Par Nizar Bahloul
Démarrage samedi de la campagne des Municipales 2018 et un nouvel épisode de notre nouvelle vie démocratique. Est-elle plaisante au moins cette vie démocratique ? Meilleure que la dictature ou l’Etat policier, c’est certain, mais cette vie démocratique n’a rien de plaisant. Quand on voit certains bouffons qui se présentent à ces élections, en prétendant pouvoir nous gouverner, on devient compréhensif de la position de ces nostalgiques de la dictature. Qu’on le veuille ou pas, les adeptes de Ali Bennour sont nombreux et le député controversé (et nouvellement menacé de mort) n’a fait que remonter l’opinion d’un pan de la population qui en a ras le bol de l’amateurisme, de l’inefficacité et des clowneries de nos politiques.
A voir les deux premiers jours de la campagne, on peut d’ores et déjà dire que les élections de 2018 vont être plus compliquées que celles de 2011 et 2014. A cette époque le clivage était net. Si vous êtes islamiste, vous votez Ennahdha ; si vous êtes rancunier/revanchard/haineux, vous votez CPR ; si vous êtes laïc, vous votez Massar ; si vous êtes libéral, vous votez Afek ; si vous êtes conservateur-progressiste/nostalgique, vous votez Nidaa ou Jomhouri ; si vous êtes rebelle/anarchiste/gauchiste, vous votez Front populaire et si vous voulez être tout ça à la fois tout en assumant être inodore et incolore, vous votez Ettakatol.
En 2018, on ne sait plus qui fait quoi et quelle valeur est représentée par tel parti. Sur les listes du Front populaire, on trouve des voilées ; sur celles d’Ennahdha, on trouve de belles blondes au jean déchiré ; sur celles d’El Massar, on ne trouve rien (le parti a disparu depuis l’entrée de Samir Taïeb au gouvernement), sur celles de Nidaa on trouve d’anciens recalés de cellules destouriennes de 4ème catégorie, alors que sur l’une des listes d’El Machrouû on constate que le premier programme est la restauration des mosquées ! Voilà donc le choix qu’on nous propose : la restauration des mosquées comme priorité des municipales chez les laïcs, une belle blonde chez les islamistes et un ancien ministre Nidaa qui se voit dans la peau d’une mariée des années 70 dansant sur « des pip-pip, la mariée est arrivée ». Dans une démocratie bien ancrée, ce sont les politiques qui courent pour satisfaire les revendications de leurs électeurs. Chez nous, les électeurs sont priés de satisfaire les fantasmes refoulés de leurs politiques.
Demain d’après le calendrier, sauf erreur de ma part, nous serons le mardi 17 avril 2018. Et, toujours d’après le calendrier, ce 17 avril sépare de 45 jours approximativement le 1er juin, date de début des examens et sépare de 75 jours la date du 30 juin correspondant à la date de début des vacances scolaires. Si l’on veut respecter le calendrier et ces dates butoir, ce 17 avril devrait coïncider avec la vitesse de croisière de bouclage des cours et de préparation des examens. Sauf que chez nous, ce 17 avril va correspondre à la date de début d’une grève ouverte et sauvage des enseignants du secondaire des établissements publics.
J’ai déjà traité de ce sujet trois fois dans ces mêmes colonnes et ce depuis plusieurs semaines et le problème n’est toujours pas résolu. Nos enfants sont pris en otages, on joue avec leur avenir et ceux qui jouent avec l’avenir de nos gosses sont leurs propres enseignants. Ceux-là mêmes à qui nous les avons confiés pour leur dispenser science et savoir !
Derrière cette grève sauvage, des revendications refusées par le gouvernement. Des revendications qui n’ont rien à voir avec l’avenir de nos enfants et à la mission première et noble des enseignants. Nos enseignants-grévistes ne réclament pas une meilleure infrastructure, des programmes plus adaptés, un meilleur encadrement pédagogique, des formations de mise à niveau permanentes, davantage d’outils pour les labos, des plats moins nauséabonds pour les cantines des élèves, un meilleur encadrement pour les élèves en difficulté ou nécessiteux… Non, nos enseignants ne réclament rien de tout cela, ils réclament notamment l’avancement de l’âge de la retraite et quelques revendications bassement mercantiles. Voilà ce que réclament nos enseignants-grévistes et j’insiste sur le terme « enseignants-grévistes » car en aucun cas il ne s’agit d’englober toute la corporation qui, comme toutes les autres, a son lot non négligeable de brebis galeuses.
