A l’actualité cette semaine, le très mauvais feuilleton du gouvernement d’unité nationale, la visite en France de Rached Ghannouchi et la libération du postier de Tozeur détenu injustement pendant une semaine.
Il y a un an, l’actualité de la semaine s’est illustrée par l’attentat à l’hôtel Imperial à Sousse. C’était trois mois après un attentat au musée du Bardo et cinq mois avant celui du bus de la garde présidentielle à Tunis. Au lendemain de cet attentat, la Tunisie a reçu 1001 promesses d’aides en tous genres : matérielle, logistique, technique… « La Tunisie ne sera pas seule », nous a-t-on promis… Elle n’a pas été seule en effet. Comme elle, la France et la Belgique ont eu leurs attentats, au cours de cette dernière période, perpétrés par les mêmes obscurantistes… Paix aux âmes innocentes mortes au Bardo, Sousse, Tunis, Paris, Bruxelles et ailleurs.
« La Tunisie ne sera pas seule », nous a-t-on promis… Mais comment va-t-on nous aider quand un chef du parti au pouvoir reçoit les ambassadeurs de ceux qui nous aident le plus, en étant derrière son bureau, en violation totale du protocole et du minimum de respect requis ? Quand ce même parti au pouvoir est empêtré dans des querelles intestines dignes d’un jardin d’enfants ? Et quand l’une de ses dirigeantes hésite s’il faut inviter le tabbel avant le zakkar ou le zakkar avant le tabbel pour le 4ème anniversaire de son parti. Un anniversaire organisé en pleine rue à un pâté de maison de l’ambassade de l’Union européenne…
Et comment se concentrer sur l’identification précise de nos besoins réels en matière de lutte contre le terrorisme quand le gouvernement n’a cessé de vaciller pendant ses 18 mois d’exercice et que son chef refuse d’admettre ses limites ? La lutte contre le terrorisme a été et est une priorité absolue. Elle a été la promesse électorale de tous les partis aux dernières élections. C’était il y a moins de deux ans. Au vu de l’actualité des trois derniers mois, la priorité absolue du pays est de savoir qui va occuper le poste de chef d’un gouvernement sans programme et sans feuille de route…
Pendant ce temps-là, les islamistes d’Ennahdha continuent à travailler sérieusement leur propre feuille de route. Après avoir réussi avec brio leur congrès, ils peaufinent leurs relations à l’international.
La semaine dernière, Rached Ghannouchi a été reçu à Paris avec tous les honneurs par Jean-Marc Ayrault, Elisabeth Guigou, Claude Bartolone et Jean-Pierre Raffarin. Sur Facebook, on pourrait constater que Hafedh Caïd Essebsi et Sofiene Toubel n’aiment pas ça.
Sur le terrain réel, ce sont les cousins (germains ou lointains, mais cousins quand même) des terroristes qui travaillent d’arrache-pied à se refaire une virginité et ils ont du succès.
Les terroristes veulent imposer la parole divine par la terreur. Les islamistes l’imposeront dans le velours par la bonne politique et une bonne communication.
Un an après les attentats de Sousse, le constat est cuisant, il n’y a aucune ville ou métropole au monde qui ne soit à l’abri d’un acte terroriste. Une fois cette donne établie, les services de sécurité se sont adaptés pour l’affronter, du mieux qu’ils peuvent.
Qu’a-t-on concrètement fait en Tunisie pour affronter les terroristes de demain ? Il ne se passe quasiment pas une semaine sans que les médias (dont Business News) ne parlent de l’arrestation d’un ou des groupes qui s’apprêtaient à commettre des actes terroristes. Ces médias relaient, tous, des sources ou des communiqués officiels du ministère de tutelle. Si l’on revient au détail de chacun de ces communiqués, le nombre de terroristes présumés arrêtés concurrencerait celui de la population entière… On sent qu’il y a comme de l’exagération en l’air, mais faute de pouvoir vérifier la véracité des éléments qu’on nous fournit, on se tait. D’autant plus que les informations de ces arrestations (qu’elles soient réelles ou inventées) sont supposées rassurer la population et pousser les vrais terroristes à l’erreur.
Cette guerre psychologique et ce travail de terrain brillamment accomplis par le ministère de l’Intérieur semblent porter leurs fruits. Le ramadan 2016 s’est passé sans sang. Pourvu que ça dure, touchons du bois, il reste encore dix jours à tirer.
Ce travail sécuritaire a cependant ses limites et on a eu les preuves avec l’assassinat à leur domicile d’un couple de policiers lundi 13 juin dans les Yvelines en France. Les terroristes changent donc de méthode et il est à craindre que Laroussi Abdallah (l’auteur du double meurtre) ne soit que le premier d’une nouvelle « lignée » de terroristes qui séviront partout où ils en auront l’occasion.
On en conclut, ce qu’on sait déjà, que le tout-sécuritaire ne saurait en aucun cas être la seule solution.
Un travail de fond doit être élaboré dans la société et c’est là le rôle des politiques.
Ce travail de fond passe par une justice exemplaire et on en est bien loin. L’affaire du postier emprisonné la semaine dernière en est la preuve. Qu’a-t-on fait à l’encontre des magistrats concernés par cette histoire, sachant que l’un d’eux est carrément sympathisant avec les extrémistes ? Rien, d’après ce que l’on sait !
Un travail de fond doit être fait pour lutter contre la corruption, à commencer par les sécuritaires eux-mêmes. Qu’a-t-on fait contre cet agent filmé en flagrant délit de tentative de racket ? Rien, d’après ce que l’on sait !
Un travail de fond doit être fait contre les imams et les partis radicaux, ceux-là mêmes qui prônent le retour à la chariâa, rejettent la démocratie et la laïcité et refusent catégoriquement que leurs compatriotes vivent différemment d’eux.
Le vrai gros chantier de lutte contre le terrorisme passe cependant par une bonne instruction à l’école, une bonne éducation dans la famille et un investissement dans la culture et le bien-être. C’est un travail de longue haleine sur le long terme, mais on ne lit aucun programme de mise en route de ce projet chez nous gouvernants.
Quand on sait que tout cela figure déjà dans le programme des islamistes d’Ennahdha (dont chacun sait à quelle idéologie ils obéissent), on ne s’étonne plus qu’ils soient reçus avec tous les égards par les partenaires occidentaux…
Dans le monde numérique, il est connu que les meilleurs experts anti-piratage se recrutent parmi les pirates eux-mêmes. En matière de politique de lutte contre le terrorisme, ça ne semble pas être différent…










