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Président, le palais de Carthage n’est pas Carthage Land !

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    Jeudi 16 janvier 2020, tard le soir, les différents dirigeants et responsables de partis politiques représentés au parlement se bousculaient devant la guérite située dans une ruelle derrière le palais de Carthage. Certains ont dû attendre près d’une demi-heure, le temps que les agents de la Garde présidentielle trouvent le cachet humide pour leur donner une décharge du document officiel dans lequel ils ont inscrit leurs propositions motivées d’un chef du gouvernement.

    Chapeau président, vous leur avez donné une bonne claque à ces politiciens arrogants et à l’égo surdimensionné. Ça les remettra à leur place, eux qui se croient tout permis. Ils ont humilié l’ancien futur chef du gouvernement, Habib Jamli, à eux d’être humiliés maintenant.

    Vendredi 17 janvier 2020, tôt le matin, le président de la République est allé boire un capucin (un express avec un nuage de lait) et fumer une clope dans un café de la cité populaire d’Ettadhamen de Tunis.

    Bravo monsieur le président, vous êtes un enfant du peuple et respectez vos promesses électorales, vous ne voulez pas vous éloigner de ce peuple à qui vous pensez tout le temps et que vous citez à longueur de discours.

    Samedi 18 janvier 2020, 19h45, la police de circulation bloque quelques routes sur le chemin Marsa-Mnihla (une bonne trentaine de kilomètres). Le cortège présidentiel passe en coup de vent, c’est le président de la République qui rentre chez lui après une dure journée de travail.

    Félicitations monsieur le président, vous avez promis de ne pas dormir au palais présidentiel et que vous alliez rester chez vous, vous êtes un homme de parole !

    Samedi 18 janvier, à un moment de la journée, le président de la République fait déclarer qu’il ne va pas assister au sommet de Berlin qui s’est tenu le lendemain dans la capitale allemande. La chancelière Angela Merkel l’a invité à la dernière minute et il n’a pas participé aux préparatifs qui avaient débuté au mois de septembre, d’après le communiqué officiel du ministère tunisien des Affaires étrangères !

    Respect monsieur le président, chapeau bas ! Vous savez ce qu’est l’honneur et la dignité ! Pour qui se prennent-ils ces occidentaux impérialistes ? Ils pensent qu’on est à leur disposition pour nous inviter quand ils veulent et qu’on se plie à leur agenda ? Nous, on est un peuple digne ! Grâce à vous, nous avons retrouvé notre dignité bafouée par les vendus Ben Ali et Bourguiba !

     

    C’est bon Monsieur le président ? Vous avez reçu les éloges nécessaires qui flattent votre égo et vous caressent dans le sens de vos poils ? Votre égo est satisfait ? On peut parler sérieusement maintenant ? On peut oublier un instant votre « peuple » et votre « personne » et penser un peu au pays que vous présidez ? 

    Jeudi quand vous avez laissé les dirigeants de parti attendre devant une guérite, ce n’est pas eux que vous avez humilié, c’est l’institution de la présidence de la République que vous avez trainé dans la boue. Car l’institution présidentielle se devait d’ouvrir son bureau d’ordre (situé sur le grand boulevard) pour recevoir les propositions des partis dans les temps que vous avez vous-mêmes imposé conformément à la constitution. Ces dirigeants de parti n’allaient pas remettre un document à Kaïs Saïed, ils allaient remettre un document au président de la République et, à ce titre, ils avaient droit à un minimum de respect de la part de l’institution de la présidence de la République. Les petits calculs politiques, les petites claques et les petites revanches ne concernent pas et ne doivent jamais concerner les institutions de l’Etat. Les personnes peuvent être petites, mais les institutions se doivent d’être grandes.

     

    Vendredi quand vous êtes allés prendre votre café dans votre cité, étiez-vous au courant que la veille deux députées ont reçu des menaces de mort ? Vous vous rappelez que le pays est en état d’urgence (c’est vous-même qui l’avez signé !) et que des menaces sérieuses d’attentat ont été confirmées par le ministère de l’Intérieur ? Vous exposer ainsi dans un café et sur les routes (bien insécurisées et facilement atteignables pour des personnes mal intentionnées) est comme prendre un pistolet pour jouer à la roulette russe. Ce n’est pas Kaïs Saïed que vous exposez, c’est le président de la République que vous menacez … monsieur le président ! Vous ne représentez plus votre personne depuis le 13 octobre 2019, vous représentez le président de la République. Avant, vous n’aviez de compte à rendre qu’à votre famille, aujourd’hui vous avez des comptes à rendre à nous tous, Tunisiens. Prenez la peine, monsieur le président, de lire l’Histoire récente des pays et de voir le nombre d’attentats de personnalités politiques et de hauts magistrats qui ont été agressés  ou tués par un extrémiste dans un bain de foule ou bien du nombre des attentats à la voiture piégée. Même le pape n’y a pas échappé !

