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Démocratiquement fatigués

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    Trois jours seulement nous séparent des élections législatives de 2019. Des élections qui n’obtiennent pas l’adhésion de l’opinion publique tunisienne et qui restent largement marginalisées en comparaison avec l’élection présidentielle. Il faut dire que les péripéties judiciaires du candidat Nabil Karoui y sont pour beaucoup et il parvient à faire la une des journaux presque à son insu.

     

    La logique voudrait que je me lance, à partir de là, dans une longue diatribe de sensibilisation à l’importance des élections législatives et d’expliquer, une fois encore, combien le parlement est important et combien le choix des électeurs est crucial. Je pourrais même « pleugher ma Tunisie » ou prétendre que Abir Moussi est progressiste juste pour rationnaliser la catastrophe qui arrive comme cela se fait sur les groupes de « progressistes ».

    Mais ce ne sera pas le propos. En fait, il est salutaire que les courants populistes d’un côté et les « entrepreneurs politiques » de l’autre puissent avoir la mainmise sur le pouvoir. Que les contestataires de tous bords et les « antisystème » prennent les commandes de ce pays et nous montrent comment faire pour que ce pays devienne riche et prospère.

     

    Il faut dire que nous nous sommes, en tant que pays et société, endormis sur nos lauriers pendant des années. Nous pensons que certaines choses sont acquises, alors il est temps de tout remettre à plat. A écouter tous ces nouveaux arrivants sur la scène politique tunisienne, les dernières décennies ont été caractérisées par une incompétence totale, par la corruption à tous les niveaux et par un manque de patriotisme. Pour des gens comme Seif Eddine Makhlouf ou Imed Deghij, probables députés de demain, nous sommes un pays colonisé et tous ceux qui ont gouverné depuis l’indépendance sont des traitres à la nation. D’autres osent un pseudo-programme en 12 points compilé dans des centres d’appel. Ennahdha, représentation ultime du « système », se découvre une nouvelle virginité et veut devenir un parti révolutionnaire dans le sillage d’un candidat à la présidentielle qui avoue sans détour ne pas avoir de programme. Et bien soit, allez-y.

     

    Ces gens-là nous feront oublier « les traitres » qui ont fait que l’on peut se soigner pour presque rien en Tunisie, même si cela se fait dans des hôpitaux sous-équipés. Ils nous permettront de nous rappeler que la Tunisie éduque gratuitement ses enfants et que l’on peut devenir médecin ou ingénieur ou avocat aux frais de la princesse. Ils nous rappelleront que l’on possède un système de couverture sociale largement avancé par rapport à d’autres pays, même développés, même si l’on trouve des difficultés à financer les caisses.

    Il est temps de remettre tout cela à plat et de tout détruire, parce que c’est ce que le peuple veut. Il est temps que ce peuple comprenne qu’il y a quand même deux ou trois choses qui valent le coup en Tunisie, et il ne le comprendra qu’en les perdant. Que celui qui trouve que la vie est chère et qu’il y a trop d’inflation aille voir Seif Eddine Makhlouf qui partagera avec lui les fabuleuses richesses du sous-sol tunisien. Que celui qui ne trouve plus un endroit pour se soigner fasse appel à un charlatan islamisant qui le soignera avec des herbes et des incantations. Que celui qui a peur pour l’éducation de ses enfants se félicite de la baisse des salaires des ministres et des députés et de la suppression de leurs avantages.

     

    Si cela est ce que veut la majorité, si cela est ce que préconise la démocratie, allons-y. On ne peut aller à l’encontre de la volonté du peuple, mais il arrive, quelques fois, que la majorité ait tort. Ce n’est pas du tout ce que je souhaite pour mon pays, j’espère du fond du cœur que le prochain parlement et le gouvernement qui en émanera réussiront à redresser le pays et à tenir les engagements qu’ils font aujourd’hui. Je serai le premier à les en féliciter.  

     

     

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