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Si l’élite descend au niveau de la populace, c’est la racaille qui devient élite…

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Par Nizar BAHLOUL


La semaine a été bien chargée aussi bien en Tunisie qu’à l’étranger. Il y a eu le discours du 20-Mars du président de la République, celui à l’assemblée du chef du gouvernement, la surenchère de Noureddine Taboubi à Sousse qui veut la tête du gouvernement et la séance houleuse à l’assemblée à cause de la reconduction de l’IVD.

Mardi dernier, à l’occasion de la Fête de l’Indépendance, le président de la République a prononcé un discours duquel on ne sort pas vraiment avec grand-chose. Béji Caïd Essebsi fonctionne avec son rythme et reporte à plus tard la résolution des problèmes urgents. Alors que le pays entier est en effervescence autour de la reconduction, ou pas, du chef du gouvernement, le président de la République préfère nous parler des courriers élogieux reçus de la part de la France, des USA et de l’Allemagne. S’il est indéniable que le rôle du président de la République est de nous insuffler de l’optimisme et de l’espoir, il est également indéniable que c’est son rôle de nous éclairer sur l’issue de la voie qu’il a tracée pour nous. On s’attendait à un BCE offensif, comme avant 2014, on a eu un président pacifiste presque résigné.

Il a fallu attendre le vendredi 23 mars pour voir son chef du gouvernement partir à l’offensive et annoncer son programme devant un parterre de députés totalement divisés. On a eu droit à tout ce vendredi, des députés laudateurs et flagorneurs jusqu’aux députés impolis et vulgaires. Un point commun, ils tenaient tous à étaler leur ignorance et leur méconnaissance de la chose publique, politique et économique.

 

Sauf que ces députés ont beau être ignares, ils sont loin d’être idiots. Prenons le cas de celui qui a défrayé la chronique, le frontiste député de la sucette Ammar Amroussia, il a beau choquer les observateurs et enfreindre les règles de la correction avec ses sucettes et jambes levées, il a réussi son objectif premier de séduire ses fans (donc ses électeurs). Pour eux, il est une vedette qui a cloué le bec au chef du gouvernement. Du populisme ? C’est pire, car les politiques aujourd’hui n’hésitent plus à creuser de plus en plus bas pour séduire et convaincre leur public. Cette tendance au populisme le plus abject n’est pas propre à la Tunisie, le phénomène est mondial. Regardez les USA, les Pays-Bas, la Grande-Bretagne, l’Autriche, l’Italie c’est le populisme qui gagne du terrain à vue d’œil. En Autriche, on est allé jusqu’à autoriser de nouveau les citoyens à fumer dans les bars et cafés, alors que cela a été interdit partout en Europe. Une marche arrière des autorités populistes pour plaire à la population ou plutôt à la populace quitte à jouer avec leur santé et leurs intérêts. Idem aux USA, avec la sempiternelle question des armes à feu qu’on refuse d’interdire de crainte de mécontenter la masse et peu importent les 11650 morts de 2017.

Ce populisme indécent et à outrance, on l’a vu dans ses meilleurs accoutrements samedi dernier, de nouveau dans notre assemblée.  Des députés présents qui ne marquent pas leur présence, juste pour ne pas remplir le quorum, mais qui demandent quand même la parole, il faut le faire ! On a beau leur dire que leur demande de parole rédigée par leurs mains est une preuve irréfutable de leur présence, ils insistent quand même à dire qu’ils sont absents ! Cet autre député (qui s’est fait représenter en toute impunité par un cobaye le premier jour de l’ARP) annonce clairement qu’il va être kamikaze. Une apologie du terrorisme ? Mais non, c’est une métaphore et cette métaphore, aussi dangereuse et abjecte soit-elle, séduit son « gradin » et lui fait gagner des points de popularité. Que penserait-il si l’on usait désormais de sa même métaphore pour le traiter désormais en terroriste plutôt qu’en député ? « Le terroriste Mabrouk Hrizi » ferait un bon titre racoleur, n’est-ce pas ?

