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Où est la patate ?

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    La démission de Iyed Dahmani de son parti Al Jomhouri et le choix qu’il a fait de rester ministre sont certainement des nouvelles importantes ; les déclarations au vitriol de Yassine Brahim contre le duo Ennahdha-Nidaa alors que son parti est en coalition avec eux sont dignes d’intérêt ; la réussite des JCC est sûrement à suivre. Mais de tout cela, les gens ont choisi leur préoccupation : Où est la patate ?

     

    Car oui, il n’y a presque plus de pommes de terre sur les marchés tunisiens. C’est d’autant plus embêtant que de mémoire de visiteur de marchés de fruits et de légumes, jamais il n’y a eu pénurie sur ce produit là. De là, certains n’hésitent pas à dire haut et fort que « avant cette satanée révolution, on ne manquait pas de patates ! Il était possible d’acheter les ingrédients d’une chakchouka avec moins de 5 dinars en poche ! On n’était pas libres mais, au moins, on mangeait à notre faim ! ».

     

    Difficile de convaincre ces gens-là que la liberté et la démocratie ne se mesurent pas au prix des fruits et légumes sur le marché. Mais difficile aussi de ne pas comprendre le désarroi et la colère des gens quand ils entrent dans un marché pour faire leurs courses. Les prix s’enflamment sans raison apparente et il devient compliqué de concocter ses repas sans ressentir de l’amertume quant à l’injustice que représentent ces prix. L’effet de ce sentiment d’injustice et du sentiment de se faire prendre pour un pigeon est le véritable problème. La majorité des gens travaillent, se battent quotidiennement avec leurs soucis, la santé, les enfants, les transports publics et autres. Imaginez ces gens qui voient tous les jours leur maigre salaire bouffé par l’inflation dans l’indifférence générale, qui voient qu’il devient de plus en plus difficile d’offrir une instruction correcte à leurs enfants, qui mettent des heures à rentrer chez eux après une journée harassante de travail pour recommencer le lendemain, qu’espérez-vous de plus de ces gens là ? Est-ce vraiment à eux de « faire des sacrifices pour l’intérêt général » ?

     

    Faites attention, la colère gronde. Soyez vigilants, les gens sont à bout. Ils « roulent sur la jante », ils « respirent à la paille », ils « y arrivent plus », voilà des expressions purement tunisiennes pour que vous compreniez ce qui se passe !

     

    Malheureusement ou heureusement, les politiciens ne sont pas complètement sourds à ce genre de préoccupations. Et ce sont les représentants du Front populaire qui se sont saisi des problèmes du peuple. Mais la gesticulation l’emporte sur l’action et le mouvement l’emporte sur le progrès. Mis à part certains d’entre eux, les représentants du FP sombrent dans la caricature et font sombrer avec eux des revendications et des préoccupations tout à fait légitimes. La gauche tunisienne qui devrait être soucieuse et proche du peuple fait dans le populisme et elle profite de ses rares tribunes pour prendre à partie ceux qui gouvernent. Mais il serait plus juste de dire que la gauche tunisienne est simplement inexistante, dans le sens d’une gauche démocrate et sociale comme elle existe dans d’autres démocraties.

     

    Cela ne dispense pas ceux qui gouvernent de leur responsabilité, loin de là. On nous bassinera encore avec le contrôle des circuits de distribution, on aura encore droit à deux ou trois visites inopinées et on réaffirmera la solide volonté du gouvernement de préserver le pouvoir d’achat du citoyen. Mais comme d’habitude, rien ne changera sur les étals et les petits revenus auront toujours du mal à joindre les deux bouts. Pendant ce temps-là, l’injustice et la corruption se poursuivent, avec leur inévitable corollaire, le dépit et la colère. 

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