     

    Monsieur le président, samedi quand vous avez publié un communiqué annonçant votre refus de participer à la conférence de Berlin, saviez-vous ce que vous avez fait rater à la Tunisie par cet acte soi-disant de bravoure ? La Tunisie est en première ligne et un des premiers pays à subir un préjudice en cas de guerre en Libye. A ce titre, vous vous deviez d’être à Berlin pour rappeler cela aux différents dirigeants occidentaux, de premier rang, qui s’y trouvaient. C’était une occasion en or pour discuter avec Poutine, Macron, Erdogan, Conte, Pompeo, Haftar, Sarraj… C’était une occasion en or pour monnayer l’aide que peut fournir la Tunisie à la Libye et négocier les services que peut vendre la Tunisie à tous les pays impliqués dans le conflit. C’était une occasion en or pour leur dire que la Tunisie n’est pas à la botte de la Turquie. C’était une occasion en or pour coordonner la sécurisation des frontières tunisiennes, fortement menacées en cas d’attaque libyenne. C’était aussi une occasion en or pour rencontrer ces pays premiers clients et premiers fournisseurs de la Tunisie.

    Monsieur le président, vous ne représentez pas votre personne pour parler humiliation et mépris, vous représentez tout un pays, tout un peuple. Certes, Angela Merkel aurait dû vous inviter plus tôt, mais Angela Merkel a été sensibilisée par la France et l’Italie sur le rôle inévitable que peut jouer la Tunisie et elle s’est rattrapée en vous invitant à la dernière minute, avant qu’il ne soit trop tard. Lui donner une claque en refusant d’y aller, c’est se mettre une balle dans le pied avec un pays qui a toujours aidé la Tunisie et qui est son troisième client !

    Le retour de bâton ne s’est pas fait attendre avec ce coup de fil et cette claque d’Emmanuel Macron, tard le soir du dimanche 19 janvier, qui vous a rappelé votre devoir d’être présent dans les prochaines rencontres de ce type. Les absents ont toujours tort !

     

    Moins de cent jours après sa nomination, on constate hélas que le président de la République n’a pas su s’entourer de bons conseillers. S’il avait un bon conseiller aux affaires étrangères ou un bon chef de cabinet, il lui aurait demandé d’aller à Berlin, il aurait prévu un bureau d’ordre ouvert tard le soir à la présidence.

    S’il avait un bon conseiller à la sécurité, il lui aurait demandé de cesser ces « bains de foule » réguliers qui n’ont plus lieu d’être, surtout quand le climat est dangereux et insécurisé. Il lui aurait aussi demandé d’habiter à Carthage.

    Si le président de la République avait un bon conseiller à la communication, il lui aurait demandé de ne pas médiatiser son dernier « bain de foule » au café de Mnihla. Il lui aurait aussi demandé de ne pas médiatiser le coup de fil du dimanche soir avec Macron ou, du moins, de ne pas avouer publiquement qu’il a reçu cette leçon élémentaire de présence dans ce type de sommets internationaux. Il lui aurait demandé de ne pas avouer publiquement qu’il est conscient que la Tunisie est la première à risquer de subir des préjudices et que, malgré cela, il n’est pas allé à Berlin.

     

    Si l’un des conseillers n’a pas donné ce genre de recommandations au président de la République, c’est qu’il n’est pas bon. Si ce conseiller a donné ce genre de recommandations et qu’il n’a pas su imposer ces évidences au président et se faire entendre, c’est qu’il n’est pas bon.

    Le rôle du conseiller est d’orienter le président et de le prémunir de tout danger qui peut toucher sa personne et sa fonction. Il est là pour le prémunir du plus gros danger qui soit, celui de sa propre personne ! Le premier ennemi de Kaïs Saïed, c’est Kaïs Saïed lui-même !

    Le président de la République se doit de se prémunir du danger que représentent pour lui sa propre impulsivité et les mauvaises décisions qu’il peut prendre. Tous les grands dirigeants qui se respectent le savent et c’est pour cela qu’ils s’entourent de bons conseillers, les écoutent attentivement et font en sorte de leur obéir dans 99% des cas.

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