 

A l’origine de la querelle violente du samedi, la sempiternelle Sihem Ben Sedrine, présidente de l’Instance Vérité et Dignité. Cette instance est censée réconcilier les Tunisiens entre eux et, pourtant, elle ne fait que les diviser depuis quatre ans ! Qu’elle reste ou qu’elle parte, Mme Ben Sedrine a déjà échoué puisqu’elle a semé une véritable discorde dans le pays et cette discorde s’est illustrée de la « meilleure » manière qui soit samedi dernier. N’importe quel quidam, ayant un minimum de dignité, aurait démissionné pour avoir échoué à rassembler les Tunisiens, alors que c’était la mission première de son instance. Sauf qu’elle n’est pas dans cet état d’esprit. Comme Amroussia, comme beaucoup de politiques, elle a usé de populisme abject pour se maintenir. Ses dernières « révélations » à propos de la France en témoignent. Elle a beau être démentie par l’Ambassade de France en Tunisie, elle a beau être démentie par une bonne soixantaine d’éminents historiens, elle continue quand même à nager dans des eaux troubles.

Dans n’importe quel pays qui se respecte, elle aurait été limogée après les multiples désaveux de ses propres pairs et les jugements prononcés à son encontre par le Tribunal administratif.

Son populisme et celui des partis qui la soutiennent ont fait que l’on déplace le débat autour de l’article 18 de la Loi sur la justice transitionnelle pour savoir si oui ou non sa reconduction devait être décidée par l’ARP, alors que le débat n’aurait jamais dû quitter les articles 19, 20 et 59. L’Instance doit être composée de 15 membres parmi lesquels doivent figurer OBLIGATOIREMENT des représentants bien déterminés par cette même loi. Les réunions ne sont valables qu\’en présence des deux tiers des membres, selon la loi ! Le populisme veut que l’on balaie d’un revers le mot le « obligatoirement » mentionné dans la loi et que l’on discute un article portant équivoque sur la reconduction. Si l’on suit le populisme de SBS and co, il n’est pas exclu que l’IVD soit composée de SBS et Khaled Krichi seulement et c’est à eux deux de signer les reconductions de leur mandat et de déclarer qu’untel est victime et l’autre est coupable.

 

En séptembre dernier, le blogueur Yassine Ayari a publié un pamphlet épinglant, preuves à l’appui, Sihem Ben Sedrine. Au nom de la vérité, il a même promis un deuxième épisode à ce pamphlet. Sauf que Yassine Ayari a oublié son deuxième épisode et la vérité et s’est présenté à des législatives partielles. Le parti coquin de Sihem Ben Sedrine, Irada, a retiré son candidat pour que Yassine Ayari gagne la course. Résultat, le même Yassine Ayari qui énumérait les casseroles et les abus de Mme Ben Sedrine il y a quelques mois, chantait ses louanges samedi dernier ! Le même crie, devant son public, qu’il défend la loi en donnant sa propre interprétation de l’article 18, et oublie les articles 19 et 20 qui ne souffrent d’aucun problème d’interprétation ! Et ça marche ! Yassine Ayari, tout comme son compère le « terroriste » Mabrouk Hrizi, sont devenus des héros devant leur public.

La démocratie veut que ce soit la masse qui décide. Pour séduire cette masse, c’est de populisme qu’il faut user. Résultat des courses, à force de surenchérir dans le populisme, c’est la racaille qui gagne.

L’humoriste George Carlin disait : « Ne jamais se disputer avec un idiot. Il te ramènerait à son niveau et ensuite te battrait avec l\’expérience ». C’est pareil avec le populisme politique ! Le souci, le grand souci, est que cette racaille qui use de populisme à outrance est devenue élite, siège à l’assemblée et détient une partie du pouvoir ! Ammar Amroussia, Mabrouk Hrizi, Imed Daïmi ou Yassine Ayari en sont la preuve !

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