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Abderrazak Rahal, le scientifique religieux

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    Abderrazak Rahal est un ingénieur principal à l’institut de la météorologie (INM) suspendu de son travail. Cette décision prise par le ministère du Transport a créé une véritable polémique, d’autant plus qu’elle a été justifiée par une déclaration jugée choquante de l’ingénieur.

     

     

    Qui ne connaîtrait pas Abderrazak Rahal, une des figures célèbres du bulletin météo en Tunisie. Ingénieur principal à l’INM, il a été très sollicité par les médias ces derniers jours pour donner les prévisions de l’INM, notamment, à la suite des inondations de Nabeul, les perturbations météorologiques et toutes rumeurs concernant un éventuel ouragan et même un tsunami pouvant frapper la Tunisie.

     

    Ainsi, la polémique fût déclenchée lors de l’une de ses déclarations médiatiques. Intervenant sur les ondes de Radio Med, Abderrazak Rahal a félicité les familles qui ont perdu des proches lors des intempéries exceptionnelles qui ont frappé le gouvernorat de Nabeul le weekend dernier. Il les a félicitées car, selon ses dires, « les personnes mortes devraient être considérées comme des martyrs et devraient aller directement au paradis ». « J’aurais bien aimé que mes enfants soient à leur place. Les deux filles décédées seraient des Houris au paradis, leurs visages angéliques ne sont pas de ce monde », déclare-t-il avec un grand enthousiasme, sous les yeux abasourdis de l’animatrice de l’émission. Des propos, pour le moins, indignes d’un ingénieur et d’un scientifique. Cette intervention rappellerait plus les propos des prédicateurs et autres cheikhs sur les chaînes religieuses que celle d’un ingénieur à l’institut de météorologie.

     

    Toutefois, et face à la grande vague d’indignation qui s’est rapidement propagée dans les médias et sur les réseaux sociaux, le ministère du Transport n’a pas tardé à réagir. Un communiqué a été rendu public annonçant la suspension de l’ingénieur et l’ouverture d’une enquête en attendant les mesures disciplinaires qui seront prises à son encontre. Le ministère estime que les déclarations de Abderrazk Rahal n’ont aucun lien avec le bulletin météo et portent atteinte non seulement aux sentiments des familles des défunts, mais aussi de tous les Tunisiens dans ces circonstances délicates que traverse la région du Cap Bon.

     

    Cette décision s’inscrit dans le cadre des sanctions administratives. L’ingénieur sera présenté devant le conseil de discipline qui aura la charge de déterminer le degré de gravité de la faute. Selon cette évaluation, une sanction sera prise à son encontre qui peut aller d’un simple avertissement à un blâme, une mise à pied ou voire même un licenciement, si la faute est considérée comme étant une faute professionnelle grave. Cependant, cette décision a attiré l’attention de plusieurs personnes sur le fait que l’INM soit sous la tutelle du ministère du Transport. En effet, l’INM est un établissement public à caractère non administratif. Il est rattaché au ministère du Transport parce qu’il est chargé, entre autre, de fournir l\’assistance météorologique à la navigation aérienne et à celle maritime.

     

     

    Cela dit, la suspension par le ministère du Transport de l’ingénieur météo Abderrazak a engendré plusieurs réactions. Bien qu’elle fût saluée par une large partie choquée et révoltée par les propos « islamiteux » de l’ingénieur sans la moindre considération des sentiments des familles des défunts, d’autres, l’ont jugé abusive, dénonçant le caractère « discriminatoire », voire « islamophobe » de cette sanction.

     

    La première banalisation de ses propos provient du syndicat des ingénieurs. Dans son communiqué officiel émis hier, le syndicat a soutenu Abderrazak Rahal estimant que son intervention est « fortuite » et ne devrait pas faire l’objet d’une pareille sanction. Selon, le syndicat ce dérapage ne mériterait pas plus qu’« un avertissement au maximum ».

     

    Une autre réaction est venue de la part du député Imed Daïmi. Ce dernier considère que la déclaration de l’ingénieur est « de bonne foi et que le ministre ne manifeste son courage que contre les pauvres gens ».

     

    Cela sans compter les pages Facebook et autres médias connus pour leur positionnement islamiste. Des insultes, des injures au nom de Dieu et de la religion ont été dirigés contre le département du Transport et au ministre à sa tête. C’est dire que pour eux, M. Rahal avait « raison lorsqu’il a considéré que les victimes des inondations sont des martyrs ». Ils estiment que cette sanction est plutôt « dirigée contre les préceptes de l’Islam ». Certains vont jusqu’à considérer qu’il s’agit d’une « entrave aux libertés d’expression et des croyances ».

     

    En tout état de cause, cet épisode nous ramène, au final, à la profondeur de la division qui s’est instaurée au sein de la société. Une division basée sur la religion et le culte quitte à bafouer tous les sentiments humains même les plus nobles.

    Cela dit, on ne peut dire que l’espoir soit éteint, il suffit de constater l’élan de solidarité avec les personnes sinistrées au gouvernorat de Nabeul et la détermination de ses habitants pour dépasser la catastrophe pour comprendre que la Tunisie est capable de se redresser un jour.

     

    Sarra HLAOUI

     

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