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En 2018, le système bancaire a évité le pire

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    La publication du 8e Rapport annuel sur la supervision bancaire traitant de l’année 2018, il y a deux semaines, est passée quasiment inaperçue. Pourtant, à sa lecture, on comprend aisément les raisons qui ont poussé la Banque centrale de Tunisie (BCT) à décider d’une batterie de mesures, dès la fin de 2018 et au début de l’année 2019. A l’époque, pratiquement tous les responsables politiques et les opérateurs économiques s’en sont offusqués, pour ne pas dire scandalisés. Quand bien même en saisissaient-ils la logique, ils refusaient d’en admettre l’impérieuse nécessité. Ils mettaient en avant les freins à la croissance et à l’investissement dont résulteraient de telles mesures, occultant, ou plutôt n’ayant pas vu, que la détérioration de la situation économique du pays et la dégradation des finances publiques ne pouvaient  être jugulées plus longtemps par une politique monétaire expansionniste de l’institut d’émission sans mettre en péril les équilibres financiers des banques et la stabilité du système bancaire dans son ensemble.

     

    Même si on peut légitimement s’interroger, par esprit pernicieux sans doute, sur la publication aussi tardive de ce rapport, il n’en demeure pas moins précieux dans la mesure où il révèle que le pays a évité la catastrophe de justesse, celle d’un effondrement de son système financier et partant, la faillite économique et financière du pays.

    Le rapport fait le bilan de la situation des banques et des établissements financiers (BEF) durant l’année 2018. Et comme tout rapport, il est souhaitable, comme le suggère les bons professeurs d’économie, de le lire « à partir de la fin et de remonter jusqu’au début, car, le plus « croustillant » se trouve souvent, sinon toujours à la fin ». Dans notre cas de figure, c’est le dernier chapitre du rapport traitant de « l’activité et de la situation financière des banques et des établissements financiers » qui dévoile l’ampleur du risque pris par les banques et les établissements financiers au cours de la dernière période.

     

    C’est à la faveur de l’évolution haussière du TMM (Taux moyen du marché monétaire) que le secteur bancaire a dégagé des bénéfices nets d’impôts exceptionnels en 2017 (plus de 1,1 milliard de dinars), après une année faste 2017, même s’il ne faut pas oublier que deux banques de la place ont enregistré un résultat déficitaire en 2018. Il ne faut pas être devin pour savoir lesquelles. Cependant, cet arbre du profit ne peut nullement cacher la forêt de fragilité du secteur bancaire du pays.

    A la fin de 2018, une  banque résidente sur trois ne respectait pas la norme de division des risques pour les personnes ayant des liens avec la banque. Comprendre, la banque s’est engagé au-delà de ce qui lui est permis en faveur d’un ou plusieurs de ses actionnaires. Sur les 23 banques résidentes de la place 7 d’entre elles ne respectaient pas le ratio de liquidité et 9 d’entre elles ne respectaient pas le ratio crédits/dépôts (Loan to deposit ratio). Certes, on peut toujours observer que le ratio de solvabilité a été maintenu à un niveau satisfaisant de 11,8% pour une norme exigée de 10%. Toutefois, cela ne peut occulter une dégradation « cachée ».

     

    Ainsi, « 15 banques accaparant 50,7% des actifs du secteur affichent à fin 2018 un ratio de solvabilité supérieur à 11% contre 17 banques détenant 62,7% des actifs du secteur en 2017 », indique le rapport annuel de la supervision bancaire. A la fin de cette même année, deux banques détenant près de 1,5% du total des actifs du secteur affichaient un ratio inférieur à 10% et une troisième affichait un ratio Tier 1 inférieur à 7%, autant dire qu’elle risquait à tout moment l’effondrement. Il convient de préciser ici que la BFT (Banque Franco-Tunisienne) ne fait pas partie de ce périmètre d’analyse de la situation financière des banques.

    Et ce n’est pas tout. L’encours des créances classées a enregistré en 2018 « un volume de risque additionnel en augmentation de 455 MD par rapport à son niveau de l’année 2017 pour s’élever à près de 1 996 MD ». Plus encore, 84% de l’encours des créances classées, soit près de 1,5 milliards de dinars, sont pratiquement irrécouvrables, faisant partie de la classe 4 qui nécessite donc une provision à 100%. 

     

    Le rapport tente d’atténuer l’effet d’un tel constat en mettant l’accent sur la poursuite de l’amélioration de la part des créances classées dans la classe 4 par rapport au total des engagements de 14% en 2015 à 11,2% en 2018. Il n’en demeure pas moins que « cette amélioration de la part des créances classées ne doit pas dissimuler, d’une part l’acuité de la problématique des créances classées pour certaines banques, et d’autre part l’étendue des risques latents auxquels sont exposées les banques », indique le document qui souligne qu’à la fin de 2018, « 10 banques affichent une part des créances classées supérieure à 15% alors qu’elles détiennent 39,2 % du total des actifs du secteur ». En tout cas, la BCT n’a pas hésité à sanctionner. Le total des amendes infligées dépasse 5,3 MD.

     

    La réforme du cadre prudentiel régissant l’activité était d’une impérieuse nécessité. La BCT s’y est engagée résolument à partir de la fin 2018 et durant l’année 2019. On verra bien ce que cela donnera. Ce faisant, la volonté de réforme du système est là, à la faveur de l’indépendance acquise par la BCT. Pourtant, des voix s’élèvent depuis quelques temps pour la lui contester. Quelle folie !

     

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