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Empêchement et entourloupettes

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    Drôle de situation dans laquelle se trouve la Tunisie après l’annonce de Youssef Chahed de déléguer ses pouvoirs à Kamel Morjane. Nous avons donc trois présidences par intérim, celles de la République et de l’Assemblée des représentants du peuple pour cause de décès du chef de l’Etat, celle du gouvernement parce que M. Chahed a invoqué un empêchement.

     

    Le discours du chef du gouvernement, annoncé à la dernière minute, était très attendu et certains insinuaient que Youssef Chahed a choisi ce timing en particulier pour torpiller la première grande sortie médiatique de son adversaire à la présidentielle et ministre de la Défense Abdelkrim Zbidi. Le fait est que l’annonce de Chahed avait pris tout le monde de court. Mais derrière l’apparente bonne intention de cette décision, il fallait bien creuser et dévoiler la brillante combine.

     

    Tout d’abord, le chef du gouvernement justifie son acte par la nécessité d’une équité entre tous les candidats et pour qu’on ne l’accuse pas d’utiliser les moyens de l’Etat au profit de sa campagne. Première contradiction : Youssef Chahed a utilisé le temps d’antenne de la télévision nationale pour s’étaler de long en large sur ses succès, sur ses réalisations, sur son sens des responsabilités, sur ses craintes pour la Tunisie, sur l’amélioration de la situation… Sur les 7 minutes et quelques de l’intervention, Youssef Chahed a consacré plus de 5 minutes à brosser son bilan positif, à louer ses efforts, tout cela sur la chaîne publique, tout en nous affirmant qu’il n’utilise pas les moyens de l’Etat. Question cohérence et égalité des chances, il faudra passer son chemin.  

     

    Et puis Youssef Chahed justifie le fait qu’il n’ait pas présenté sa démission (rien ne lui interdit de garder son poste en étant candidat, il faut le dire)  parce qu’il ne voudrait pas entrainer le départ de tout le gouvernement. Gouvernement qui, dans la pratique, se chargera de gérer les affaires courantes. Il pourra ainsi, après la clôture de la campagne présidentielle, reprendre tranquillement sa place comme si de rien n’était.  

     

    Après l’histoire de la double nationalité, les équipes de Chahed nous présentent cette décision comme si c’était le coup de maître du siècle. Une réalisation chevaleresque, d’un homme politique qui ne veut en aucun cas être accusé de conflit entre sa fonction à la tête de l’exécutif et sa mission de candidat. Sauf que cette décision est venue un peu trop en retard après une pression entretenue par des médias et les réseaux sociaux tunisiens, devenus très pointilleux sur les faits et gestes du chef du gouvernement-candidat. Son interview diffusée sur la chaîne nationale à la veille même de l’ouverture des candidatures à la présidentielle en est la manifestation. Youssef Chahed a indéniablement profité de sa position, jusqu’au bout, pour qu’il ait le plus de visibilité possible. Rien ne l’obligeait à partir, certes, mais il l’a fait à la 90ème minute de jeu afin de marquer un but, affecté.

     

    Le candidat de Tahya Tounes a invoqué hier, le dernier paragraphe de l’article 92 de la constitution disposant qu’ « en cas d’empêchement provisoire d’exercer ses fonctions, le chef du gouvernement délègue ses pouvoirs à l’un des ministres ». En parcourant cette petite phrase, pas la peine d’être un spécialiste en droit constitutionnel pour relever un  grand hic. Se consacrer à sa campagne électorale constitue-t-il un  cas d’empêchement provisoire ? Permettez-moi d’en douter. Youssef Chahed a choisi de se retirer, volontairement, pour donner l’image d’un candidat irréprochable et éviter les polémiques. Kamel Morjane, président du conseil national de Tahya Tounes, en passant, est donc celui que Chahed a choisi pour déléguer ses pouvoirs, une façon détournée de garder un pied à la Kasbah. Pas bête du tout, puisqu’il s’agit aussi d’une récompense à celui qui a entrepris de fusionner son parti avec celui du chef du gouvernement.  

     

    Bien joué. L’équipe com’ de Chahed peut être très fière de cette nouvelle épopée, exaltant à tout-va le sens des responsabilités du jeune et extraordinaire candidat, s’attaquant en essaim à ceux qui relèvent la manigance dans toute cette histoire. Sauf qu’il s’agit d’une entorse, voire d’une violation de la constitution et d’une entourloupette que le provisoire ex-chef du gouvernement voudrait faire gober aux potentiels électeurs.

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