On suit, en Tunisie, avec un intérêt certain, la désormais « affaire Laurent Wauquiez », du nom du patron des Républicains, en France. Grosso modo, l’excellente émission, « Quotidien », a diffusé un enregistrement du chef du parti d’opposition lors d’un cours qu’il donnait à l’EM Lyon, devant plusieurs étudiants. Un enregistrement dans lequel on entend clairement Laurent Wauquiez dézinguer à tour de bras le président de la République, Emmanuel Macron, son ancien patron, Nicolas Sarkozy ou encore ses collègues dans son propre parti.
En suivant le déroulement de cette affaire, elle m’a rappelé, à bien des égards, les enregistrements de la réunion de Nidaa Tounes, diffusés par Business News. Ce qui est sûr, c’est que la même hypocrisie, la même couardise, la même malhonnêteté enjambent aisément la méditerranée.
Commençons par Les Républicains, en France, pour dresser le décor. Seuls les trois porte-paroles officiels du parti ont parcouru les plateaux pour faire face aux questions des journalistes à propos de cet enregistrement. C’est dire que les ténors du parti ou ses députés ne se sont pas précipités pour aller défendre leur patron. Et pourtant, les porte-paroles n’ont pas eu peur de sortir des énormités et d’essayer de tordre le cou à la vérité. A cet égard, on citera la phrase génialissime de Geoffroy Didier qui dit : « Je ne commente pas le fond quand je ne cautionne pas la forme ». Il a aussi dit que la diffusion de cet enregistrement était « un acte de manifeste malveillance et qui n’est pas sain ». Un autre des porte-paroles du parti a tenté de faire l’outrée et de donner des leçons en questionnant : « Pensez-vous qu’il y a encore, en France, de la déontologie journalistique ? ». Evidemment, il y a eu la panoplie d’excuses et de justifications tout aussi boiteuses les unes que les autres et qui vont de la théorie d’un complot occulte qui viserait à détruire la réputation de ce politicien génial, sauveur des générations, à la suspicion d’illégalité puisque l’enregistrement serait, tour à tour, monté, modifié, acheté etc.
Il y a un peu moins d’un an maintenant, Business News a vécu la même aventure avec, cette fois-ci, un parti au pouvoir, qui est Nidaa Tounes. En mars 2017, notre journal avait obtenu des enregistrements de certaines réunions internes du parti et les avait diffusés. Bizarrement, les leaders de Nidaa Tounes avaient sorti, à peu de choses près, les mêmes excuses vaseuses que leurs homologues de la droite française. Evidemment, l’excuse la plus bête et la plus facile est celle du montage et du timing. C’était Sofiane Toubel, à l’époque, qui s’interrogeait sur la raison pour laquelle on aurait monté ses enregistrements pour n’en diffuser que certaines parties.
On nous avait également accusés de malveillance et des doutes avaient été émis sur la légalité du procédé. Il y en a même qui sont venus donner des leçons de moralité ! Un comble, pour des députés de Nidaa Tounes. Un étalage de mauvaise foi, de lâcheté et de mensonge. Aussi bien pour les Républicains en France que pour Nidaa en Tunisie, à l’époque, l’objectif était de masquer le contenu des enregistrements et leur gravité en se focalisant sur la manière dont ça avait été fuité. Pour eux, il fallait gesticuler au maximum pour tenter de cacher l’énorme scandale des enregistrements évoqués.
Toutefois, il y a une différence fondamentale entre ce qui s’est passé en Tunisie et ce qui se passe en France : les conséquences. En France, les conséquences de la révélation de tels propos vont être néfastes pour Laurent Wauquiez et pour son parti. Si on ne parle pas de conséquences légales, elles seront au moins électorales. Par contre, en Tunisie, on oublie vite et on passe à autre chose. Les enregistrements en question évoquaient des luttes d’influence vis-à-vis du gouvernement et l’insatisfaction quant à Youssef Chahed. Moins d’un an plus tard, on a tout oublié et on est passés à autre chose, alors que les propos tenus peuvent au moins faire l’objet de poursuites judiciaires.
Pour finir à propos de Laurent Wauquiez, la leçon est venue de Nicolas Sarkozy, l’ancien boss. Le Canard Enchainé va publier aujourd’hui un compte-rendu de la conversation téléphonique entre Wauquiez et Sarkozy. Ce dernier a dit à propos de son successeur : « Il indique que ce qu\’il dit publiquement est de la merde. Et il légitime ainsi le fait qu\’étudiants et journalistes rapportent ses propos off ». Tout est dit.










