Grève de la CTN, menace d’une grève générale dans le secteur public…Les annonces des grèves, ou encore les grèves sauvages sont devenues la hantise des citoyens tunisiens. Qu’elles soient justifiées ou non, elles font, désormais, partie intégrante du quotidien. Retour sur un phénomène qui guette la stabilité sociale et économique du pays.
Le travail syndical est tout ce qu’il y a de plus sain dans les démocraties qui se respectent. L’action des syndicats est de nature à protéger les droits des employés et assurer leurs intérêts sociaux. Cependant en Tunisie, dans la conjoncture actuelle, les syndicats usent des mouvements de militantisme pour obtenir toute sorte de revendications et les grèves sont devenues le moyen de pression incontournable.
D’ailleurs, pas plus tard qu’hier, près de 2000 passagers sont restés bloqués au port de la Goulette suite à la grève entamée par les agents de la CTN. Des familles et des enfants, sont resté bloqués au port sans aucune information sur la situation.
Bien que des négociations aient été entamées entre les syndicats et les autorités compétentes pour arriver à un accord et annuler la grève annoncée la semaine dernière. Des accords ont été trouvés sur tous les points examinés à l\’exception d\’une demande qui nécessite une procédure administrative.
Il a fallu qu’un ordre de réquisition soit émis par le ministère du Transport avec l\’aide de la Marine nationale, pour que les agents de la CTN viennent prendre les commandes du navire en partance pour Gênes.
Certes, un préavis a été émis concernant cette grève, mais sa tenue en ces temps précis de retour des vacances a bloqué les intérêts des citoyens et ce sont les passagers qui ont été pris en otage. Cette suspension du trafic maritime a paralysé tout le port de la Goulette sans tenir compte des intérêts et des engagements des passagers, dont le seul tort a été de choisir la compagnie nationale.
Et ce n’est pas tout, quelques jours avant la rentrée scolaire, ce sont les parents des élèves qui commencent à craindre une nouvelle escalade. Tout le monde se rappelle des dérapages du syndicat de l’Enseignement. Les années dernières, c’était le secrétaire général du fameux syndicat, Lassâad Yaâcoubi qui a fait sa loi dans les écoles. Grèves, suspensions des cours, blocage des notes, élèves et parents ont souffert durant des mois, alors que le clivage a connu son paroxysme entre le syndicat et le ministre de l’Education. Cette année, ça ne risque pas d’être différent et la rentrée s’annonce chaude au grand dam des citoyens.
D’ailleurs, plusieurs Tunisiens ont choisi d’inscrire leurs enfants dans les écoles privées. De longues files d’attentes ont été observées devant les plus grandes écoles privées et étrangères. Ainsi, les parents privilégient d’investir dans l’éducation de leurs enfants au dépens de leurs budgets, renonçant ainsi à l’école publique. Une école qui fût, par les années précédentes, la fierté de la Tunisie moderne, connue par son émancipation et réputée par la qualité de l’enseignement prodigué.
Toujours dans le même contexte, le secrétaire général de la centrale syndicale, Noureddine Taboubi, avait affirmé qu’une grève générale dans le secteur public est envisageable. Une menace claire à la veille de la rentrée politique et sociale serait, également, un moyen de pression afin de contraindre le gouvernement à accepter les revendications et les conditions de l’UGTT, lors des négociations sociales. Cette politique adoptée par plusieurs entreprises publiques, à l’instar, de la RNTA est la solution idéale pour contester la cession de ces établissements et maintenir le monopole de certaines activités. Malgré les multiples propositions de privatisation, la centrale syndicale considère ces appels comme étant une ligne rouge à ne pas franchir, et considère qu’il faut procéder à une restructuration globale de ces établissements.
En tout état de cause, les observateurs de la scène nationale s’accordent sur le rôle principal joué par les syndicats dans l’orchestration du rythme de la vie quotidienne. Cependant, les grèves qui ponctuent l’action syndicale ne contribuent guère à l’apaisement de la situation socio-économique, et constituent plutôt une contrainte et un frein au développement et à l’investissement. Ainsi, une révision du champ d’intervention de l’action syndicale est devenue une nécessité urgente afin de préserver les services publics, ainsi que les intérêts des citoyens.
Sarra HLAOUI










