Le camping de prédication prévu à Mont Serj dans le gouvernorat de Siliana, a finalement été interdit par les autorités. Cependant, comme pour narguer l’opinion publique, Habib Ellouze publie une vidéo dans laquelle il assure que l’association de la prédication et de la réforme a réussi à en organiser un autre à Zaghouan. Une manière d’enfoncer le clou de la part d’une association aux activités plutôt controversées.
Dans une vidéo postée dimanche 29 octobre 2017 sur Facebook, Habib Ellouze a annoncé cette nouvelle en guise de réplique aux critiques dont il a fait l’objet depuis l’annonce de l’organisation dudit camping à Siliana.
Considéré comme étant une figure historique et un irréductible faucon d’Ennahdha, Habib Ellouze est aussi un salafiste extrémiste notoire. Dans cette vidéo revancharde, il a assuré « qu’il ira, tout de même, à Siliana au bon moment pour organiser son camping de prédication ». C’est dire qu’il persiste et signe…
Dès les premiers jours, l’annonce d’organisation de ce camping a soulevé une grosse polémique et suscité un grand tollé, chez les citoyens habitants de Siliana. Il a aussi été critiqué par les représentants de la société civile et, plus précisément, l’Union générale tunisienne du travail (UGTT). A noter, par ailleurs, qu’une marche de protestation, organisée samedi 28 octobre 2017, a parcouru les rues de Siliana, au cours de laquelle des manifestants ont scandé des slogans hostiles au parti Ennahdha et rejeté l’installation d’un chapiteau par l’association présidée par Habib Ellouz sur le mont Bargou.
Mais la première opposition officielle est venue du ministère de l’Agriculture. Dans un communiqué publié samedi 28 octobre 2017, le ministère indiquait que le camping de prédication organisé par l’Association de la Prédication et de la Réforme, présidée par Habib Ellouze, ne pouvait avoir lieu.
Le motif invoqué par le département de l’Agriculture réside dans le fait que des naissances de gazelles de l’Atlas, étant prévues durant ces jours-ci, au niveau du Mont Serj, une zone montagneuse de Siliana. Le camping de prédication ne pouvait tout simplement se tenir dans ce même endroit.
Toutefois, le coup de grâce est venu de la Centrale syndicale. En effet, dans un communiqué rendu public dès le vendredi 27 octobre 2017, l’Union régionale du travail à Siliana, relevant de l’UGTT, a appelé « tous les dirigeants syndicaux des secteurs publics et privés de la région à protester contre la tenue d’un camping de prédication dans les montagnes de Siliana »
Plus encore, la centrale syndicale a qualifié cette visite de « suspecte » tout en traitant Habib Ellouz de « chantre de la sédition et du terrorisme ». L’UGTT avait appelé les composantes de la société civile, politique et syndicale, à « resserrer les rangs pour défendre la région » et à « prendre part massivement au mouvement de protestation ».
La décision finale et officielle a été prononcée par le gouverneur de Siliana qui a interdit toutes les manifestations et réunions prévues dans la région à partir du samedi 28 octobre, y compris celle programmée le dimanche 29 octobre par l’association à Mont Serj. L’interdiction de circulation a été, même, décrété également sur les routes menant aux deux délégations de Siliana Sud et de Bargou.
« Toutes les manifestions, réunions et démonstrations dans le gouvernorat ont été interdites sous réserve d’une autorisation préalable du gouverneur ou d’une annonce déposée auprès des services du gouvernorat selon les procédures d’usage », a déclaré le gouverneur de Siliana.
Dans un communiqué publié samedi par le gouvernorat, celui-ci a indiqué que cette mesure d’interdiction a été décidée au terme d’une réunion du conseil régional de sécurité tenue le 25 octobre, afin de prévenir toute atteinte éventuelle à la sécurité et à l’ordre public.
Après ce fiasco et la levée de boucliers contre le projet, qualifié par les forces progressistes comme étant hautement provocateur, Habib Ellouze revient à la charge. Le faucon d’Ennahdha, qui fait un retour « douteux » après une longue période d’absence et de profil bas, semble reprendre du poil de la bête en se montrant, à la fois arrogant et conciliant.
Lors de son passage à l’émission de Midi Show sur les ondes de Mosaïque Fm, ce lundi 30 octobre 2017, il a repris son ancien vocabulaire en fustigeant le Parti des Travailleurs en la personne de son secrétaire général, Jilani Hammami, et « en le traitant d’ennemi de l’Islam et de tous ceux qui veulent réhabiliter la religion islamique ».
Ellouze s’est dit étonné du « revirement » des autorités régionales de Siliana qui, après lui avoir octroyé l’autorisation de tenir son fameux camping, se sont rétractées, « sous la pression ». Il a, d’un autre côté, prononcé un véritable réquisitoire contre « les médias de la honte qui font propager les mensonges et les contre-vérités pour le présenter dans la peau d’un dur, violent et haineux, alors qu’il n’en est rien ».
Le dirigeant historique d’Ennahdha réitère une de ses anciennes habitudes et accuse les médias de « sortir ses propos de leur contexte et à les déformer afin de le dénigrer », alors que, selon ses dires, il a toujours prôné « la bonne parole, la tolérance, la modération et la fraternité…».
Autrement dit, Ellouze semble avoir oublié ses propos tenus lors des plateaux télévisés sous le régime de la troïka, appelant à la violence et au meurtre de dirigeant s politiques, notamment ceux de la gauche, plus précisément le martyr Chokri Belaïd mais aussi l’actuel député Mongi Rahoui. Sans oublier ses citations affirmant que l’excision des petites filles n’est autre qu’une opération esthétique.
Il y a là, lieu de se poser des questions quant au pourquoi de ce retour sur scène d’un pareil faucon d’Ennahdha pour faire replonger les Tunisiens dans l’atmosphère des années 2012/2013 en ces moments où le pays a, plutôt, besoin d’idées et d’initiatives pour faire sortir la Tunisie de son marasme socio-économique.










