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Hamadi Jebali en a rêvé, Recep Erdogan l’a fait !

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    A l’actualité cette semaine, des manifestations à Tataouine, Kairouan et Tunis, une interview  de Youssef Chahed, un enregistrement fuité de Nébil Karoui et un référendum en Turquie gagné sans surprise par le sultan Erdogan.

    Depuis sa nomination, et parmi ses priorités, Youssef Chahed a annoncé clairement qu’il s’attaquera à la corruption qui ronge le pays et empêche le développement et la croissance. Il a promis qu’il fera le nécessaire. Démocratie et Etat de droit obligent (si on veut y croire), il n’a pas la possibilité de décrocher le téléphone et ordonner aux juges de mettre X ou Y  en prison. Ses prérogatives sont limitées et la seule possibilité qu’il a est de transmettre des dossiers au parquet. Et c’est au parquet d’assurer la suite : le classement ou l’ouverture d’une instruction.

    A l’heure qu’il est, d’après ce qu’a dit Youssef Chahed dans son interview et d’après ce que l’on a nous-mêmes vérifié, plusieurs dossiers ont été transmis à la justice, mais nous n’avons toujours pas entendu que X ou Y  a été convoqué par la justice.

     

    En août 2015, la Cour des comptes annonce qu’un candidat à l’élection présidentielle a bénéficié du financement de deux États étrangers de l’ordre d’un million de dinars. On nous a alors refusé le nom de ce candidat (et ce à l’encontre des règles basiques en matière de transparence) en se suffisant de dire que le dossier a été transmis au parquet. En août 2015 toujours, on nous dit que les autorités judiciaires ont reçu le dossier d’un autre candidat à la présidentielle qui a bénéficié d’un financement étranger de 4,6 MDT. Qui est-il ? Mystère et boule de gomme. Vingt mois se sont passés et on n’en sait toujours rien officiellement, ni sur les noms des candidats, ni sur l’état d’avancement du dossier.

    Il y a une vingtaine de jours, dans les coulisses de la Kasbah et du ministère de la Justice, il se murmure que l’on s’apprête à convoquer certaines de ces grosses pointures. Tiens donc ! Les promesses de Chahed vont donc être tenues ? Comme par miracle, des manifestations ont éclaté un peu partout. Les motifs sont justes et les causes sont défendables, mais le timing est louche. La coïncidence est troublante. La coïncidence est d’autant plus troublante que certaines grosses pointures de partis de l’opposition étaient dans les régions où ont lieu ces manifestations, quelques jours seulement avant leur déclenchement. Mais on va dire que c’est une coïncidence pour ne pas tomber dans la complotite. 

     

    Hier, dimanche, la Turquie a organisé un référendum sur le renforcement du pouvoir du président de la République.

    Avec un taux de participation record de 85% et un « oui » de 51,37%, Recep Tayyip Erdogan gagne son pari. Le camp du « non » l\’a emporté dans les trois principales villes, Istanbul, Ankara et Izmir, ainsi que les régions du sud-est, peuplées en majorité de Kurdes. C’est une demi-victoire, c’est un petit oui, ce n’est pas un plébiscite comme il s’y attendait, mais une demi-victoire reste une victoire et un oui reste un oui, même s’il est petit.

    « Une fois la réforme de la Constitution mise en œuvre, lit-on dans la presse internationale, Erdogan devrait donc voir ses pouvoirs très largement renforcés. Il pourra notamment briguer des mandats présidentiels jusqu’en 2029, et obtenir la mainmise sur les pouvoirs législatif et judiciaire. Il n’y aura plus de chef du gouvernement et il sera le maître à bord. Selon la réforme, le président pourra avoir la haute main sur l’état d’urgence. (…) Il pourra gouverner par décret dans les domaines relevant de la large sphère de ses compétences exécutives et cela sans partage. Il pourra disposer d’un droit de veto et s’il est accusé ou soupçonné d’avoir commis un délit, le Parlement pourra exiger une enquête, mais il devra recueillir une majorité des trois cinquièmes.»

