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Bochra Belhaj Hmida, assassin tu es, assassin tu resteras !

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    Elle s’appelle Bochra Belhaj Hmida, elle est à la fois militante, avocate, députée. Avant d’être tout cela, Bochra Belhaj Hmida est une femme avec toute la grandeur que ce nom peut avoir. Elle l’a toujours été et elle le sera éternellement. Pas une femme, cela va de soi, mais une grande.

    Hélas, ou heureusement, Bochra est née du mauvais côté de la Méditerranée, là où l’on considère depuis une quinzaine de siècles que le statut de femme ne saurait être accolé à celui de grande. Dans nos contrées, une femme n’a pas et ne doit pas être grande. Elle peut être fille, sœur, mère, soumise, cuisinière, couturière, voire à la limite pute ou prostituée, elle peut être ce qu’elle veut mais elle ne peut pas être grande. De là à penser qu’elle peut être présidente ou Premier ministre, il faut revenir dans dix siècles. Ceci est valable aussi bien au Sud qu’au Nord de la Méditerranée (donc le sud de l’Europe) où l’on constate encore ce machisme et ce blocage psychologique de voir une femme occuper les premiers rangs de la scène politique d’un pays. Aucun pays arabe, ni pays méditerranéen n’a encore franchi ce pas, aucun ! Ce n’est pas demain que vous verrez la Grèce, la France ou l’Italie présidées par une femme. Quant aux pays du Golfe (qui ne savent même pas encore ce qu’est la démocratie), il faut déjà s’estimer heureux que les femmes aient le droit de conduire une voiture et aient un droit de vote. Le fait même qu’elles puissent sortir cheveux aux vents s’apparente déjà à une révolution.

    Dans ce constat, je ne saurai ne pas citer le plus grand amoureux des femmes, mais aussi le plus grand misogyne, l’homme de théâtre français Sacha Guitry (1885-1957) qui a dit : « Je conviendrais bien volontiers que les femmes nous sont supérieures, si cela pouvait les dissuader de se prétendre nos égales. »

     

    Depuis Guitry, de l’eau a coulé sous les ponts européens. Et même si les pays du sud de l’Europe accusent encore quelque retard, il y a malgré tout une nette volonté d’en finir avec ce machisme et ces inégalités insupportables. La différence entre les pays machistes européens et les pays arabes, c’est que les premiers ont joint l’acte à la parole et ont changé toutes leurs législations pour asseoir l’égalité, au moins dans les textes. Dans les contrées arabes, on reste spécialiste dans la prose. On parle du matin au soir de la place de la femme privilégiée, de sa grandeur et tout le tralala, mais ça reste des paroles en l’air, car toutes leurs belles paroles demeurent, à ce jour, démenties par les actes réels et les législations nationales.

    En Tunisie, qui n’est pas un pays européen, mais qui n’est pas non plus tout à fait un pays arabe, on est dans le « un pied ici, un pied là bas ». Culturellement et dans son tempérament, le Tunisien est bien plus proche d’un Marseillais, d’un Barcelonnais, d’un Corse (grands amoureux de siestes tous les deux) ou d’un Sicilien que d’un Koweïtien, Qatari ou Saoudien. Sauf que de par sa langue et sa religion (ou culture religieuse), le Tunisien est plus proche de ces Arabes.

    Cette spécificité tunisienne (voire maghrébine) a fait que le Tunisien a toujours cherché à s’émanciper pour s’approcher de ses voisins ancestraux, à savoir les Méditerranéens, tout en voulant rester attaché au monde arabo-musulman, lequel il ne lui appartient « que » depuis quinze siècles.

    Une sorte de schizophrénie entretenue depuis des siècles et régulièrement alimentée par une extraordinaire hypocrisie sociale, voire hypocrisie individuelle. Le Tunisien est cet individu capable de se souler à mort et à refuser qu’on blasphème devant lui. Il est cet individu qui trouve normal de ne pas faire ses prières quotidiennes (deuxième pilier de l’islam) et trouve abject de ne pas respecter le ramadan (troisième pilier). Il est cet individu qui veut faire les 400 coups, mais exige ensuite de se marier avec une vierge. Il veut que sa copine l’accompagne jusqu’à des heures tardives la nuit, mais interdit à sa sœur de rentrer (ou de sortir) après 20h.

     

    Connaissant très bien son sujet, Habib Bourguiba a imposé son « diktat » en rejetant catégoriquement plusieurs textes indiscutables de l’islam. Il a réussi à changer carrément la société tunisienne, en dépit de « l’indiscutabilité » des textes religieux. Il y a le CSP bien entendu qui a accordé des avantages incommensurables aux Tunisiennes. Cela va du planning familial (sans lequel nous aurions été 30 millions, impossibles à nourrir) au droit de vote en passant par le droit  à l’avortement, lequel n’est pas encore accordé dans nombre de pays développés.

    Mais il y a également l’abolition de plusieurs peines que l’islam exige dans sa chariâa et que le Tunisien trouve inconcevable et inimaginables. Contrairement aux Saoudiens ou aux Irakiens, on ne pend jamais en public en Tunisie, pas d’amputation des mains aux voleurs, on ne lapide pas, la violence physique contre l’épouse est pénalisée, il n’y a pas de polygamie, il n’y a pas de divorce par la simple parole… 

    Zine El Abidine Ben Ali, malgré tout le mal qu’on peut dire de lui, n’a pas tourné le dos à sa voie et a continué, un tant soit peu, dans ce qu’a commencé Bourguiba. La Tunisienne a désormais le droit de transmettre sa nationalité à son fils, par exemple.

