La conférence Tunisia 2020 est le grand événement de cette année. Cette réunion des plus grandes personnalités nationales et du monde durera deux jours. Deux jours qu’on prépare depuis des mois déjà. Depuis le gouvernement de Habib Essid, qui en a pris l’initiative, jusqu’à celui de Youssef Chahed qui l’inaugure aujourd’hui. L’idée étant de réaliser une grosse opération com’ autour de la Tunisie pour montrer au monde (aux investisseurs et bailleurs de fonds surtout) l’importance des projets prévus à horizon 2020. Pour montrer que la Tunisie est un marché dans lequel il et bon de croire…et d’investir.
« La Tunisie est un pays d’avenir, porteur d’espoir, de promesses et de projets ». Il faudra que les autres, ceux qui en ont les moyens, y croient assez pour venir investir leur argent ici. Pour alimenter la croissance, la transition et la démocratie. Pendant deux jours, les discours sur « le devoir, la responsabilité » que les autres pays proches, amis et voisins, ont envers la Tunisie se feront retentissants. On n’entendra plus que ça, en plus des mains serrées, des sourires à la presse et des nombreuses photos clinquantes qui ponctueront les dizaines d’accords signés depuis ce matin.
« Mais il ne s’agit pas de chercher l’aumône » répète-t-on à l’unisson. Uniquement de l’aide et du soutien. De l’aide pour redémarrer et du soutien pour continuer sa lancée vers une économique plus florissante. Le tableau est bien beau et l’idée est bien louable. Mais qui faudra-t-il convaincre au juste ? Ces étrangers, qui réalisent eux aussi leur grosse opération com’ ou nous-mêmes ?
A quelques jours avant l’ouverture, l’organisation a été méticuleuse. Tout est orchestré, tout est paramétré pour donner la meilleure image possible de nous pour que le monde croie en ce petit pays à la grande destinée. Tunis s’est transformée en une « ville modèle ». Plus de saletés dans les rues, plus de chaussées délabrées, mais, partout, de la propreté, de la verdure, une circulation fluide, des rues illuminées. Du jamais vu depuis des années. On martèle des slogans positifs, on appelle la presse à la retenue, à la réserve, à n’évoquer que les sujets agréables et à éviter tout ce qui pourrait tâcher l’image du pays. En somme, à « jouer le jeu ». Mais ce jeu ne durera pas. Du moins, pas plus de quelques jours après que tout ce beau monde soit rentré chez lui. Tôt ou tard, nous serons rattrapés par la réalité et la réalité n’est, avouons-le, pas belle à voir.
Mais pour cela, nous ne pouvons que nous blâmer nous-mêmes. En réalité, si les pays étrangers et les institutions internationales prennent le risque de croire en nous, nous n’en faisons pas de même avec nous-mêmes. Nous ne croirons pas assez en nous-mêmes pour penser mériter un pays propre, pas seulement pendant deux jours mais pour toute l’année ; pour nous accorder sur des sujets à des années lumières de ce qui est important ; pour travailler durant toute l’année et non uniquement lors des grands événements et pour que ces ondes positives deviennent une réalité. Car, en vrai, les investisseurs n’attendent pas de voir l’image du pays pour se décider sur place. Tous ces accords ont été décidés depuis un moment déjà, l’état des rues, de la chaussée, du trafic, et du contenu des unes de notre presse, n’y changeront rien. Du moins pas aujourd’hui, pas pendant cet événement qui durera deux jours. « S\’ils sont capables de le faire pour une conférence internationale, pourquoi ne pas le faire tous les jours pour NOUS ? » s’interrogent des Tunisiens sur la toile. Et ils ont bien raison.
Au lieu d’appeler à camoufler la vérité par des slogans trompeurs, à planter des arbres qui dureront seulement quelques semaines, à embellir des jardins qui ne seront pas entretenus et à « distribuer de la joie » seulement pendant deux jours, ne faudrait-il pas commencer à repenser réellement l’image du pays ? Son image à long terme, son image réelle et non éphémère. Mais aussi notre manière de faire et d’agir tous les jours. Ne faut-il pas investir, aussi et surtout, dans ceux qui, tous les jours, font que le pays est ce qu’il est. Ceux qui ont les moyens d’y investir tous les jours, d’y travailler et de l’améliorer. Parce que la Conférence sur l’investissement ne concerne pas seulement les étrangers mais tous les Tunisiens, il est temps de dépasser ce complexe de l’étranger et de réaliser que les Tunisiens mériteraient que ces ondes positives éphémères durent, non pas deux jours, mais toute l’année. La Conférence de l’investissement, ce n’est pas seulement aujourd’hui et demain, c’est tous les jours qu’on devrait donner le meilleur de nous-mêmes et inciter les autres, mais aussi nous, à voir notre réel potentiel. Au lieu d’attendre que les autres viennent investir chez nous, commençons par investir en nous-mêmes et faisons-le, pas seulement les jours de fête, mais tous les jours…










