrès annuels. Et c’est encore moins ceux d’Al Irada qui permettent de sortir le grand jeu à la Foire de Sfax et d’ouvrir de nouveaux bureaux alors que le parti vient à peine d’être créé.
Ces partis veulent jouer dans la cour des grands et ils sont prêts à y mettre le prix. Ce ne sera donc pas uniquement Ennahdha ou Nidaa Tounes qui rouleront des mécaniques en organisant des événements nationaux de grande ampleur. Tous les petits peuvent également s’y frotter.
Mais lorsque l’on sait qu’en Tunisie, le financement public est plus que dérisoire et qu’il ne subviendrait même pas aux dépenses des petits gâteaux distribués lors du congrès d’Ennahdha, il y a lieu de se poser des questions. D’où vient donc tout cet argent ?
Un véritable secret de polichinelle sur lequel les politiques se sont bien gardés de répondre. Tous n’ont pas égaré leur registre des comptes comme le CPR de Marzouki en 2011, mais presque tous préfèrent éluder la question épineuse des sources de financement. La majorité des partis politiques entretiennent des rapports tumultueux avec l’argent. Comble de l’ironie, l’opacité est de mise pour ceux qui ne cessent de brandir l’argument de la transparence.
On en sait, en effet, très peu sur les sources de financement et des dépenses des différents politiques de la scène nationale. Mais, ce que l’on sait, en revanche, c’est que monde des affaires et monde politiques font depuis plusieurs années ami-ami afin que chacun puisse trouver son compte. Le nombre d’hommes d’affaires qui se sont joints aux partis de la scène nationale ne se compte plus. Certains ont des dossiers sombres à faire oublier, d’autres briguent des postes de pouvoir et d’autres encore souhaitent donner un coup de pouce à leurs campagnes de lobbying.
Appâter des hommes d’affaires, ou les intimider carrément, fait partie de la stratégie de nombreux partis politiques qui misent sur ces généreux donateurs pour se faire pousser des ailes. Le gagnant est celui qui brandit les meilleurs arguments de vente et qui donne la meilleure contrepartie derrière.
Si aucun parti politique n’a rendu publics les détails de ses dépenses, celles des donations et autres avantages reçus de la part de généreux mécènes sont tout aussi opaques. Idem des financements étrangers dont les soupçons pèsent lourd sur nombre d’acteurs de la scène politique. Turquie, Qatar, et autres pays influents ne sont jamais bien loin à regarder de près certaines campagnes électorales et certains discours persistants.
On dit souvent que l’argent est le nerf de la guerre en politique. Exit les discours et autres programmes, bien souvent ridiculeusement mensongers. L’avenir appartient à ceux qui savent s’entourer et à ceux qui en ont le plus. Tant que la moralité, et la loi, ne réglementeront pas en pratique, la vie politique, les choses en seront toujours ainsi…










