C’est un évènement, ou disons-le, un non-événement, qui prend carrément des tournures caricaturales, pour ne pas dire ubuesques, ces deux derniers jours. Le citoyen-facebooker tunisien a préparé plein de pop-corn, s’est installé confortablement et suit avec délectation et en se gaussant le nouveau feuilleton comique du moment. L’histoire tourne autour d’un nom. Un fâcheux nom d’un parti dont les « bases » et surtout les dirigeants ont fait montre d’un manque flagrant d’imagination.
Tahia Tounes. Vive la Tunisie, pour les francophones, est le choix sur lequel s’est arrêté le nouvel arrivant sur la scène politique tunisienne (le 216ème si mes comptes sont bons). Le nouveau parti du chef du gouvernement débute sa carrière sur une malencontreuse erreur de communication. Amputer le slogan de l’ancien parti dont on est issu, employer une expression commune à tous les Tunisiens, la confisquer en quelque sorte à des fins politiques, quelle merveilleuse trouvaille !
Les dirigeants de Tahia Tounes ignoraient-ils que la communication n’est autre qu’une science dont il faut maîtriser les fondements à la perfection, sinon c’est le bide, l’échec assuré ? Ne savaient-ils pas que pour susciter l’intérêt, dans le bon sens, le naming se devait d’être unique et surtout approprié ? Personne ne s’est rendu compte qu’un tel nom puisse être perçu comme une mauvaise pub ? Avant de lancer un produit, une entreprise ou un parti politique, il est pourtant nécessaire de mettre en place une politique communicationnelle, d’établir dès le départ des stratégies à même d’assurer un lancement réussi.
En politique, le sort d’un parti ou d’une personnalité est intrinsèquement lié à la sacrosainte Com’. Des erreurs, même celles qui semblent insignifiantes au départ, peuvent être préjudiciables et brouiller la perception de l’opinion publique sur le court et le moyen terme.
Si on ajoute à cela la place de choix que prennent les réseaux sociaux aujourd’hui, la communication politique a dû rapidement s’adapter. A l’ère de Facebook, Twitter ou Insta, tout faux-pas se paye cash et ça risque d’avoir de lourdes conséquences sur l’image d’une formation politique.
Cette bourde a donné l’occasion à des organisations payées rubis sur l’ongle, et en devises, de tourner en dérision le parti et ses dirigeants. Un faux-pas qui a permis à I Watch et Cie d’en faire toute une histoire et de taper encore plus fort sur le chef du gouvernement, la jugeote en moins il faudra l’avouer.
Furieux d’apprendre la décision de l’Union européenne dans l’affaire Marouen Mabrouk et accusant Youssef Chahed d’avoir œuvré pour une telle issue, nos amis de l’antenne de Transparency n’ont pas trouvé mieux pour se venger que d’acheter le nom de domaine Tahia Tounes et de l’enregistrer à l’Innorpi. La guerre des noms est déclarée. Puérile, rocambolesque et fichtrement orientée politiquement, cette campagne a mis en effervescence les fils d’actu, mais surtout a démontré l’amateurisme des uns et des autres. « Changez le nom de votre parti, disaient les responsables d’I Watch, parce que nous entameront toutes les batailles juridiques si vous aller utiliser ce qui est nôtre ! ».
Ce qui frise le ridicule dans cette affaire, c’est qu’ils ne se sont même pas rendu compte que le nom enregistré n’est valable que pour les marques de fabrique, le commerce et les services et ne concerne en aucun cas un parti politique, qui doit obtenir son visa des services de la présidence du gouvernement.
Tout cela n’est au final qu’une petite tempête dans un verre d’eau. Le spectateur-facebooker n’aura pas le temps de finir son pop-corn que tout ce tapage aura fait pschitt et qu’il passera aux derniers exploits d’un K2Rhym ou ceux d’une starlette de la télé-poubelle.










