L\’association « Un repas pour chaque Tunisien « qui œuvre pour l\’aide aux personnes démunies par la distribution de repas chaud depuis 2014 est une fois de plus au rendez-vous de ce mois de Ramadan 2016. Elle avait servi plus de 5400 repas au mois de Ramadan 2014 et plus de 16 200 repas durant le ramadan 2015. Cette année l\’association réitère son action caritative pour des personnes visiblement de plus en plus nombreuses. C\’est dans la zone d\’El Mnihla où se situe le centre de distribution de repas gratuits que les familles se retrouvent pour partager ensemble un repas chaud autour de mets très variés. Non loin, des familles vivent dans des garages ghettoïsés illuminés par les immenses réverbères qui longent le centre commercial Mercure…Alors que seuls les hommes se pressent en cuisine pour préparer la chorba et les briques de rigueur, les enfants accompagnés d\’une institutrice étudient leurs dernières leçons en prenant leurs goûters, l\’équipe gérant l\’association s\’affairant à la logistique et au bon déroulement des repas nocturnes ramadanesques. Business News a accompagné l’association dans une journée type de distribution de repas. Reportage.

Mardi 7 juin 2016, il est 17h, quatre hommes s’agitent en cuisine pour concocter les plats qui seront servis pour la rupture du jeûne, ils sont cuisiniers salariés permanents de l’association depuis sa création. Les enfants qui ont terminé leurs séances d’études jouent au foot sur un terrain vague avec des bénévoles en attendant le dressage des tables. Les petites filles jouent également au ballon a défaut de poupée, souvent pieds nus. La violence de leurs conditions de vie ne les empêche pas d’avoir le sourire. Ils parlent des autres enfants qui habitent plus loin dans la ville, de leurs vêtements tout neufs et de leurs jolies maisons. Au même moment, l’équipe de l’association s’est réunie dans une antichambre collée à la cuisine et servant de lieu de stockage des aliments. Ils font les comptes, gèrent les stocks et calculent les rations exacts pour pouvoir nourrir le plus grand nombre.

Les femmes, au loin, sont entre elles et profitent des dernières heures avant le coucher du soleil pour finir leurs taches ménagères. Elles se confient : « Nous vivons comme nous pouvons dans ces garages qui sont des baraques de fortune jusqu’au moment où des habitats seront construits pour nous, nous attendons ce moment avec impatience, le gouverneur de l’Ariana nous l’a promis. La décharge juste derrière nous pourrit la vie car la poussière et le sable rouge créent des allergies dont nos enfants souffrent». 19H45 le muezzin annonce l’heure de manger, 16 familles sont attablées. De jeunes couples, une femme seule avec ses enfants dont le mari s’est immolé quelques jours plus tôt, des couples de personnes âgées également. Les membres de l’association aidés par les bénévoles distribuent les repas : entrée, plat de résistance, dessert, boisson. 20H45 c’est la fin du repas, l’ambiance est chaleureuse, les ventres sont remplis, les enfants donnent un coup de main pour ranger les tables et les chaises, tout fiers de pouvoir mettre la main à la pate. La nuit tombe les moustiques se réveillent et un pitbull assure la sécurité de toute la communauté semi sédentaire semi nomade…

Les cinq amis , membres fondateurs de l\’association « Un repas pour chaque Tunisien » : Hajer Ben Cheikh, Feriel Tellissi, Aicha Belajouza, Omar El Euch et Iyed Tej nous ont indiqué qu\’au départ le pari paraissait risqué et utopique comme l\’a confié Iyed Tej, chef cuisinier au restaurant El Firma: « En 2014 lorsque nous avons débuté les activités de l’association, nous attendions avec doute la venue des familles pour rompre le jeûne avec nous en nous disant que peut-être personne ne viendrait mais la réalité a dépassé nos prévisions et aujourd\’hui nous avons cinq centres destinés à nourrir les plus démunis dont un centre à Kairouan » .

