« Déchirer le document de Carthage est la moindre des choses, le document de Carthage a arnaqué les Tunisiens et a supplanté la constitution, il a donné l’Etat chez la famille régnante et à Montplaisir, voilà ce qui s’est passé avec l’accord de Carthage ! », dixit Slim Riahi, le 2 avril 2017 au palais des congrès.
Cela ne l’a pas empêché de revenir à l’accord de Carthage, parrainé par Rached Ghannouchi, celui de Montplaisir, et par Hafedh Caïd Essebsi, celui de la famille régnante. Tout cela, drapé évidemment de sens de la responsabilité et de volonté sincère d’aider le pays dans une phase délicate et bla et bla… Il s’agit quand même d’un exercice impressionnant de gymnastique intellectuelle !
Le parton de l’UPL, Slim Riahi, est un trésor pour tout observateur de la scène politique. Il suffit de s’intéresser à ses déclarations et à ses comportements pour voir où tourne le vent politique du moment. Ainsi, on peut comprendre que Slim Riahi ne voit plus trop d’intérêt à rester dans une forme de rapprochement avec Mohsen Marzouk et préfère se rapprocher du pouvoir en place. Une tactique qui tient plus pour lui de la survie qu’autre chose. On verra comment les ennuis judiciaires de Slim Riahi disparaitront comme par magie et comment, en échange, l’accord de Carthage redeviendra la feuille de route indispensable pour la Tunisie.
Après, il peut être légitime de chercher à éviter les ennuis et de tenter de survivre politiquement dans un paysage mouvant. On peut comprendre que Slim Riahi en ait marre qu’on gèle ses comptes ou qu’on l’interdise de voyage. Mais qu’il se rapproche du pouvoir en essayant de convaincre le monde de sa cohérence et de la justesse de ses choix, il ne faudrait pas exagérer. Ce serait quand même prendre les gens pour des débiles si Slim Riahi leur dit qu’il est uniquement guidé par le patriotisme et l’intérêt de la nation. Ce serait quand même gonflé de prétendre être à la tête d’un parti progressiste quand on sait que ce même parti avait appelé à appliquer la Chariâa en Tunisie.
Slim Riahi et l’UPL rappellent par leur parcours, à bien des égards, celui de Mustapha Ben Jaâfar et Ettakatol. M. Ben Jaâfar est entré au pouvoir et dans la troïka grâce à un certain historique d’opposant, Slim Riahi y est entré grâce à son compte en banque. Ettakatol a cassé en mille morceaux son identité et son historique en s’alliant avec Ennahdha et le CPR, l’UPL ne s’en embarrasse même pas vu qu’il n’a ni identité, ni historique. Toutefois, le résultat sera le même pour les deux partis : la disparition de la scène politique à cause de l’opportunisme et du manque de vision de leurs dirigeants.
De manière plus générale, ce n’est pas la cohérence qui étouffe nos politiciens. L’un des plus farouches critiques du gouvernement est un signataire de l’accord de Carthage et il s’appelle Yassine Brahim. Le parti qu’il préside est représenté dans ce même gouvernement et certains de ses ministres critiquent aussi le gouvernement et l’alliance au pouvoir ! Mohsen Marzouk a fondé un parti pour être l’alternative au duo Nidaa-Ennahdha. Il n’a pas réussi à prendre cette ampleur et se tourne aujourd’hui vers les alliances et les rapprochements, mais attention, ce n’est pas un échec ! Le Front populaire demande des élections anticipées tout en mettant en doute, et à juste titre d’ailleurs, l’intégrité de l’ISIE.
Dans tout cela, il est demandé au citoyen de s’intéresser, de suivre, de comprendre et de faire le bon choix le moment venu. Et si cela n’arrive pas, ce sont les médias qui sont accusés de manipuler l’opinion et de ne pas être capables de faire parvenir correctement la voix des politiciens. On n’en a pas fini avec les gymnastes et Slim Riahi ne sera certainement pas le dernier.










