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Le cercle des politiques disparus

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Dimanche, nous perdions Moncef Marzouki. L’ancien président de la République signait sa mort politique en écrivant une longue lettre d’adieu. Non que nous regretterons le président qu’il avait été. Un président plein de rancœur, au comportement irréfléchi, qui a fait de mauvais choix politiques, qui a dénigré les journalistes et a laissé sa mégalomanie prendre le dessus. Mais cet homme politique brillant et cultivé, parfait tribun, intransigeant défenseur des droits de l’homme faisait partie d’une classe politique porteuse d’espoir. Celle qui avait combattu bec et ongles la dictature et était apparue en 2011, comme une lueur d’espoir capable de tout reconstruire.

 

Que reste-t-il aujourd’hui de cette classe politique ? Certaines figures s’étaient éteintes (paix à leurs âmes) – nous n’oublierons jamais feu Maya Jribi, Ahmed Brahim, Chokri Belaïd et Mohamed Brahim – d’autres aujourd’hui ont perdu toute leur superbe.

Que reste-t-il des figures de la scène progressiste tunisienne ? Ceux qui avaient des idées novatrices. Ceux qui promettaient de défendre les libertés, les minorités et les droits civiques de tous les Tunisiens sans aucune distinction. Ceux qui étaient annonciateurs d’un véritable changement et d’une bouffée d’air frais. Ils sont rares aujourd’hui. Nombre d’entre eux ont baissé les bras.

Que sont devenus ceux en qui nous avions cru en 2011 comme Hamma Hammami, Ahmed Néjib Chebbi et les autres ? Et ceux qui, au fil des années ont réussi à nous donner de l’espoir, comme Mehdi Jomâa, Mohsen Marzouk, Yassine Brahim et d’autres ? La scène politique progressiste se vide aujourd’hui petit à petit, et des hommes (et quelques rares femmes) politiques baissent les bras, désabusés et impuissants laissant place à l’inconnu.

Rien qu’à regarder le nouveau Parlement, il y a de quoi être amer. Tout citoyen porteur d’idées progressistes, libres et rêvant d’une démocratie pour tous, dans laquelle chaque Tunisien trouvera sa place, voit ses espoirs se réduire à vue d’œil.  

 

Mégalomanie, mauvais choix politiques, mauvais conseils, mauvaise influence et mauvais calculs ont eu raison de ces politiques qui avaient, pourtant, le vent en poupe. Face à une société plutôt conservatrice – ne nous leurrons pas – ceux qui s’aventuraient à sortir du moule, à proposer des idées novatrices et à œuvrer à la construction d’un Etat laïc qui respecte son peuple et ses libertés, n’ont plus les moyens de leurs ambitions. Egalité dans l’héritage, abolition de la peine de mort, égalité entre les sexes, libertés sexuelles ou encore légalisation du cannabis, sont autant d’idées qui semblent plus que lointaines aujourd’hui.

 

Que reste-t-il dans le Parlement actuel ? Aux côtés de ceux qui appellent à la criminalisation du sacré et qui recourent aux insultes violentes et sexistes, quelques visages subsistent. Celui de Mongi Rahoui, par exemple, unique rescapé d’une gauche en plein naufrage. D’autres pseudo-progressistes marquent timidement le paysage même si certains d’entre eux n’hésitent pas à vendre leur âme au diable en échange d’un soupçon d’accord susceptible de palier leur petit nombre et leur grande fragilité.

 

Aujourd’hui, ceux qui annoncent une révolution des esprits n’auront pas les moyens de la réaliser, tant ils sont seuls et isolés. Ceux qui sont porteurs d’un changement se heurtent à une réalité difficile à déloger. Une corruption galopante, une cour d’opportunistes intéressés et sans scrupules et une scène politique dans laquelle le seul moyen de survivre est de conclure des pactes avec le diable. Ajouter à cela une impossibilité à se remettre en question et à apprendre de ses erreurs.

Certains l’ont compris, sont partis et ont décidé de laisser la voie à d’autres. D’autres, en revanche, s’obstinent à rester tout en nous faisant payer la lourde facture de leur échec.

Dans les faits, la réalité politique s’emploie à broyer les quelques rares personnes qui s’aventurent à vouloir changer les choses, rendant leurs voies inextricables et tout changement douloureux. Un véritable cercle vicieux…

 

 

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