Destinée à aider et apporter une assistance bénévole aux personnes vulnérables et plus précisément dans le domaine alimentaire, par la mise à disposition de repas gratuits tout au long de l\’année, l\’association œuvre également pour nourrir convenablement et surtout dignement les jeunes handicapés du centre d\’insertion de la cité Ettadhamen en collaboration avec l\’Association pour la formation et l\’insertion des handicapés (AFIH). L\’association s\’occupe également de mères célibataires logées dans un centre à la Soukra. Elles sont accompagnées de leurs enfants qui ont entre 1 à 6 mois ; comme l\’indique Iyed Tej: « L\’association pour les mères célibataires existe depuis 3 ans et est destinée à créer une communauté pour ensuite permettre à ces femmes d\’intégrer la vie active. Ce sont souvent des cas sociaux en situation de grande vulnérabilité, nous essayons par nos actions de répandre le sourire au plus grand nombre de personnes possible ».

L\’association agit également de façon ponctuelle et discrète comme lors du couvre feu de 2015 durant lequel des repas chauds ont été distribués aux unités sécuritaires en patrouille. Durant la soirée du réveillon, l\’association réédite également ce type d\’actions. Des paniers repas sont également livrés à des familles d’handicapés au cas par cas dans la zone du Grand-Tunis. L\’altruisme a poussé les membres de l\’association à prendre également en charge les cours de soutien scolaire en faveur des jeunes enfants en fonction de leur niveau, au centre d’El Mnihla. Ainsi, comme le confie Feriel Tellissi, membre fondatrice de l\’association: « Ces cours de soutien scolaire favorisent l\’émulation des jeunes enfants qui au lieu d\’être dans la rue, confrontés à la violence du quotidien se réunissent ici avec leurs livres et leurs cahiers pour étudier et prendre le gouter ensemble. Des progrès au niveau scolaire ont d\’ailleurs été observés ».
La dignité est le maitre mot de l\’association qui est consciente du rôle d\’utilité publique qu\’elle remplit. En effet, dans un contexte de crise économique violente, l’association « Un repas pour chaque Tunisien » remplit les nobles missions d\’un service public en assurant à des familles vivant dans des conditions précaires la possibilité de se nourrir convenablement et surtout dignement. Pourtant comme l\’indique Feriel Tellissi: « Certaines familles, pourtant dans le besoin, n\’osent pas venir à la rupture du jeûne au centre d\’El Mnihla par honte et par peur du regard de l\’autre ».
Sur le long terme, l\’association est destinée à déployer ses activités sur toute l\’année car comme son slogan l\’indique: « La faim n\’a pas de saison« . Pour se financer, l\’association fait essentiellement appel aux dons des bienfaiteurs. Le 16 janvier 2016 l’exposition-vente de l\’artiste Wassim Ghozlani qui a été organisée par l\’association au restaurant el Firma à la Soukra, avait permis de récolter les fonds nécessaires à la construction du centre de El Mnihla. Un gala a par ailleurs était organisé le 27 mai dernier pour collecter des fonds. Les nombreux bénévoles de l’association se déplacent régulièrement pour offrir des denrées alimentaires ou donner de l’argent. Le gouverneur de la ville de l\’Ariana, Mehdi Zaoui, a pour sa part permis à l\’association de disposer des locaux pour installer la cuisine où les repas sont préparés et l\’antichambre servant de salle de classe pour le soutien scolaire des jeunes enfants.
Non loin du centre d\’El Mnihla, les 11 familles en situation de grande détresse financière résident dans des garages ghettoïsés avec en arrière plan la décharge de ferraille et en vue panoramique les belles villas des Jardins d\’El Menzah. Comme elles l’ont expliqué : « Le gouverneur de l\’Ariana a promis de nous reloger dans des habitats prévus à cet effet comme il l\’a fait pour d\’autres familles avant nous »
L’association « Un repas pour chaque Tunisien » dont l’activité caritative est appelée à s’étendre
Indique que toute aide est la bienvenue.
Khawla Hamed











