La Tunisie a été endeuillée ces derniers jours par le décès du président de la République, Béji Caïd Essebsi. Comme ont pu le relever avec fierté tous les Tunisiens, l’Etat a été dans la continuité et la transition s’est effectuée avec beaucoup de souplesse. Aujourd’hui, place à l’élection présidentielle anticipée. Un rendez-vous auquel la classe politique doit faire face dans quelques semaines.
Le 25 juillet 2019, le président de la République, Béji Caïd quitte ce monde laissant derrière lui une vive émotion, aussi bien chez ses fidèles que chez ses fervents opposants. Mais la souplesse avec laquelle a été assurée la transition du pouvoir a été remarquable à l’échelle nationale et internationale. Une prise de conscience de tous les citoyens et un véritable engagement digne des plus grandes démocraties ont pris le dessus sur toutes les appréhensions qui régnaient avant le départ du président de la République. Ainsi, la prise de fonctions du président de la République par Mohamed Ennaceur a été un véritable soulagement, notamment, à cause des multiples doutes provenant principalement de l’absence de la Cour Constitutionnelle.
Dans le cadre du respect de la Constitution, une réunion d’urgence a été tenue, le jour même du décès du chef de l’Etat, par l’Instance supérieure indépendante des élections (Isie), pour fixer un nouveau calendrier de l’élection présidentielle. Initialement prévue le 17 novembre, l’élection a été avancée au 15 septembre 2019. Le dépôt des candidatures se fera, quant à lui, à partir du 2 août 2019.
Malgré cela, il y a une grande possibilité pour que les délais fixés par la Constitution ne soient pas respectés. Mohamed Ennaceur devra occuper le poste de président de la République durant plus que 90 jours. Cela revient, en effet, aux délais d’un mois laissés au recours, précise Farouk Bouasker vice-président de l’Isie. Bouasker ajoute que l’instance avait attiré l’attention des trois présidences lors de son dernier rapport sur ce point, sauf qu’il n’a pas été pris en considération. Ainsi, la date de la proclamation définitive des résultats ne peut être connue à l’avance. Pour remédier à ces lacunes et pour respecter la Constitution, certaines solutions sont envisageables, à savoir la réduction des délais de recours, et ce, à travers un amendement du Code électoral. Farouk Bouasker souligne que ce problème peut ne pas se poser dans l’unique cas de victoire dès le premier tour. Une hypothèse peu probable, mais qui reste toutefois possible.
Par ailleurs, l’élection présidentielle se tiendra forcément à cheval avec les législatives. Cette nouvelle donne, bien que l’Isie s’y dit prête, chamboule tous les plans des partis politiques, de la désignation des têtes de liste à la revue des campagnes électorales aux éventuelles alliances et coalitions en vue, sans oublier l’ascension fulgurante de certains candidats. Après l’élan de sympathie envers Nabil Karoui, place à l’étoile montante Abdelkrim Zbidi. C’est dire qu’à la suite du décès du président de la République, les regards ont été braqués sur l’homme de confiance de Béji Caïd Essebsi. Présenté comme un haut commis de l’Etat, intègre et patriote, plusieurs appels sont lancés pour qu’il se présente à la présidentielle. Ses adversaires, qui guettent depuis longtemps le palais de Carthage, ont rapidement organisé la contre-attaque en laissant planer le doute autour de Zbidi et ses compétences pour occuper le poste de chef de l’Etat.
Quant au parti Ennahdha, il n’a pas encore révélé toutes ses cartes. Touché par les divisions et tiraillements que connaissent les autres partis politiques, Ennahdha tente aussi bien que mal de régler ses problèmes internes. Et si Rached Ghannouchi s’est présenté à la tête de la liste de Tunis 1 pour les législatives vantant le régime parlementaire tunisien – appuyant sa position de leader du mouvement – il n’a pas manqué de se prononcer sur l’élan de solidarité spontané déclenché envers Abdelkrim Zbidi. « Le ministre de la Défense est un patriote qui a servi le pays. Nous le considérons comme un ami et il est apte, comme d’autres le sont, à se présenter à la présidentielle. Le choix reviendra au peuple tunisien », indique-t-il dans une déclaration médiatique aujourd\’hui.
En attendant la position des autres partis et leur choix de candidats, l’avancement de la date de la présidentielle, ainsi que son déroulement avant les législatives a brouillé les cartes des partis politiques qui se trouvent contraints à refaire tous leurs calculs. Les semaines à venir s’annoncent chaudes et pleines de rebondissements. Une véritable guerre à couteaux tirés est en perspective. Aujourd’hui, la Tunisie a perdu son président, un grand homme d’Etat, la question reste de savoir si son successeur sera de la même trempe…
Sarra HLAOUI










