Deadline le 15 janvier pour Habib Jamli. Autrement dit s’il ne réussit pas à annoncer son gouvernement, il n’aura qu’à remballer ses affaires. Il aura tout de même gagné un solide carnet d’adresses. Il est peu probable qu’on en arrive à cet extrême. Personne n’a intérêt à un retour au point de départ, avec en prime une redistribution des cartes, le président de la République devant être le maître à bord.
Une fumée grise émane de Dar Dhiafa. De fumée blanche, on n’en verra pas comme promis auparavant par Mrs Jamli et Ghannouchi. Le gouvernement aurait dû être annoncé jeudi soir et au plus tard vendredi, mais il semble que les embrouilles continuent, même après l’annonce d’un gouvernement « apolitique ». Depuis quelques jours, des listes de ministrables circulent sur les réseaux et s’échangent via les messageries privées. Rien n’est sûr ni définitif. Certains noms sont récurrents, d’autres interchangeables, quelques-uns une aberration s’ils se confirment.
Après plus de 40 jours de la désignation de Jamli, on ne peut que constater le fait que la formation du gouvernement soit indéniablement auréolée d’échec. Un échec dès le départ, à commencer par le choix du candidat, en passant par les manœuvres politiques qui ont fait pschitt, en arrivant à la décision d’ « exclure » les partis et de nous présenter une équipe de pseudo indépendants. Cette impression d’échec, collera à la peau de Jamli, même s’il venait enfin à former son gouvernement et à le faire adopter par le Parlement.
Annoncé en grande pompe par Habib Jamli, preux chevalier qui vient au secours du pays face à de vilains partis qui mettent les bâtons dans les roues, le gouvernement de « compétences nationales apolitiques » n’est autre que la manœuvre de la dernière chance d’Ennahhda. Le parti de Rached Ghannouchi est dans l’impasse après avoir tiré sur toutes les cordes et joué sur toutes les notes. La configuration du Parlement étant ce qu’elle est, le chef de l’Etat avec tout ce qu’il représente et charrie de théories saugrenues, il fallait lancer au plus vite le plan (disons) C.
Tunis est petit. Dans les milieux politiques, des affaires, associatifs, universitaires ou autres, tout le monde connait tout le monde ou presque. Tout le monde connait les penchants, les tendances et les accointances de chacun. Rien ne se cache ou du moins pas trop longtemps. Nous vendre un gouvernement d’indépendants et tenter de nous faire avaler la couleuvre est bien culotté. De par les expériences passées en matière de « technocratisme », on ne peut que constater que l’indépendance n’est qu’un leurre.
Le comble dans l’affaire c’est que Habib Jamli nous a été présenté comme étant indépendant par Ennahdha. Jamli, qui après une opération de dépoussiérage, s’est transformé de ministre nahdhaoui sous la Troïka en un monsieur sans affiliation aucune. On aura donc droit à des sous-marins d’Ennahdha et de Qalb Tounes et d’autres indéfinissables pour noyer le poisson. La boucle est bouclée. Retour au plan A. Une alliance sous couvert entre les partis de Rached Ghannouchi et de Nabil Karoui. C’est dans l’ordre naturel des choses.
Alors ce gouvernement d’indépendants (qui reste quand même ouvert à tous les partis comme l’a dit le cheikh), tarde aussi à venir. Pourquoi donc ? C’est que les partis concernés par l’entreprise, s’écharpent pour placer leur indépendant à tel ministère ou secrétariat d’Etat. Difficile de contenter tout le monde, surtout que les indépendants-amis ne courent pas les rues, surtout qu’il faut aussi maintenir l’illusion de l’indépendance pour que le vote au Parlement se passe sans grands couacs, surtout qu’à Ennahdha tout le monde n’est pas d’accord avec la démarche. Et puis, il y a le président Kaïs Saïed avec qui il faut composer et qui a un certain nombre d’exigences.
La formation du gouvernement se déroule sous de très bons auspices… Les odeurs qui émanent de Carthage sont un ravissement pour les sens. Parole de chef d’Etat.