    Béji Caïd Essebsi a continué, lui aussi, dans cette voie déterminé à donner le maximum de droits aux Tunisiennes, conformément à la Constitution de 2014 qui prône l’égalité parfaite entre les citoyens.

    Il a commencé par accorder le droit aux Tunisiennes de voyager avec leur enfant sans autorisation paternelle et il a essayé de faire passer la loi de l’égalité de l’héritage.

    Mehdi Ben Gharbia a entrepris, sur son compte, la démarche de proposer la loi en question dès 2015 et c’était la grosse polémique.

    Évitant la confrontation inutile et adepte de la politique du consensus et de l’étape par étape, le président de la République a créé la Colibe (La Commission des libertés individuelles et de l\’égalité), cette commission présidée par Bochra Belhaj Hmida, chargée de proposer des lois modernistes et égalitaires qui ne distinguent pas les citoyens en fonction de leur sexe, de leur religion ou de leurs orientations.

     

    Branle-bas de combat, la Colibe est attaquée de toutes parts et, spécialement Bochra Belhaj Hmida. L’avocate et éternelle militante des « Femmes démocrates » est habituée aux menaces et aux attaques sexistes. Elle ne sera pas déçue par la virulence et la violence des mots de ses adversaires dont la bêtise et l’ignorance la disputent à l’hypocrisie et l’opportunisme.

     

    Les religieux et partis islamistes prétendent défendre l’islam et mettent en avant les textes contraires à la religion proposés par la Colibe et oublient que la Tunisie a des dizaines de textes de loi contraires à la chariâa sans que cela ne les ébranle spécialement. La vérité est que les textes de la Colibe sont contraires à leurs bas intérêts mercantiles.

    Les attaques abjectes subies par la Colibe en général, et par Bochra Belhaj Hmida en particulier, devaient faire réagir l’ensemble de la classe politique, et notamment les prétendus défenseurs des Droits et de l’égalité. Ils préfèrent cependant regarder le combat depuis la colline en refusant de se mouiller au risque de perdre des voix. Cela va du « droit de l’hommiste en chef » Moncef Marzouki à Yassine Brahim en passant par Mohsen Marzouk, Ridha Belhadj, Mehdi Jomâa, Issam Chebbi etc. Les droits de l’homme et l’égalité, ça ne vaut que lorsque cela rapporte des sous ou des voix, pas quand cela va dans l’intérêt de la Tunisie et des Tunisiens.

    Quant aux ONG internationales chargées de l’égalité et des droits, elles n’ont reçu de mandat que pour défendre Sihem Ben Sedrine. C’est qui déjà Bochra Belhaj Hmida ?

    Quelques exceptions méritent d’être signalées comme celle de l’islamiste Lotfi Zitoun qui a reçu son lot d’insultes et de menaces juste parce qu’il a défendu le droit de Bochra de s’exprimer (il n’a même pas lu le rapport de la Colibe) ou encore Sahbi Ben Fredj qui en a marre d’attendre indéfiniment le communiqué de soutien de son parti Machroûu.

    Et puis il y a ceux qui se sont soudain découvert des penchants démocratiques en appelant à un référendum autour des propositions de la Colibe.

    A ceux-là, la meilleure réponse vient de Sahbi Ben Fredj : « Est-ce que le peuple tunisien était prêt à abolir l’esclavage au 18ème siècle ?… Si cela avait été laissé au bon jugement des Zeitouniens, l’esclavage se serait poursuivi jusqu’au milieu du siècle précédant comme c’est le cas en Mauritanie et en Arabie Saoudite. Si Kheireddine avait écouté l’élite bourgeoise conservatrice, il n’aurait jamais mis en place la première constitution arabe dans l’histoire. Est-ce que le peuple tunisien était prêt pour ça à ce moment-là? Est-ce que Habib Bourguiba a sondé l’opinion des Tunisiens avant d’abolir la polygamie, de publier le code du statut personnel et de mettre en place le planning familial ? Qu’en serait-t-il aujourd’hui s’il avait alors cédé aux réserves des Zeitouniens et qu’il avait attendu que son peuple murisse pour accepter de telles réformes ? ».

     

    Bochra Belhaj Hmida et ses collègues de la Colibe n’en sont pas à la première, ni à la dernière. Ils ont défendu le droit des Tunisiennes à bénéficier de leur citoyenneté à part entière comme leurs compatriotes « mâles ».

    Soutenir ce rapport et cette commission revient à soutenir le Droit, la Constitution et l’égalité. C’est une question qui intéresse l’ensemble des Tunisiens et devraient mobiliser tout Tunisien qui refuse que son pays continue à vivre avec des lois rétrogrades et inégalitaires.

    Ce temple de la liberté et de l’égalité, Bochra Belhaj Hmida en a toujours été la gardienne. Elle a toujours voulu assassiner les rétrogrades et elle réussira à les tuer tous si l’on se mobilise à ses côtés. Bochra Belhaj Hmida se doit d’être l’assassin de ces rétrogrades, elle se doit d’être le croque-mort qui les enterrera et puis la conservatrice de musée qui racontera aux générations futures ce qu’était la Tunisie inégalitaire avec ses conservateurs bêtes, idiots et méchants. Vive Bochra Belhaj Hmida !

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