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Il ne vous restera que l’art

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    On adore donner des leçons, c’est incontestable. Est-ce dû à notre caractère méditerranéen ou à la profondeur de notre ignorance, nul ne peut le savoir. Mais il est certain que le jour d’un match, on se transforme en 12 millions de techniciens et le temps d’un feuilleton, on devient 12 millions de critiques.

     Le pays a connu mieux comme situation. Les choses sont difficiles au niveau économique et nos politiciens ne semblent pas être en mesure d’apporter des solutions à la cherté de la vie et aux difficultés quotidiennes.

    Toutefois, quelques rayons de soleil viennent traverser cette grisaille pour nous montrer que ça reste possible, qu’il y a des raisons d’être fier de son pays. L’art de manière générale et l’art cinématographie et télévisuel particulièrement ont connu une mue sans précédent ces dernières années. La liberté d’expression gagnée au prix du sang et principal acquis de la révolution de 2011 n’a pas profité qu’aux journalistes. Les artistes de tous bords ont également su s’en emparer pour donner naissance à une production variée, profonde et magnifique.

     

    Nous nous sommes bousculés au cinéma pour découvrir de très bons films tunisiens de tous les types. Nous débattons aujourd’hui de la qualité, de la profondeur et de la pertinence des feuilletons tunisiens de ramadan. Même si l’on peut parfois se montrer durs ou injustes dans nos jugements sur tous ces travaux, nous n’avons pas encore pris conscience de la chance de disposer, d’abord, d’une telle offre artistique.

    Outre une production prolixe, la qualité a été au rendez-vous au niveau du cinéma tunisien avec des films qui ont rempli les salles et qui ont été de vrais succès populaires. Des films courageux qui ont tenté, avec des fortunes diverses, de s’attaquer à certains tabous. En tout cas, ce sont des travaux qui ont refusé la complaisance dans l’acquis, dans le facile, et qui ont tenté de faire avancer les choses, d’explorer de nouvelles pistes. La même logique s’applique aux feuilletons télévisés car souvent, les réalisateurs de cinéma restent derrière les caméras. Un vent de jeunesse, de nouveauté et d’audace souffle sur la scène artistique tunisienne et ça fait beaucoup de bien.

     

    Ce foisonnement artistique reste un thermomètre, un indicateur assez fidèle de l’évolution d’un peuple et d’une civilisation. Cela nous permet de dire que malgré tout, la Tunisie va dans le bon sens et avance dans la bonne direction.

    Devant les déceptions continues fournies par notre classe politique, il ne nous restera que l’art pour nous en sortir. Devant les échecs multiples, seul l’art peut jouer le rôle de locomotive pour une société en proie à un changement profond. Nous avons un besoin pressant de cette désinvolture, de cette audace dont peut se parer l’artiste pour nous emmener plus loin, pour nous faire avancer dans ses pas.

    Evidemment se posent les questions relatives au financement de l’art, à son encadrement notamment à travers le ministère des Affaires culturelles. Mais nos artistes et cinéastes ont déjà dépassé ces questionnements futiles et ont innové pour trouver des moyens de financement échappant à l’œil, parfois lourd, de l’administration tunisienne. Le développement technologique a grandement facilité la réalisation d’un film de manière générale mais les artistes tunisiens y ajoutent cette ferme volonté d’autonomie et ce farouche besoin de liberté.

     

    Au fil des années, depuis 2011, il devient de plus en plus évident que notre salut viendra de nos cinéastes, peintres, graphistes, acteurs, musiciens, chanteurs, sculpteurs et autres. Ce sont eux qui vont baliser les chemins tortueux de la liberté et de la conscience et ce sont eux qui représentent la vraie force vive de ce pays. Tant qu’il y aura des artistes en Tunisie, on s’en sortira.

     

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