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La prophétie de Habib Essid est avérée

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    Par Marouen Achouri

     

    Mea Culpa. Nous étions nombreux à nous étonner de la nomination de Habib Essid en tant que conseiller du président de la République chargé des affaires politiques. Mais l’homme s’est avéré être un visionnaire qui nous dépasse de loin. Plus que visionnaire, il est prophétique !

    C’était le 29 août 2016 et Habib Essid allait prononcer son dernier discours en tant que chef du gouvernement avant de laisser la place à Youssef Chahed. Il a évoqué l’accord de Carthage qui a servi à le déposer et il a dit : « Cette fois c’est une initiative, la prochaine fois ce sera une fatwa, Sidi Cheikh », en s’adressant à Rached Ghannouchi avec un sourire. Se doutait-il à cet instant que, effectivement, le sort de son successeur serait scellé par Rached Ghannouchi ? En tout cas, sa prophétie est avérée et c’est le leader islamiste qui a fini, hier, de sceller le sort de Youssef Chahed.

     

    Et puis, pourquoi ne pas remettre Habib Essid à son poste de chef du gouvernement ? A entendre les différents protagonistes, le gouvernement de Yousef Chahed est le pire que la Tunisie ait connu, son équipe est la plus incompétente et ses décisions sont des plus néfastes. Le secrétaire général de l’UGTT, Noureddine Taboubi, évoque leur manque de responsabilité et il a annoncé une grève générale dans le secteur public pour sauver le pays [?]. De l’autre côté, Khaled Chouket de Nidaa Tounes nous menace carrément de putsch militaire si ce gouvernement reste en place !

    A les croire, il s’agit d’un gouvernement dangereux qu’il faudrait carrément mettre en quarantaine. Mais revenons un peu en arrière. Quand Habib Essid a été désigné chef du gouvernement, Béji Caïd Essebsi nous l’avait présenté comme une garantie de stabilité et de compétence. Un an plus tard, c’est le même Béji Caïd Essebsi qui nous dit à la télévision qu’il faut maintenant le virer. Il nommera ensuite Youssef Chahed en vertu de l’accord de Carthage pour venir un an et quelques mois plus tard nous dire qu’il faut, en fait, s’en séparer parce qu’il n’est pas assez compétent. Le même Béji Caïd Essebsi avait nommé, notamment, Mohsen Marzouk et Ridha Belhaj à la présidence de la République au début de sa mandature. Mais pareil, il a choisi de s’en séparer en peu de temps. La question que l’on peut se poser est de savoir quand est ce qu’il va devoir rendre des comptes pour tous ces choix auxquels il renonce tout seul plus tard ? Pourquoi aucun de ceux qui s’acharnent aujourd’hui sur Youssef Chahed ne met sur la table la responsabilité du président de la République qui a fait virer son prédécesseur avec une entourloupe nommée Accord de Carthage et qui a nommé ensuite un homme aussi incompétent et aussi inconscient que Youssef Chahed ?

     

    Indépendamment de la personne de Youssef Chahed, la Tunisie s’apprête à changer de chef de gouvernement pour la deuxième fois en quatre ans par un processus parallèle, malhonnête et dangereux. On nous reproche souvent de prendre fait et cause pour Youssef Chahed mais c’est une vision bien trop simpliste des choses. Il ne s’agit pas de défendre une personne, mais il s’agit de défendre la République. Des électeurs ont voté, des structures existent, des articles de la constitution et autres sont là pour être utilisés. Mais en aucun cas il ne devrait être possible de limoger un chef de gouvernement juste parce qu’il ne s’entend pas avec le fiston du président. Il ne devrait pas être possible de concocter un accord dans un salon pour ensuite le brandir et limoger un chef de gouvernement, qu’il s’appelle Youssef Chahed ou Habib Essid ou qui que ce soit d’autre. On ne défend que la République parce que si aujourd’hui c’est Youssef Chahed, demain ce sera son successeur et il deviendra facile de démettre un chef de gouvernement pas assez obéissant ou bien trop impertinent.

     

    S’ils arrivent à obtenir le limogeage de Youssef Chahed, ils le remplaceront par « une compétence nationale non concernée par les prochaines échéances électorales » pour repartir dans la rengaine du provisoire et du transitionnel. Par conséquent, aucun dossier ne sera ouvert, aucune réforme ne sera entreprise et on demandera au gouvernement, quel que soit sa composition, de nous mener aux élections de 2019 et de gérer les affaires courantes, c’est tout. Entre temps, le pays continuera de sombrer parce que personne ne pourra décider de quoi que ce soit.

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