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Youssef Chahed et Selim Azzabi vont sauver Béji Caïd Essebsi

 

Rien de tel qu’un énième parti bourguibien pour remettre Béji Caïd Essebsi au cœur du jeu politique. Tahia Tounes vient chasser ouvertement sur les terres de Béji Caïd Essebsi et de Nidaa Tounes à travers un référentiel bourguibien moderniste dont les contours restent à déterminer. Ce nouveau parti, largement critiqué depuis son lancement, va concurrencer Béji Caïd Essebsi sur un terrain que ce dernier connait largement mieux qu’eux. Les révérences faites par Selim Azzabi à Béji Caïd Essebsi sur le plateau de Myraim Belkadhi en rappelant que c’est à lui qu’il doit tout, ce qui n’empêchera pas le vieux briscard de la politique de mettre tous les moyens dont il dispose pour détruire ce concurrent.

 

Pour l’instant, Tahia Tounes n’a pas de substance politique et se perd dans une zone grise où sont empêtrés les partis tunisiens. Cette zone non identifiée de progressistes modernistes modérés où se bousculent plusieurs échoppes politiques. Ce nouveau parti tente de mettre en avant un nouveau mode de fonctionnement, plus démocratique, plus participatif, comme par exemple le processus qui a conduit au choix du nom –dramatique par ailleurs- du parti. Toutefois, il y a des lacunes majeures. En vertu de quel vote ou de quel processus participatif Selim Azzabi a été désigné ou choisi en tant que coordinateur général de ce mouvement ? On ne le sait pas et on n’aurait sans doute pas posé la question si ce n’est l’exhibitionnisme de Tahia Tounes.

 

Par ailleurs, le mouvement Tahia Tounes se propose de tenir son congrès fondateur fin mars 2019, étrangement,  à la même date à peu près que le congrès de Nidaa Tounes. Est-ce que les deux mois qui nous séparent de cette date suffiront pour tenir des élections locales, ensuite régionales pour finir avec des élections nationales fin mars ? Est-ce que deux mois suffiront pour ce parti pour mûrir un programme électoral viable qui couperait avec l’inconsistance actuelle et qui proposerait de vraies mesures concrètes et un vrai projet ? En tout cas, le challenge est de taille pour tenir ces délais et proposer une réelle alternative. En attendant, il serait indiqué pour les nouveaux leaders de ce parti, dont une quinzaine de porte-paroles, d’éviter un lapsus qui s’est répété plusieurs fois mais ô combien révélateur : on ne dit pas que la pensée ou les choix ou autres viennent « des régions vers le sommet ». Cela pourrait être mal interprété puisque, à ma connaissance, les régions ne sont pas « en bas », et vous n’êtes pas « au sommet ».

 

Du côté de Carthage, on fourbit déjà les armes pour venir à bout de ce nouveau venu. Béji Caïd Essebsi a déjà commencé en accordant une interview au journal londonien Al Arab. Il faut avouer qu’il reste le maitre absolu du « faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais ». Après avoir fustigé Moncef Marzouki pour ses interviews sur Al Jazeera, Béji Caïd Essebsi  ne se dérange pas pour évoquer des sujets tuniso-tunisiens sur les colonnes d’un journal étranger. Mais cela parait logique puisque, dans la même interview, il a déclaré que la Tunisie avait besoin de médias responsables. D’un autre côté, le président de la République a déclaré qu’Ennahdha soutenait Youssef Chahed pour qu’il devienne président et pour rester au pouvoir. Pourtant, les sondages de Sigma montrent qu’Ennahdha est classé premier pour les législatives, donc Ennahdha n’a pas attendu le projet de Youssef Chahed pour « s’assurer » une place incontournable à l’horizon 2019. Et puis, juste pour rappel, c’est Béji Caïd Essebsi qui a propulsé Youssef Chahed chef du gouvernement, c’est Béji Caïd Essebsi qui a fait de Selim Azzabi son chef de cabinet. On pourrait continuer à remonter la chaine de ce que Béji Caïd Essebsi estime être de mauvais choix en évoquant Mohsen Marzouk, Ridha Belhaj ou encore Habib Essid. Par conséquent, Béji Caïd Essebsi ne peut pas jouer aux victimes puisqu’il paye le prix de ses propres choix. Dans la même logique, l’effritement de Nidaa Tounes est le fait d’un complot d’Ennahdha et non pas son acharnement à défendre son fils Hafedh contre toute logique. Le président a même osé fustiger le tourisme parlementaire en omettant que son propre parti avait absorbé l’UPL de Slim Riahi il y a seulement quelques mois.

 

Le bilan de Béji Caïd Essebsi est tellement dramatique à la présidence de la République que la cause était entendue concernant une hypothétique réélection. Tahia Tounes, par l’inconsistance de sa proposition, redonne involontairement de la substance politique à Béji Caïd Essebsi. C’est en partie ce qui l’a poussé à évoquer son avenir politique en disant qu’il pourrait se représenter pour l’intérêt de la Tunisie. Entendez par là : Je vais être obligé de me représenter pour vous protéger de ce tandem Chahed-Ennahdha. Ce qui est certain en tout cas, c’est que la guerre des déclarations et des coups bas est déclarée. On pourra ainsi profiter d’un florilège de bassesses en tous genres. Et au final Ennahdha gagnera, comme c’est le cas depuis 2011.   

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