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La mémoire amputée

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    La célébration des événements historiques importants est-elle un acte aléatoire ou un devoir qui transcende les générations et les contingences du moment ? Depuis le début de cette année 2017, on assiste à une sorte d’essoufflement général qui fait que des dates importantes, dans la vie des tunisiens et donc dans l’histoire de la Tunisie moderne, soient passées sous silence, au mieux dans l’ignorance à peine maquillée.

    En un mois seulement, nous avons fait l’exploit d’escamoter la célébration de la révolution, des événements du 26 janvier 1978 et la promulgation de la Constitution de la deuxième République.

     

    Le 14 janvier dernier, il n’y a eu pratiquement pas de signes d’une quelconque célébration d’une révolution qui a pourtant fait de ceux qui gouvernent aujourd’hui,  ce qu’ils sont  maintenant. Le président de la République, alors qu’on attendait de lui qu’il préside une cérémonie nationale, a préféré se déplacer à Gafsa pour annoncer des mesures économiques et sociales, probablement importantes, mais qui ne semblent pas faire l’unanimité dans la région au vu des réactions suscitées.

    Le chef du gouvernement s’est contenté, pour toute commémoration de la révolution,  de faire deux visites, l’une aux journalistes et l’autre aux étudiants. En temps normal, en semaine, cela aurait été une très bonne opération de communication de la part du chef de gouvernement. Mais pour célébrer le sixième anniversaire de la révolution, on s’attendait à mieux de sa part.

    Quant aux partis politiques, tous confondus, toujours en panne d’idées, ils se sont contentés d’appeler, sans trop de conviction, à des marches traditionnelles dans l’avenue principale de la capitale. Au même moment, des milliers de jeunes dans les régions, qui avaient besoin d’être encadrés, orientés, accompagnés par ces partis politiques, criaient leur colère, leur indignation et leur déception. Se retrouvant seuls face à leurs angoisses, beaucoup de ces jeunes sont devenus victimes de leur propre haine et ont sombré dans la violence. D’autres, malheureusement, ont fini par vendre leur âme au diable et aux barons locaux de la magouille de toute sorte.

     

    La commémoration du 39ème anniversaire des événements du 26 janvier 1978 a été elle aussi négligée cette année. Pourtant, la grève générale du 26 janvier 1978 avait comme principales revendications, la liberté et la justice sociale. En ce sens, ces événements ont été la première flamme qui a conduit, trente trois ans après, à la révolution du 14 janvier 2011. L’UGTT peut prétexter qu’il était absorbé par son 23ème congrès qui entrait jeudi dans sa phase cruciale du vote et de la proclamation des résultats. Seulement, la machine de l’UGTT était capable de prévoir cela et de se préparer autrement pour faire en sorte que la célébration du 39ème anniversaire des événements du Jeudi noir soit la première activité de la nouvelle direction syndicale.

     

    Cette négligence de la part des syndicalistes et des organisations de la société civile a ouvert un grand boulevard dans lequel s’est engouffrée, sans se faire prier, Sihem Ben Sedrine et son instance dite de vérité et de dignité. Instrumentalisant tout, elle a profité de cette date pour organiser une séance publique d’audition de victimes syndicalistes qui ont apporté leurs témoignages sur le 26 janvier 1978. Encore une fois, cette séance est allée dans le sens que l’IVD a tracé jusqu’à maintenant : celui d’une vision restrictive de l’histoire, vue et analysée à travers un prisme limitatif et déformant.

     

    Mais la palme revient sans doute à l’ARP qui a décidé cette année, après mûre réflexion, de ne pas célébrer le troisième anniversaire de la nouvelle Constitution. Quelques motifs de cette décision ont bien été avancés, comme la situation tendue dans les régions ou bien la mauvaise coordination entre les trois présidences. Cependant, on comprend aisément la gêne de nos députés célébrant la Constitution alors qu’ils sont responsables du retard de son application. En effet, trois ans après la promulgation de la Constitution, plusieurs structures constitutionnelles ne sont toujours pas mises en place, l’organisation locale et régionale piétine encore et certaines voix s’élèvent déjà pour un amendement du régime politique.

     

    Sous d’autres cieux, il aurait été impensable que des événements de cette envergure soient escamotés ou passés sous silence. La raison principale, c’est le profond respect que vouent et entretiennent  les organisations de la société civile pour la mémoire collective et pour l’histoire nationale. Ces dernières n’attendent pas des pouvoirs publics d’être les organisateurs des fêtes nationales mais font en sorte que ces fêtes soient une communion nationale avec la participation citoyenne la plus large. C’est précisément ce qui nous manque malheureusement.      

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