Ces enseignants-grévistes veulent avancer l’âge de la retraite, alors qu’ils ont fait des pieds et des mains et ont participé à 25.000 concours pour entrer dans la corporation. Ne savaient-ils pas à l’avance l’âge de la retraite pour venir maintenant réclamer le changement des règles au cours du match ? Ils évoquent la pénibilité de leur travail, alors qu’ils bossent une vingtaine d’heures par semaine et neuf mois par an et alors qu’ils savaient ce travail pénible avant même qu’ils ne l’intègrent. Et cette pénibilité, comme par miracle, arrête d’en être une quand il s’agit de dispenser des cours particuliers ! Il est indéniable que le travail d’enseignant est pénible, mais il ne l’est pas moins que celui d’un juge face à 50.000 dossiers, que celui d’un policier qui bosse sous un soleil plombant pour fluidifier une circulation infernale ou celui d’un soldat jeté dans un no man’s land face aux terroristes. Tout ce beau monde ne travaille pas 20 heures par semaine et neuf mois par an et ne réclame pas une retraite à 58 ans !
Après avoir pris en otages les notes des élèves, nos enseignants-grévistes des collèges et lycées publics passent donc à la vitesse supérieure avec une grève ouverte à 45 jours des examens. Quoique l’on fasse, le programme ne sera pas terminé au regard de ce qui s’est passé durant toute cette année scolaire 2017-2018 chaotique. A partir de demain, les choses vont empirer et on va voir des élèves passer à la classe supérieure avec une formation manquante. Jadis, on disait que l’enseignant a failli être un prophète, mais ça c’était jadis, lorsque les enseignants dispensaient des cours particuliers gratuitement et n’avaient pour récompense que la satisfaction du devoir et de la mission accomplis. Quand l’enseignant se voyait, et à raison, mû d’une mission divine de transmission du savoir ! Avec cette absence totale de responsabilité, les enseignants-grévistes et inféodés de Lassâad Yaâcoubi (SG du syndicat) ont failli totalement à leur mission et ont sali toute leur corporation.
La faute aux enseignants ? A priori, oui, sauf que nous n’avons pas élu des enseignants pour nous gouverner ! C’est donc à nos gouvernants que l’on exige des comptes et ce gouvernement n’a rien fait pour mettre fin à ce manège des enseignants qui dure un peu trop longtemps, en dépit du soutien des parents, des médias et de l’opinion publique. En février dernier, déjà, dans ces mêmes colonnes, je rendais hommage à deux ministres dames de fer : « feue Margareth Thatcher qui a tenu tête avec succès aux syndicats britanniques et à Nouria Benghabrit-Remaoun, ministre algérienne de l’Éducation. « Elle a radié 581 enseignants grévistes Mme Benghabrit ! Voilà ce qu’il faut faire avec les syndicalistes qui dépassent les bornes, prennent en otage nos élèves et notre économie, et profitent du droit syndical sacré pour imposer des décisions démesurées et outrancières.»
Aujourd’hui, Hatem Ben Salem et Youssef Chahed ont un rendez-vous avec l’Histoire pour en finir avec les caprices de certains syndicats ! Le droit syndical est intouchable, il n’y a pas à discuter, mais il est aussi intouchable que le droit au travail pour ceux qui refusent d’observer la grève et aussi intouchable que le droit de nos enfants à obtenir leurs notes et suivre leurs cours. C’est le devoir de Hatem Ben Salem et de Youssef Chahed de ne pas céder aux caprices de Lassâad Yaâcoubi and co et d’imposer la loi face à eux ! Qu’ils retiennent leurs salaires et les licencient et que les grévistes irresponsables aillent réclamer justice auprès du Tribunal administratif et des prud’hommes ! Qu’ils traduisent devant les tribunaux les enseignants-grévistes qui parlent de pénibilité de travail tout en dispensant des cours particuliers illégaux au noir !
La fermeté et la stricte application de la loi n’ont rien à voir avec la dictature, car la primauté de la loi et son respect sont les piliers de la démocratie. Sans un Etat fort, et sans respect de la loi, il ne saurait y avoir de démocratie. Avec le laxisme que l’on observe depuis 2014 face aux syndicats du secondaire, c’est tout l’édifice qui risque de tomber. Non pas l’édifice de l’école seulement, c’est tout l’édifice démocratique qui est en danger avec cette sauvagerie syndicale qui n’honore ni l’UGTT, ni le corps enseignant.










