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A force d’imposition, les riches ne seront plus riches et les pauvres resteront pauvres

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    Semaine et week-end plutôt calmes avec une interview en deçà des attentes du président de la République, une visite inopinée et mouvementée du ministre de la Santé à un hôpital de Tunis et le lancement d’une nouvelle vague d’arrestations dans le cadre de ce qu’on appelle politico-médiatiquement « guerre contre la corruption ».

    Du côté des intox de la semaine, qui font désormais partie de l’actualité tunisienne, on note les rumeurs relatives au projet de la Loi de finances 2018 et la nomination de Mohamed Nouri Jouini à la tête de la Banque centrale de Tunisie.

     

    Moins de deux semaines après sa nomination, Slim Chaker a donc effectué une visite inopinée à l’hôpital Charles Nicolle de Tunis. Une visite qui survient au lendemain d’un reportage télévisé épinglant une erreur médicale dans cet hôpital, à l’issue de laquelle il a limogé la directrice. Les réseaux sociaux se sont enflammés aussitôt pour dénoncer cette décision impulsive et injuste. Rétropédalage immédiat du ministre qui publie 24 heures après la visite un communiqué affirmant qu’il n’y a eu aucun licenciement.

    Sur la forme, à quoi riment et servent ces visites inopinées ? A part le fait qu’elles soient totalement anachroniques (on devrait payer le copyright à Ben Ali), un ministre n’a pas à jouer aux inspecteurs pour contrôler qui est absent et qui est à l’heure et sanctionner des fonctionnaires qui héritent d’un système défaillant depuis des lustres. Que l’Etat donne les moyens requis à ces fonctionnaires pour bien assurer leur travail et qu’on les sanctionne ensuite. Pour le cas particulier de la directrice de l’hôpital Charles Nicolle, Slim Chaker épingle là une administrative pour une erreur médicale, sans même lui donner l’occasion de se défendre à travers les voies classiques et légales.  Même dans le privé, la loi interdit que l’on licencie ainsi les salariés.

    Troisième ministre de la Santé en moins de trois ans, Slim Chaker démarre mal son exercice en réussissant à se mettre à dos, en un temps record, syndicats et médecins, médias et réseaux sociaux. Et quand on sait par qui il s’est entouré pour le conseiller, on ne devrait pas être très optimiste pour lui. Sur le fond, un ministre a l’obligation légale de s’abstenir de toute décision injuste et de respecter scrupuleusement la loi que ce soit en matière de licenciement ou autre. Il a l’obligation morale de s’abstenir de faire du spectacle et de la politique politicienne pour gagner des points en profitant de sa position ministérielle. 

     

    L’autre fait du week-end est cette vague de nouvelles arrestations dans le cadre de la campagne anti-corruption. Ceci est bien beau et tout le monde en demande davantage pour en finir avec ce mal qui ronge le pays. Sauf que l’on ne peut parler d’arrestations de contrebandiers et d’hommes d’affaires impliqués dans la corruption, sans parler des fonctionnaires qui leur facilitent la tâche. Depuis le lancement de la campagne en mai dernier, très peu de fonctionnaires ont été convoqués par la justice. On note, de mémoire, que l’arrestation de trois fonctionnaires municipaux et d’un douanier à la retraite. Et les autres ? Qu’en est-il d’eux ? On suppose que les hommes d’affaires et les contrebandiers arrêtés sont bel et bien des corrupteurs, mais il ne saurait y avoir de corrupteurs sans qu’il n’y ait des corrompus. Théoriquement, on devrait les retrouver parmi les forces sécuritaires (qui ‘’ouvrent’’ les routes), les magistrats, les avocats, les douaniers, les agents du fisc etc.

    Arrêter les corrupteurs, c’est bien ; arrêter les corrompus c’est mieux ; décortiquer et casser toute la chaîne de corruption c’est encore meilleur. Corrupteurs et corrompus laisseront la place à d’autres si l’on ne casse pas définitivement la chaîne qui s’est installée et la culture de « donne moi mon café » qui s’est imposée à nous.

