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Les blessés de l’arnaque électorale

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    Il y a les blessés des élections qui, à la proclamation des résultats des législatives, étaient inconsolables. Comme s\’ils espéraient autre chose, comme s\’ils pensaient que les islamistes n’allaient pas rafler la mise. Ces électeurs étaient tellement dans le déni qu’ils en sont venus à oublier les mises en garde lancées depuis un bon moment, entre autres par les médias qu’on n’a eu de cesse de dénigrer. L’émiettement des partis de la pauvre famille progressiste-moderniste-et tout le toutim, la guerre des égos et celle fratricide qui les a déchiquetés durant les cinq dernières années, ne devaient logiquement aboutir qu’à une seule finalité. Et nous voilà donc à observer le spectacle navrant de ceux qui pleurent, encore et encore, leur Tunisie.

     

    Passé le choc, on reprend du poil de la bête et on se dit que les islamistes auront du fil à retordre sous la coupole du Bardo, que personne n’accepterait de s’allier avec l’ennemi, que la leçon de Nidaa a été reçue 5/5, que plus jamais un parti de la susmentionnée famille n’oserait se retourner contre la volonté de ses électeurs. Déni phase 2.

    Ce sont surtout les fans de Qalb Tounes, deuxième parti représenté au parlement, qui affichaient une béate confiance frôlant par moment la pudibonderie pure et simple. Il faut dire qu’ils ont eu droit à toutes les garanties d’usage en période électorale. On leur a servi le discours anti-islamiste virulent, on leur a promis que les termes consensus ou concertations, avec Ennahdha, seront bannis. Depuis sa prison, le président de Qalb Tounes, Nabil Karoui avait adressé une émouvante lettre à Rached Ghannouchi où il assurait qu’il ne s’alliera jamais avec son parti quelles que soient les conjonctures. Son porte-parole écumait les plateaux des médias pour jurer ses grands dieux que cela n’arrivera jamais. Les fans exultent.

     

    Puis vint l’élection de Rached Ghannouchi avec 123 voix à la tête de l’Assemblée. Le nouveau maître des lieux ne pouvait prétendre à un tel score qu’avec le vote discipliné des députés Qalb Tounes. Stupeur et tremblements chez les fans qui n’arrivent pas, depuis ce jour, à se dépêtrer d’un sentiment de trahison. Face aux justifications des cadres de Qalb Tounes qui invoquent l’intérêt du pays et ressortent tous les éléments de langages éculés, la colère gronde et les électeurs arnaqués promettent au parti le même sort que Nidaa Tounes.

    Ces alliances au Parlement et celles qui adviendront après, étaient du point de vue strictement politique logiques et prévisibles. Il fallait être bien naïf pour croire le contraire. Ennahdha étant au plus bas de sa représentativité depuis le scrutin de 2011, devait s’assurer une assise confortable quitte à faire des concessions. Et puis, pour tout ce beau monde qui a enfin décroché l’immunité, risquer qu’il y ait blocage et de nouvelles élections anticipées n’était pas l’idéal.

     

    Forcément le terme consensus (Tawafok), désormais trop chargé de « souvenirs », a été abandonné pour celui de partenariat (Charaka). C’est Abdelkarim Harouni qui a lancé LE mot devant émailler les déclarations futures et faire passer la pilule aux électeurs des deux camps. Parce qu’il faut le dire, il n’y a pas que Qalb Tounes qui y a laissé des plumes. Ceux d’Ennahdha sont furax et n’était-ce la discipline des islamistes, ils étaleraient leur courroux. Il y a déjà les cadres du mouvement, mécontents d’avoir été obligés de compenser avec le parti qu’ils traitaient, pas plus loin qu’hier, de corrompu. En période électorale aussi, Ennahdha via ses caciques jurait ses grands dieux qu’il ne s’alliera pas avec Qalb Tounes, chantre de la corruption. Yamina Zoghlami le confirmait hier, ce n’était que des « paroles électorales » autrement dit ça ne compte pas vraiment.

     

    Depuis 2011 les bases d’Ennahdha ont été ballotées et malmenées au gré des tactiques et des revirements des instances dirigeantes. De la campagne pour imposer la Chariaa dans la constitution, en passant par la loi d’immunisation de la révolution, ou par la cabale contre Béji Caïd Essebsi et Nidaa, jusqu’à celle contre Karoui et Qalb Tounes, tout est tombé à l’eau. Les marionnettistes lâchent leurs pantins à tous les coups. Le mouvement ne s’en est pas sorti sans dommages. Il a perdu en crédibilité perdant à chaque scrutin en nombre d’électeurs et forcément de sièges. Au vu de la énième entourloupe, les bases arnaquées se verront diminuer.

    Le « partenariat » entre les deux vainqueurs des législatives était prévisible et logique, mais tout ce qui est prévisible et logique n’est pas forcément admissible puisqu’il se base sur une trahison à plus d’un niveau.    

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