Par Sofiene Ben Hamida
Il est évident que depuis la proclamation officielle des résultats de l’élection présidentielle anticipée, Kaïs Saïed est le président de la république tunisienne. Il a même été plébiscité en récoltant les voix de presque les trois quarts des votants. Seulement, ceux qui ont voté pour Kaïs Saïed ne représentent en réalité que quarante pour cent à peine du corps électoral. Cela veut dire qu’un peu plus de soixante pour cent du corps électoral, soit presque quatre millions trois cents milles Tunisiens, n’ont pas voté pour Kaïs Saïed.
Bien entendu, cela ne remet nullement en cause les résultats de la dernière élection présidentielle, ni la légitimité du nouveau président de la République. Les absents ont toujours tort et les trois millions de Tunisiens qui ont décidé de ne pas se déplacer jusqu’aux bureaux de vote n’ont d’autre choix que d’accepter les résultats des urnes. Mais le président de la République n’est pas uniquement le président des Tunisiens qui ont voté pour lui. Il est le président de tous les Tunisiens. Kaïs Saïed a-t-il l’étoffe d’un président rassembleur ? Peut-il réunir les franges les plus larges de Tunisiens autour d’un projet ? Et d’abord, le nouveau président a-ti-l un projet et quels sont ses contours ?
Depuis deux semaines qu’il assume la plus haute fonction de l’Etat et qu’il est à cheval entre Carthage et la Mnihla, Kaïs Saïed a limogé les chefs de deux départements régaliens. Il s’agit du ministre des affaires étrangères Khémaïes Jhinaoui et du ministre de la défense Abdelkerim Zbidi. Les deux font partie du cercle des fidèles du président défunt Béji Caïd Essebsi et les deux devaient dans tous les cas partir pour laisser leurs postes à de nouvelles figures parmi les proches du nouveau président. Le problème se situe donc au niveau de la manière. Pour Jhinaoui, le président de la République se doit de respecter les gens et le protocole de la République. Il ne l’a pas fait ce qui ne grandit personne, surtout pas son sous-traitant faisant office de chef de gouvernement qui a annoncé le limogeage de Jhinaoui alors que ce dernier lui a envoyé, preuve à l’appui, sa démission. Concernant Zribi, le président doit tenir parole. Il n’est pas normal de recevoir l’intéressé, refuser d’entériner sa démission, lui demander d’aplanir son différent avec le chef du gouvernement pour revenir sur sa position une heure après et lui annoncer qu’il a été limogé. Ces deux maladresses ne peuvent être mises sur le compte de l’inexpérience. Un président se doit d’être performant dés les premiers instants de son mandat.
Durant ces deux semaines, le nouveau président a constitué son cabinet et a choisi ses principaux conseillers, sous la pression des médias et de l’opinion publique qui ne comprenait pas la présence d’inconnus lors des rencontres du président avec des personnalités tunisiennes et surtout étrangères. Il n’est pas opportun de donner un avis concernant ces conseillers qui doivent être jugés sur leurs actions. Mais il est surprenant de ne voir que des sexagénaires. Les jeunes qui ont soutenu avec force la candidature de Kaïs Saïed n’étaient en définitive, encore une fois, que les dindons de la farce. Rendez-vous donc aux prochaines élections, avec de nouveaux engagements en faveur de la jeunesse.
Les seuls rescapés de cette jeunesse qui ont un semblant de place dans l’entourage du président se sont retrouvés à jouer les mouches électroniques, à alimenter les campagnes de dénigrement les plus sales et les plus immondes contre les journalistes en premier lieu, mais aussi contre tous ceux qui se permettent de résister à la « Kaïs mania » ou osent critiquer les positions ou les comportements des nouveaux gouvernants. Pour un candidat de la droiture, de l’éthique et de la morale, ce comportement de ses fans ne doit pas passer sans une réaction de sa part, qui tarde à venir.










