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Le double préjudice

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    « Une nation fatiguée de longs débats consent volontiers qu\’on la dupe, pourvu qu\’on la repose, et l\’Histoire nous apprend qu\’il suffit alors pour la contenter de ramasser dans tout le pays un certain nombre d\’hommes obscurs ou dépendants» Alexis de Tocqueville, L\’Ancien Régime et la Révolution

     

    De Tocqueville l’avait dit les hommes obscurs et dépendants dupent les nations fatiguées, or mon combat est d’être indépendante et de me battre contre les idées obscures toujours prospères dans mon cher pays.

    Un sentiment de désarroi, de colère et de dégoût m’envahit le 27 septembre 2019 pour la 2ème fois, la 1ère fois ce fut en août 2013.

    On a nommé plusieurs personnes au haut conseil islamique sans demander leurs avis, j’en faisais malheureusement partie. Ma démission a été présentée à la présidence du gouvernement le 25 août 2013 soit 5 jours après la publication au JORT. Ni la démission ni la nouvelle composition du conseil n’ont été publiées au JORT. J’ai redéposé un rappel de ma démission en 2014 au bureau d’ordre du gouvernement pour acter mon refus d’une telle nomination. D’ailleurs la copie de la démission où j’explique tout cela est dans les archives du gouvernement.

     

    Je n’ai jamais donné mon accord pour faire partie intégrante de ce conseil islamique. Ils ont agi comme s’y adonnaient d’autres régimes en nommant les gens sans demander leur avis, c’est une pratique inacceptable que je pensais finie, mais voilà que des citoyens trouvent leurs noms dans le Jort sans être consultés. Cela dénote d’un manque de respect du libre arbitre des individus.

     

    Beaucoup de nominations après la mort de feu Brahmi le 25 juillet indiquaient une panique dans le pays. Un pays en crise avec une assemblée suspendue. Le gouvernement avait signé à l’époque plusieurs décrets de nominations de personnes clairement partisanes, je n’en faisais pas partie.

     

    C\’est un double préjudice que d\’être citée dans le Jort sans mon accord
    et avec des noms de personnes avec lesquelles je ne peux ni travailler ni me lier dans un projet de travail ou sur un sujet de recherche académique auquel je me dédie depuis des années.

    Venant d’une école académique et d’une sensibilité politique très différentes et tenant à ma neutralité je ne peux que me désolidariser de ces pratiques.

    L’individu-citoyen n\’est respecté dans notre pays que lorsqu’il est lié à un groupe portant une étiquette politique. Il n\’y a pas de mécanisme pour lui rendre justice, voilà on souille votre nom, il est publié au Jort sans vous demander votre avis et ensuite vous devez vous casser la tête pour expliquer aux gens que vous n\’y êtes pour rien.   

     

    Je tenais de part cette tribune à dénoncer des pratiques scandaleuses de récupération et d’instrumentalisation des chercheurs, des universitaires et des acteurs de la société civile et notamment ceux qui essaient de contribuer à l’action citoyenne avec humilité et abnégation en refusant toute affiliation partisane et tout appui d’appareils de partis.

     

    J’avais pensé présenter une plainte car cette nomination m’a pénalisée et me porte encore aujourd’hui un préjudice et une lourde injustice. Mais j’étais à l’époque en détachement pour une organisation internationale avec un devoir de neutralité et une nécessité de réserve. Une position inconfortable qui a imposé à l’époque le choix douloureux de ne pas faire de déclarations publiques à propos de cette nomination malvenue.

     

     J’écris ces mots pour demander à l’autorité concernée de ne plus publier et compromettre la neutralité des citoyens par des nominations sans vérifier leur accord. Ceci est pour prémunir les générations futures de ce type de pratiques. Libre de tout devoir de réserve je ne vais plus avaler les couleuvres d’une transition qui n’a laissé personne en paix. Je vais continuer à m’exprimer à travers cette tribune sur la nouvelle vague de polémique qui semble se diriger vers l’ARP.

     

    * Dr. \’\’\’Emna Ben Abdelhamid Jeblaoui\’\’\’, est professeure de Civilisation arabo-islamique. Elle enseigne à l’université depuis 1999. Elle a enseigné 11 ans à l’Institut Supérieur des Sciences humaines de Tunis. Elle enseigne depuis 2011 à la Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Manouba

     

     

     

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