     

    Les partisans d’Erdogan en Tunisie, et ils sont nombreux, déclarent que la Turquie se débarrasse ainsi de l’influence militaire sur les affaires politiques du pays, qu’il y aura plus de démocratie et que le régime présidentiel après le référendum est identique à celui pratiqué en France ou aux Etats-Unis.

    Ceci est totalement faux, mais la couleuvre, aussi grosse soit-elle, passe bien chez nos brebis.

    La Turquie d’Erdogan figure parmi les pays qui ont fortement soutenu les régimes islamistes de Tunisie et d’Egypte. Elle a également pesé de tout son poids pour déloger Bachar El Assad en usant de stratagèmes plus sanglants et plus vicieux.  Un grand nombre de combattants de l’Etat islamique autoproclamé a transité par Istanbul. Ce soutien présenté comme étant un soutien aux révolutions et aux peuples tunisien, égyptien et syrien, est un soutien entre islamistes. Le rêve profond de ces derniers est le rétablissement du califat. L’ancien chef du gouvernement Hamadi Jebali l’avait bien promis à ses fans le 14 novembre 2011, avant même qu’il n’occupe son poste, et le 13 janvier 2015 après que son parti a été délogé du pouvoir par les urnes.

    Le rêve des islamistes de retrouver le califat et celui d’Erdogan de faire renaitre l’empire ottoman se rejoignent, il reste juste à trouver la méthode. Et quand on n’a plus la force militaire et économique d’antan pour s’imposer, il reste le mensonge, la ruse et les histoires à dormir debout pour s’imposer par les urnes. Les islamistes d’Egypte et de la Tunisie ont réussi et Erdogan a tout fait pour les aider à garder le pouvoir. Il se trouve cependant que les forces vives et patriotiques du pays ont fait échouer le plan !

    Erdogan a tiré les leçons nécessaires des expériences tunisienne et égyptienne. Il savait bien qu’il ne pourrait plus rester longtemps au pouvoir et que son projet de référendum ne pourra jamais réussir. Le putsch de juillet 2016 était du pain béni pour lui et on s’interroge jusqu’à aujourd’hui si ce n’est pas lui-même qui serait derrière. Il a réussi le coup de force de mettre plus de 35.000 personnes en prison parmi ces forces vives qui ont été le talon d’Achille des islamistes tunisiens et égyptiens : magistrats, militaires, journalistes, forces de l’ordre, opposants, société civile, ONG, observateurs… Tous ceux qui ont d’une manière ou d’une autre une certaine influence sur le peuple et sont capables d’alerter l’opinion publique ont été mis au cachot. Une fois ces forces vives rendues muettes, parce qu’elles sont en prison ou en attente de procès ou pour ne pas en risquer un, Erdogan a entamé sa campagne pour le référendum et s’accaparer tous les pouvoirs. La mission est un succès et il a beau n’avoir que 51%, il a réussi quand même son stratagème.

     

    Depuis Tunis, on regarde la chose avec admiration chez les islamistes et on rêve de faire pareil. Les autoproclamés droits-de-l’hommistes, du type de Moncef Marzouki observent un silence total sur les violations des droits de l’Homme d’Erdogan, au prétexte que ces gens-là sont soupçonnés (juste soupçonnés) d’avoir tenté un coup d’Etat (supposé).

    Au vu de la crise politique et économique actuelle en Tunisie et au vu de la démocratie que nous avons choisie, il est à craindre de voir notre pays vivre exactement ce qu’ont vécu les laïcs turcs hier. Après des années en prison, dont plus d’une décennie en isolement total, notre 6ème calife Hamadi Jebali a appris à ne jamais désespérer. Il a toujours eu raison de ne jamais désespérer. A nous, qui voulons d’une Tunisie démocratique laïque et républicaine, de lui donner tort et de couper l’herbe sous le pied des islamistes qui prennent ces dernières années la Turquie comme modèle à suivre.

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