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Le FMI s’inviterait-il dans la campagne électorale ?

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    Le fait mérite d’être relevé. Il est rare que le Chef de la mission du FMI pour la Tunisie, Bjorn Rother, tienne conférence de presse à l’issue de sa mission, que celle-ci se tienne dans le cadre d’une « Staff visit » ou dans le cadre de la « Revue-programme. Au cours de ses multiples visites, Bjorn Rother, ne s’est plié que deux fois à cet exercice. Le second exercice, une année presque jour pour jour après le premier, a eu lieu ce mercredi 17 juillet 2019, en présence du Gouverneur de la Banque centrale de Tunisie (BCT), Marouen Abassi. On notera, au détour, la curieuse et énigmatique absence du gouvernement. En effet, ni le ministre des Finances, ni celui chargé des Grandes réformes et ni celui du Développement économique n’étaient présents à cette rencontre de presse. La présence de Marouen Abassi tenait plus du protocole qu’autre chose, le Gouverneur de la BCT étant membre du Conseil des Gouverneurs du FMI.

     

    La délégation du FMI qui a séjourné du 11 au 17 juillet dans le cadre d’une « Staff visit » a dû se résoudre à constater que les objectifs fixés par la 5e revue-programme conclue en mai dernier risque d’être bousculés en raison de la conjoncture. Le ralentissement de la demande mondiale et particulièrement celle émanant de l’Union européenne  va contribuer dans une large mesure, à une révision de certaines prévisions, estime l’institution financière multilatérale. Les effets de ce ralentissement se sont d’ores et déjà fait ressentir durant le 1er semestre de l’année, d’une part à travers le net ralentissement de l’activité industrielle, manufacturière et non-manufacturière et, d’autre part à travers la baisse en volume des exportations du pays. Cette tendance compromet à l’évidence les prévisions de 3% croissance économique. Le FMI table maintenant sur une croissance de 2%, au mieux, de l’économie tunisienne. Pourtant, d’autres indices suggèrent que l’hypothèse d’une croissance de 3% en 2019 demeure encore valable si l’on tient compte des performances que devraient enregistrés les secteurs de l’agriculture et du tourisme.  Par ricochet, le Fonds craint que cette tendance n’influe à la baisse les ressources fiscales et donc les recettes budgétaires de l’Etat. Seule une politique volontariste de recouvrement fiscal pourrait  en limiter l’ampleur.

     

    En tout cas, la prochaine revue-programme du FMI avec les autorités tunisiennes ne va pas être de la tarte. L’institution financière multilatérale sera intransigeante sur au moins deux données. L’objectif de 3,9% de déficit budgétaire devra être impérativement atteint tout comme celui du taux d’endettement pour lequel le Fonds accepterait qu’il demeure dans les limites affichées en 2018, à savoir 77% du PIB contre un objectif fixé initialement à un peu plus de 70% du PIB. Ces deux conditions devront être préalablement remplies avant toute discussion sur les prévisions budgétaires et économiques de 2020 ; prévisions pour lesquels l’actuel gouvernement n’a pas de prise en raison d’un avenir politique qui s’arrête logiquement avec les prochaines élections.

     

    Pour le FMI, le déficit budgétaire et le taux d’endettement constitueront  « les variables critiques », selon les termes de Bjorn Rother. Comprendre que ce sont des lignes rouges qui conditionnent les conclusions de la prochaine revue-programme et l’accord de décaissement d’une 7e tranche du crédit du FMI, sans lequel les conditions de sortie sur les marchés financiers deviennent plus lourde à supporter. Au cours de la conférence de presse Bjorn Rother y a fait d’ailleurs allusion en signalant que c’est dans la foulée de l’accord de décaissement de la 6e tranche en juin dernier que le pays a réussi une émission d’emprunt de 700 M€ sur le marché financier international.  La position de l’institution de Bretton Woods, qui fête cette année son 75e anniversaire, s’apparente à un « Echec et mat » fait au gouvernement qui ne peut que constater que ses marges de manœuvre budgétaires ont été réduite ainsi à presque rien, si par hasard, il serait tenté par des dépenses purement électoralistes.

     

    Mais par cette attitude, le FMI ne se serait-il pas invité, sciemment ou pas, dans la campagne électorale ?

    En supprimant toute marge de manœuvre au gouvernement, il impose implicitement la neutralité de l’appareil d’Etat dans la bataille électorale et signifie aux candidats que leurs promesses électorales doivent tenir compte de ces deux conditions sine qua non. Visiblement, tout cela va dans le bon sens de l’esprit démocratique. Toutefois, la volonté du FMI ne s’arrêterait-elle que là ?

     

    En tout cas, la campagne électorale mériterait qu’on débatte sérieusement de notre relation avec le FMI, des choix qu’il recommande et des alternatives qui pourraient lui être soumises.

    Sommes-nous encore si loin de cela, alors que là est l’essentiel ?

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