Le résultat des législatives du 6 octobre 2019 a été assez surprenant pour les observateurs tunisiens, vu qu’il n’a pas été anticipé. Tout au long de ces derniers mois, le parti Qalb Tounes de Nabil Karoui a été classé premier devant Ennahdha qui a toujours été deuxième et ce d’après les deux instituts de sondage Sigma et Emrhod. Sauf que les Tunisiens n’ont pas pu voir ces sondages pour une raison toute bête : la loi nous interdisait de les rendre publics. D’après l’article 172 du code électoral, il est interdit de diffuser et de publier les résultats des sondages d’opinion ayant un rapport direct ou indirect aux élections et au référendum, les études et les commentaires journalistiques en rapport avec ces sondages à travers les différents médias durant la période électorale. Cette période s’étendant sur trois mois, nous n’avions donc pas le droit de rendre publics les sondages dont nous disposions. Maintenant que cette période est finie, on peut rendre publics ces éléments qui aideront, sans aucun doute, à mieux comprendre ce qui s’est passé durant ces législatives 2019.
Depuis plusieurs mois, donc, Qalb Tounes a été premier dans les sondages. Sa chute brusque n’a été observée qu’hier, dimanche 6 octobre jour du vote et ce dès le début de la journée. Comment expliquer cette chute brusque ? Plusieurs facteurs dont le premier est incontestablement l’emprisonnement du président du parti, Nabil Karoui, également candidat à la présidentielle. Une détention qualifiée de politique, vu que même son juge d’instruction n’a pas cru bon d’émettre un mandat de dépôt à son encontre. Le deuxième point est que ce parti a fait les frais, cette semaine, d’une large campagne d’attaques ciblées suite à la diffusion d’informations (fausses ou vraies, on n’en sait toujours rien) relatives à un cabinet de lobbying canadien qui aurait reçu quelque 250 mille dollars sur un contrat d’un million de dollars. Un contrat destiné à aider Nabil Karoui à gagner les élections et à rencontre des dirigeants internationaux. L’information a été démentie catégoriquement par les dirigeants de Qalb Tounes, mais le mal a été déjà fait, car le parti favori dans les sondages a été fortement attaqué par Ennahdha, Tahya Tounes et bien d’autres. C’est d’ailleurs la semaine dernière que Qalb Tounes a chuté concomitamment avec cette histoire de lobbying.
Ces éléments sont à conjuguer avec la très forte mobilisation du numéro 2 dans les sondages, Ennahdha en l’occurrence. Ses principaux dirigeants sont tous descendus sur le terrain et ont appelé leurs troupes à aller voter massivement, sous peine de perdre définitivement le pouvoir. Sous entendu, retour à la case prison. Cette descente sur terrain était également accompagnée par une grande campagne sur les réseaux sociaux avec des vidéos intrusives et plusieurs infractions au code électoral. On ignore pour le moment s’il s’agit de simples infractions électorales ou de crimes électoraux, l’Isie décidera en fonction des recours reçus.
Dates à prendre en considération
– Interdiction de voyage et gel des avoirs de Nabil Karoui concomitamment à son apparition publique dans les sondages.
– Arrestation de Nabil Karoui en août

R.B.H.










