Quatre jours seulement nous séparent du premier tour de l’élection présidentielle anticipée. Après le décès du président Béji Caïd Essebsi, la Tunisie a trouvé en son peuple et en ses institutions la force nécessaire pour organiser ces élections et éviter le chaos.
Toutefois, cette élection et les suivantes vont voir émerger (peut-être gagner ?) des courants populistes à souhait qui sont entrés dans le monde politique par une porte dérobée oubliée par un législateur qui n’avait pas les moyens intellectuels de la fermer à temps. L’Isie nous interdit, en tant que média, d’évoquer les sondages et d’analyser les dernières tendances car, dans sa grande sagesse, elle a estimé que cela pouvait nuire à l’électeur et participer à l’orienter. Par contre, un électeur inondé par des dizaines de sondages non fiables distillés par des équipes de campagne peu scrupuleuses, ça ne dérange aucunement l’instance.
Bref, sans évoquer de sondages, l’image qui est en train de se profiler pour ce premier tour de la présidentielle est terrifiante. Le quatuor de tête qui pointe le bout de son nez mêle l’incompétence à la corruption et l’inexpérience à la vantardise. On voudrait tellement tirer cette sonnette d’alarme en s’appuyant sur des chiffres et des analyses mais la loi nous l’interdit.
Ce qu’on appelle communément la famille démocrate progressiste a de fortes chances de ne pas avoir de représentant au deuxième tour de l’élection présidentielle 2019. N’en déplaise aux hystériques de tout bord qui croient qu’une élection se gagne sur Facebook ou en ameutant les gens dans les meetings de campagne, transportés de toute part en bus. Cette « famille » se prend des claques électorales successives depuis 2011 mais persiste à commettre les mêmes erreurs, à être hermétique aux critiques et aux conseils, pensant détenir la vérité. Ce sont des petits bourgeois qui s’alignent comme des moutons derrière le candidat X ou Y et prétendent connaitre la Tunisie parce qu’ils sont potes avec leur femme de ménage ou leur jardinier. Encore une fois, les représentants de cette « famille » se sont étripés et encore une fois ils vont perdre et obtenir des scores désolants, pour ensuite revenir en 2020 nous bassiner avec la rengaine de « l’union des forces démocrates ». Vous n’êtes simplement pas à la hauteur, il faudrait vous en rendre compte, une bonne fois pour toutes.
Des nouveaux venus sur la scène politique sont en train de rafler la mise et de pousser dehors les partis classiques, inefficaces et sclérosés. A coup de publicité, de terrain, de dons divers et variés distribués depuis près de 3 ans, ces nouveaux venus n’ont pas tenté de gagner les cœurs, ils les ont achetés. Ils lorgnent aujourd’hui le palais de Carthage pour assoir un pouvoir nouveau, disent-ils, plein de promesses et de belles choses. Mais la réalité est qu’ils vont assoir un pouvoir correspondant au seul modèle qu’ils connaissent, celui de Ben Ali. Aucun d’eux ne cherche à devenir président de la République, ils veulent tous succéder à Ben Ali. Toutefois, on ne peut pas dire qu’on ne le savait pas et que c’est une surprise. Tout était clair dès le départ, nous étions seulement occupés ailleurs.
Aujourd’hui la catastrophe approche et au soir du 15 septembre 2019, on devrait s’attendre à un grand coup de massue sur la tête au vu des résultats qui seront annoncés. Certains disent qu’il ne faut pas se précipiter et qu’il reste encore quelques jours de campagne et que tout peut encore changer. Non, les tendances sont installées depuis longtemps et les choix sont déjà fixés. Hormis une petite frange de la société encore sensible aux déclarations et aux éventuels évènements qui pourraient avoir lieu, le reste a déjà son poulain. Il s’agit de la même logique des groupies (hommes et femmes) de certains candidats qui défendent leurs favoris même à l’encontre de toute logique et surtout sans s’encombrer du fardeau de la logique et de l’objectivité.
Beaucoup de candidats à la présidentielle vont tomber de haut à l’annonce des résultats du premier tour et verront leurs espoirs s’effondrer. Il faudrait espérer aussi que leur arrogance, leur ignorance, leur entêtement et leur égo, se briseront à la hauteur de leur avenir politique après une élection où ils seront balayés par le peuple. Médias et société civile, nous nous retrouverons alors confrontés à un pouvoir d’un genre nouveau dont il faudra déchiffrer les codes et réduire la nuisance, et on sera seuls, comme d’habitude.