     

    Comme chaque année en pareille période, la rumeur bat son train quant au contenu du projet de la Loi de finances. Et comme chaque année, le ministère des finances dément certaines de ces rumeurs propagées, le plus souvent, par ses propres fonctionnaires. Des sortes de ballons d’essai envoyés pour jauger la réaction des uns et des autres ou pour faire passer des pilules encore plus dures à avaler. C’est un ancien ministre qui l’a avoué une fois, en off, « nous avons glissé cet article qu’on savait grotesque afin de faire diversion et faire concentrer dessus toutes les attaques. Notre rétropédalage programmé sur le texte grotesque nous permettait de faire passer un autre texte qui aurait pu tomber à l’eau s’il était fortement critiqué ».

    Dans un gouvernement qui se prévaut de transparence, ce type de méthodes doit cesser. Le projet de la Loi de finances intéresse tout le monde et il se doit d’être un sujet de débat public longtemps avant son passage devant le conseil des ministres et le parlement. On ne peut plus, en 2017 sous la IIème République, continuer à débattre de rumeurs et nous mettre devant le fait accompli.

    Sur la base de simples rumeurs, non vérifiées, on comprend que l’orientation actuelle est de taxer encore plus les citoyens et d’imposer encore davantage les contribuables qui ont choisi la transparence et de ne pas se mouiller dans l’informel.

    L’adage « Trop d’impôt tue l’impôt » a été prouvé de par le monde, mais on ignore a priori encore sa signification chez nous. Du moins, on le sait, mais on ne cherche pas d’autres solutions à part cette facilité. Cela fait un bail que l’on a compris, sous d’autres cieux, que l’on ne peut pas traire à l’infini la vache laitière des riches, car arrive un moment où cette vache ne va plus rien donner. Pour créer de l’emploi, de la richesse et de la croissance, l’entreprise tunisienne et les investisseurs ont besoin de moins de pression fiscale.

    L’année dernière, une contribution exceptionnelle de 7,5% a été imposée aux entreprises, à laquelle s’ajoute 5 % d’un nouvel impôt (2014) sur les dividendes, le tout s’ajoutant aux 25% d’impôt sur les sociétés. En clair, un investisseur ayant créé sa PME (les PME  représentent l’essentiel du tissu économique tunisien) est délesté de près de 40% de ses bénéfices au profit de l’Etat lequel Etat laisse agir impunément ses concurrents de l’informel. (Calcul sommaire dans l’objectif de vulgariser, que les experts m’excusent).

     

    La tendance actuelle est de pousser les chercheurs d’emploi à lancer leurs propres PME et à encourager les investisseurs à créer de l’emploi. Mais quand on voit une telle pression fiscale sur les sociétés et que la rumeur prétend que l’on va imposer désormais 10% les dividendes, on s’interroge de quel type de schizophrénie souffrent certains de nos décideurs. La réalité économique fait que tous les chiffres soient en décroissance, les entreprises, quand elles ne sont pas déficitaires, peinent à boucler leurs budgets. Tout comme le gouvernement. Ce dernier, quand il n’a plus de ressources, s’appuie sur le citoyen et l’entreprise. Cette dernière, quand elle n’a plus les moyens, elle n’aura pas d’autre moyen que de licencier du personnel et créer de nouveaux chômeurs. Quant au citoyen, alourdi par de nouvelles taxes, il va réduire sa consommation (produite par l’entreprise), ce qui générera inévitablement moins de revenus à l’Etat. C’est dans ce cercle vicieux que nous sommes depuis des années. 

    Pour le casser, il n’y a qu’à appliquer ce que les pays développés ont expérimenté avant nous et ce qu’ils nous recommandent d’ailleurs depuis des années. La recette est connue, son application est douloureuse et politiquement couteuse sur le court terme, mais elle est incontournable et salvatrice sur le long terme. On ne peut pas envoyer indéfiniment la patate chaude aux générations futures.

     

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