Du sur-mesure de très mauvais goût. Du sur-mesure qui pue la fébrilité inquiète d’une classe politique, imbue de ses chances de réussite et prise au dépourvu par les derniers sondages. Alerte rouge. Tous les signaux d\’alarme se sont déclenchés. Les Nabil Karoui, Abir Moussi ou Kais Saied ne doivent avoir aucune possibilité de décrocher le gros lot. L’oligarchie politique panique. Elle vient de découvrir que le code électoral est truffé de dangereuses sottises. Le hasard des choses a fait que cela coïncide avec des candidats-adversaires qui caracolent en tête des intentions de vote.
Ce n’est pas dire que le code électoral est le meilleur du monde, loin s’en faut, mais le caractère précipité de l’affaire, l’urgence avec laquelle nos députés ont examiné la proposition d’amendement, ne laisse aucun doute sur les desseins que cache cette entreprise. Reluquer le pouvoir n’est pas permis pour tout le monde.
Branle-bas au parlement hier. Les téléphones n’ont pas arrêté de sonner, les tractations allaient bon train pour barrer la route à la menace. Rached Ghannouchi a débarqué en personne. Les blocs parlementaires tenaient des réunions et se concertaient sur la stratégie à ourdir. A peine 40 jours du dépôt des candidatures, on tente de changer les règles du jeu pour se prémunir des mauvaises surprises. La démocratie tant vantée en prend un sacré coup, mais peu importe. Le chaos est une échelle, disait un certain personnage fort machiavélique. Certains tomberont et se briseront, d’autres y grimperont au détriment de tous les beaux principes qu’on nous serine depuis huit ans.
Ce qui s’est passé au cours de cette plénière est une honte (une nouvelle sur une très longue liste il faut dire). Plusieurs amendements sont tombés, la séance a été suspendue à plusieurs reprises. Mobilisation générale, on suspend, on revient, on re-suspend et finalement les députés ne reviennent pas et la plénière est finalement levée pour absence de quorum. On tente de gagner du temps et de s’assurer que le projet passera dans sa version sur-mesure. Entre temps, des projets importants pour le pays prennent la poussière dans les tiroirs du parlement. Mais ça c’est une histoire, inintéressante pour nos députés obnubilés par les échéances à venir.
Le code électoral doit incontestablement changer, sauf qu’en démocratie le principe veut que les lois régissant les élections ne peuvent être amendées peu de temps avant celles-ci. Le timing dénote d’une absence totale de fairplay, d’autant qu’on impose des clauses applicables sur les candidats indésirables un an avant les élections. La mauvaise foi est poussée à son extrême.
Ceux qui se targuent de protéger les électeurs des manipulations, ne connaissent apparemment pas l’expression balayer devant sa porte. Tout autant que Olfa Tarres ou Nabil Karoui, ils profitent de la défaillance du système, pour berner les gens. Ennahdha dit refuser l’instrumentalisation du travail associatif, de la religion et des médias. Etrange assertion, venant d’un parti qui œuvre à travers des associations à gagner la sympathie des nécessiteux. Vraiment étrange, lorsqu’on sait que le parti islamiste n’a pas cessé d’utiliser les mosquées, les chaînes et radios à vocation religieuse, pour véhiculer son idéologie. Et les députés de la Coalition nationale qui montent sur leurs grands chevaux et dont le chef est en pleine pré campagne usant de surcroit des ressources de l’Etat, est-ce qu’on en parle ? Ceux de l’UPL ne sont-ils pas arrivés là où ils sont avec un chef, président d’un club sportif ? (la liste est longue). Les tricheurs sont les mêmes, il faut juste être du « bon » côté pour ne pas risquer l’exclusion. Tout ceci n’est que de la poudre de perlimpinpin, pour reprendre la phrase d’un certain président.
Susciter le chaos au risque de menacer le bon déroulement des prochaines élections, en maquillant le tout par la défense de la démocratie, est un comble. Changer les règles du jeu avant que celui-ne commence, n’a rien à voir avec la démocratie. Ces basses manœuvres auront l’effet contraire et se retourneront contre leurs instigateurs. En cours de route, l’échelle peut se dérober et entrainer tout ce beau monde dans sa chute.










