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Sami El Fehri, victime incontestable

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    Il est très difficile de savoir qui est victime et qui est bourreau aujourd’hui. On ne peut soutenir une personne sans être de son bord. On ne peut s’élever contre l’injustice subie par une personne sans automatiquement en épouser les opinions et les appartenances.

     

    Sami El Fehri est incarcéré depuis 3 mois. On l’oublierait presque tellement ses passages par la case prison sont fréquents. On oublierait presque aussi qu’il n’est pas seul. Dans son infortune, il est accompagné de l\’administratrice judiciaire et du mandataire légal de la chaîne El Hiwar.

    Une infortune qui dure à cause d’une acrobatie juridique du plus mauvais goût. On a, depuis longtemps, dépassé les subtilités judiciaires et l’appréciation du juge pour tomber, les deux pieds joints, dans un abus juridique flagrant. Si ceci est clair comme de l’eau de roche, très peu de gens condamnent ou s’indignent de voir une telle énormité étalée au grand jour. C’est que Sami El Fehri lui-même dérange. C’est que l’affaire elle-même est tellement alambiquée qu’il serait hasardeux de le défendre.

    Défendre Sami El Fehri dans sa cellule de fortune équivaudrait à défendre la personne, à se dire pour la corruption et le blanchiment d’argent, à se ranger de son côté et à se déclarer ouvertement appartenant à ce camp face à l’autre. Ceci est pourtant faux.

     

    Il est de plus en plus difficile de soutenir aujourd’hui, tant les causes dont devenues nombreuses. Les militants d’hier étaient connus, catalogués, flanqués du badge de « cause légitime à défendre ». Aujourd’hui, on s’y perd.

    Le cas Sami El Fehri est juste édifiant. Plusieurs violations de droits constitutionnels dans la même affaire et personne – ou presque – ne lève le petit doigt pour condamner cette injustice. Les gens sont trop mal à l’aise. « Si l’on soutient Sami El Fehri que dira-t-on de nous ? L’homme n’est pas aussi clean qu’on voudrait, il défend des « clans » qui ne sont pas les nôtres et il n’appartient pas à notre « famille ». Cela voudra-t-il dire que l’on se range de son côté ? » s’interrogent les amateurs des causes sur mesure. 

    Peu importe si l’injustice est aussi grosse qu’un éléphant dans un couloir, elle mettra toujours mal à l’aise ceux qui choisissent soigneusement les causes qu’ils défendent.

     

    Ceci a aussi été le cas pour l’affaire Nabil Karoui. Un candidat à la présidentielle incarcéré une semaine à peine avant le démarrage de la campagne électorale pour la présidentielle, alors qu’il est visé par une instruction judiciaire qui date de plusieurs années (2017). L’affaire était tellement grosse que certains avaient du mal à le dire et à l’assumer. Dire que l’incarcération de Nabil Karoui est une injustice équivaudrait à le soutenir face à un Kaïs Saïed blanc comme neige.

    Aucun des deux n’aura fait, de toute évidence, un bon président. L’un d’eux se casse les dents en public à tenter de prouver le contraire, l’autre n’aura jamais cette chance. Tant mieux d’ailleurs.

     

    Mais comment assumer de défendre ces hommes-là ? Comment pouvoir assumer de défendre l’ennemi et de pouvoir le justifier plus tard ?

    Les affaires de corruption et de blanchiment d’argent qui entachent les deux hommes sont à prendre très au sérieux. Mais, si la justice ne joue pas son rôle comme elle devrait, elle perd toute sa légitimité. A force de faire du sur-mesure, la justice se noie et sans elle, nous serons perdus.

     

    L’ennemi commun n’est plus là. Les ennemis sont devenus nombreux et nous faisons face à une multitude d’ennemis à combattre. Ils sont tellement nombreux qu’on se demanderait qui au juste est l’ennemi et qui sont ceux du côté desquels on devrait se ranger. Le noir et le blanc avaient aidé les militants d’hier à assumer leurs causes. Dans ces interminables nuances de gris, les militants se font rares et préfèrent fermer les yeux au lieu d’être associés à ces « scandales » teints de gris.

    Pourtant les causes restent les mêmes et les injustices n’ont pas changé. Elles sont évidentes, criardes et incontestables. Ce sont les appréciations qui changent. C’est la multiplication des sensibilités et des appartenances qui entache certaines causes, pourtant justes, d’une bonne couche de gêne. Mais si on ne défend pas ces causes-là, indépendamment de la gêne qu’elles occasionnent, il n’y aura désormais plus rien à défendre…

     

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