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Jamais sans mon niqab !

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    L’interdiction du port du niqab dans les établissements publics n’a pas fait que des heureux. Si de nombreuses personnes saluent cette mesure dite « courageuse », sur la toile, les détracteurs se font entendre et brandissent les arguments des libertés personnelles et du droit à la différence pour défendre les niqabées, victimes selon eux, d’une campagne d’acharnement. La contre-compagne s’organise.

     

    L’hypermarché Carrefour Tunisie a dû se défendre hier, jeudi 11 juillet, dans un communiqué, contre les allégations selon lesquelles une niqabée aurait été refoulée dans un de ses magasins. Carrefour a publié un communiqué dans lequel il affirme : « nos portes sont ouvertes à tous les clients sans discrimination » exprimant son attachement au « respect des libertés individuelles » mais aussi à « la sécurité des clients ». 

    Sur Facebook et Twitter, les internautes affirment que des niqabées ont été interdites d’accès dans un des magasins Carrefour Tunisie. S’en est suivie toute une campagne appelant au boycott de la chaîne d’hypermarchés. Sur la toile, le hashtag #Boycott_Carrefour (#‏قاطع_كارفور ) a été partagé par des internautes appelant la chaîne à présenter des excuses publiques. D’autres vont même jusqu’à affirmer leur volonté de « donner une leçon à Carrefour pour avoir porté atteinte aux niqabées » ajoutant que « les excuses n’y changeraient rien ».

     

     

    Un hasthag qui ne s’est pas limité à la Tunisie. Des internautes en colère appellent à une mobilisation mondiale pour que les « musulmans du monde entier » boycottent la chaîne, peu importe le pays dans lequel ils se trouvent. Les boycotteurs prennent, dans leur campagne, l’exemple d’autres niqabées qui auraient subi le même traitement dans un Carrefour marocain.

    L’évènement a pris une telle ampleur que la branche saoudienne de Carrefour a publié un mot d’excuses affirmant « n’avoir aucun lien avec Carrefour Tunisie ».


     

    Mais cette campagne n’a pas uniquement visé Carrefour. La chaîne de grandes surfaces tunisienne Magasin Général (MG) a aussi été prise pour cible. Des appels similaires ont été lancés sur Facebook contre MG. Sur la toile, des internautes relatent l’histoire de deux femmes portant le niqab qui auraient été « humiliées » hier dans un point de vente de MG à Tunis par des employés qui les auraient accusées de vol, étant donné « qu\’elles auraient pu cacher n\’importe quoi sous leur niqab ».

     

    C\’est en effet l’argument sécuritaire qui est brandi par le gouvernement pour justifier cette mesure, lutte antiterroriste et état d’urgence obligent. Le 27 juin dernier, soit il y a deux semaines, un double attentat-suicide a secoué la capitale Tunis faisant 2 morts et 7 blessés entre civils et forces de l’ordre.

    Dans un climat sécuritaire tendu, et alors que l’état d’urgence vient tout juste d’être prorogé, cette circulaire énonce que « dans le cadre de la préservation de la sûreté publique et le bon fonctionnement des établissements publics, les mesures nécessaires doivent être prises afin d’interdire toute personne dont le visage serait couvert d’entrer dans les locaux des institutions publiques ».

     

    Pour ses détracteurs, l’argument sécuritaire ne passe pas. Les pro-niqab affirment, en effet, que n’importe quelle personne peut se déguiser et changer d’appartenance sans même avoir besoin de se vêtir d’un niqab. Selon eux, cette mesure a été instaurée « uniquement dans le but de combattre les musulmans » et d’éradiquer « tout signe religieux ».

    Toujours sur la toile, des internautes vont même jusqu’à menacer de recourir aux agressions physiques. « Le boycott ne suffit pas, le coup de poing est la solution. Faites attention et prenez la fuite afin que la joie soit complète » ; « la moindre des choses est de se liguer contre ces personnes en réunissant ses voisins de quartier. Ce sera la guerre ! » ; « ils vous humilient, cassez-leur la gueule ! » ; peut-on lire entre autres commentaires sur des pages créées sur Facebook pour s’opposer à ladite circulaire.

     

    Le comité de défense des voilées tunisiennes réunissant parmi ses membres des avocats propose, de son côté, de défendre les « femmes victimes ». Des avocats et des huissiers se portent, en effet, volontaires pour rédiger des PV et défendre celles qui se voient interdire l’accès aux établissements publics, à cause de leur niqab. Parmi eux, l’avocat Wissem Othman, coordinateur général du comité de défense des voilées tunisiennes. L’avocat, très actif sur la toile, explique sur sa page que cette circulaire n’a été établie que « dans le but de punir le courant salafiste en Tunisie et de resserrer l’étau sur ses adeptes ».

    Mais cette campagne bénéficie également du soutien des anciennes Ligues de protection de la révolution, dissoutes par la justice depuis 2014. Imed Deghij, leader et porte-drapeau des anciennes LPR, a publié sur sa page une vidéo dans laquelle il s’adresse personnellement au chef du gouvernement Youssef Chahed le traitant de « assassin » et de « criminel ».

     

     

    Si nombreuses personnes jubilent en apprenant que cette circulaire permettra de limiter l’accès à des « personnes à l’identité masquée », d’autres y voient une « volonté de se venger » des celles auxquelles elle s’adresse. Une chose est sûre cependant, pour les deux, l’argument électoral n’est jamais bien loin…

     

    Synda Tajine

     

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