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La gauche nous apprend comment se tirer une balle dans le pied

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    L’annonce de la démission de neuf députés du bloc parlementaire du Front populaire, le 28 mai 2019, a scellé la dislocation de la formation de gauche sur le plan politique. A seulement deux mois de la fin de la mandature, les démissionnaires ont, semble-t-il, voulu adresser un message à leurs camarades pour dire que leur désaccord a des conséquences et qu’ils ne parlent pas en l’air.

     

    Le discours de la gauche tunisienne, et Dieu sait si elle est douée pour les discours, est largement basé sur le fait que ses leaders ne cherchent pas la gloire des postes et des nominations et que l’unique souci est le bien-être du peuple. Toutefois, la réalité est tout autre puisque ces démissions sont dues à la désignation du candidat du Front à la présidentielle et à la répartition des candidats pour les listes des prochaines législatives. Autrement dit, aucun désaccord idéologique profond ou de divergence insurmontable à propos du projet porté pour la Tunisie. Il s’agit seulement d’une querelle de nominations qui ne considère aucun bilan, aucune étude de la prestation politique du Front populaire.   

     

    Tels des novices, les têtes de pont du Front populaire font exactement ce qu’ils prennent tant de plaisir à fustiger chez les autres partis. Une bataille rangée pour des éventualités, très minces du moins, pour la présidence, qui finit par enterrer la seule coalition de plusieurs partis qui tenait à peu près la route.

    Sur le plan parlementaire, cette série de démissions a pour conséquence immédiate la disparition du bloc parlementaire du Front populaire. Ceci implique deux choses : la perte de la présidence de la commission des finances puisque Mongi Rahoui a démissionné, et la perte de la présence d’un représentant du Front dans l’illégale et néanmoins utile commission des consensus. Toutefois, à seulement deux mois de la fin de la mandature, il est aisé de comprendre qu’il s’agit là de spectacle, des dernières ruades d’une formation politique en mal de régénération et d’innovation, enfermée dans de vieux modèles exprimés par de vieilles personnes.

     

    Les gauches périclitent à travers le monde et la dernière confirmation de ce fait est venue du récent résultat des élections européennes. Mais il faut bien que nous ayons notre petite touche tunisienne. Notre gauche n’a besoin de personne pour péricliter toute seule de l’intérieur pour des querelles autour d’un pouvoir qu’elle n’aura pas de toute façon. Notre gauche a le chic de s’entredéchirer depuis qu’elle existe. Des générations entières ont été élevées à l’ombre de la bataille Watad-parti des travailleurs. Tout cela pour un résultat nul. Le Front populaire pouvait, auparavant, se targuer de sa solidarité, même de façade, et dénoncer en mots acerbes le « tourisme parlementaire » en rappelant à qui veut bien l’entendre qu’ils sont entrés au parlement à 15 et que ça n’a pas changé. Aujourd’hui, même ce faible argument ne peut être brandi par les frontistes.

     

    Face à l’enracinement des conservatismes et la montée des extrémismes, Dieu seul sait à quel point nous aurions eu besoin d’une gauche responsable, efficace, solidaire et juste pour remédier au véritable déséquilibre de la scène politique. Face à la médiocrité politicienne qui a amené des Kaïs Saïd, Safi Saïd ou Nabil Karoui, nous aurions tellement eu besoin d’une véritable gauche sociale vertueuse. Mais les dignitaires de notre gauche allaient justement faire la queue chez le même Nabil Karoui ou pour faire leur propre campagne du type « Hamma Président » ou pour avoir tribune libre pour insulter Youssef Chahed et le gouvernement, faisant ainsi le jeu du même Nabil Karoui.

     

    La gauche tunisienne aura gardé cette étonnante capacité de nous décevoir même quand on n’attend rien d’elle. Il est malheureux de voir le Front populaire rejoindre la cohorte de partis historiques en voie de disparition comme Al Jomhouri, héritier du PDP ou Al Massar, héritier d’Attajdid. Une chose est cependant sûre : Chokri Belaïd, Mohamed Brahmi, Nabil Barakati et Fadhel Sassi ne sont pas morts pour ça.

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