Taïeb Baccouche, secrétaire général de l\’Union du Maghreb arabe (Uma), a été l\’invité de Khouloud Mabrouk, ce vendredi 14 février 2020, sur les ondes de IFM.
Lors de son passage à l\’émission « Dkika 90 », réalisée en partenariat avec Business News, représenté par Nizar Bahloul, et Leaders, représenté par l’ancien ambassadeur au Koweït, Mohamed Ibrahim Hassaïri, avec pour invité Iheb Chaouech de la Télévision tunisienne, M. Baccouche est revenu d’abord sur son retrait de Nidaa Tounes, parti dont il a été le secrétaire général de 2012 jusqu’à 2015.
Taïeb Baccouche a, en effet, précisé qu’il avait officiellement quitté Nidaa Tounes la veille du congrès constitutif de Sousse en 2016 suite à la diffusion d’un communiqué « fictif ». Un communiqué qui avait, selon M. Baccouche, occulté un point extrêmement important validé par le bureau exécutif et qui portait essentiellement sur les moyens de faire réussir ce congrès sans connaitre la partie qui avait été derrière cette suppression.
Et d’ajouter que la crise qui plombe Nidaa Tounes était causée par « la plupart de ses enfants qui l’ont détruit de l’intérieur » assurant que le représentant légal du parti, Hafedh Caïd Essebsi, n’assumait pas la responsabilité entière dans cette destruction et que le chef du gouvernement sortant, Youssef Chahed avait une part de responsabilité lui aussi.
Dans ce sens, Taïeb Baccouche a précisé qu’il n’entretenait pas une relation personnelle avec Hafedh Caïd Essebsi et qu’il ne l’avait pas vu depuis le décès de son père, le chef de l’Etat défunt Béji Caïd Essebsi, assurant que dès le début, leur relation était quasi inexistante.
Interrogé sur sa mission à la tête de l’Uma, Taïeb Baccouche a affirmé que l’Union n\’est pas dans un état « comateux » comme l’a qualifié M. Hassaïri. Toutefois, il a relevé que le sommet de l’Uma ne s’est pas tenu depuis plus de 25 ans ce qui représente un « énorme obstacle nécessitant un réexamen du système ».
Ainsi, M. Baccouche a relevé que l’Union du Maghreb arabe est passée par plusieurs blocages qui reviennent notamment à son maintien par un seul pays pendant des années soulignant que l’alternance au niveau de la présidence créera une certaine dynamique qui dissipera l’inertie actuelle.
Dans ce sens, M. Baccouche a annoncé que les efforts fournis commencent à être fructueux et que les pays concernés sont prêts à collaborer.
Et d’ajouter qu’il existe, à présent, des concertations officielles pour que la Libye –qui a maintenant la présidence- cède cette tâche au Maroc qui s’est engagé à tenir son sommet une fois le passage concrétisé.
En ce qui concerne la situation en Libye, l’ancien ministre des Affaires étrangères a assuré que les positions des pays du Maghreb arabe sont extrêmement proches quant à la nécessité de coordonner les efforts et parvenir à une solution à la « très grave » crise libyenne qui se répercutera, certes, sur la région.
Répondant à la question concernant la performance diplomatique de Kaïs Saïed par rapport à ses prédécesseurs à savoir Mohamed Moncef Marzouki et Zine El Abidine Ben Ali, Taïeb Baccouche a estimé que la politique étrangère actuelle de l\’Etat tunisien était « très faible » alors que celle de M. Marzouki était « catastrophique et pleine de contradictions » et que celle de Zine El Abidine Ben Ali était « satisfaisante » et plutôt positive. M. Baccouche a tenu à préciser qu\’il ne s\’agit pas de personnes mais de politique de l\’Etat.
M. Baccouche a reproché, en effet, au président de la République, Kaïs Saïed son absence du 33ème sommet des chefs d\’État de l\’Union africaine tenu à Addis-Abeba à cause d’une angine le clouant au lit.
Il a, également, indiqué que le limogeage de l’ambassadeur, Moncef Baâti, représentant permanent auprès des Nations-Unies à New York, était « catastrophique » notamment dans la manière, le timing et le communiqué dans lequel la présidence de la République avait accusé M. Baâti de recourir à des pays étrangers pour contrer sa révocation.
« Je suis désigné par l’Etat tunisien au poste du secrétaire général de l’Uma avec l’aval des cinq pays du Maghreb arabe. Kaïs Saïed ne peut pas me limoger unilatéralement et il lui faut l’accord unanime des chefs d’Etat de ces cinq pays. Si Kaïs Saïed continue dans cette démarche, il commettra une erreur qui lui nuira et nuira aussi à la Tunisie car je voulais abandonner cette mission mais j’ai une obligation morale et politique d’achever mon mandat », explique Taïeb Baccouche, interrogé sur l’éventualité de son limogeage par Kaïs Saïed suite à cette déclaration.
Revenant sur le conflit entre le secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), Noureddine Taboubi et Youssef Chahed, l’ancien SG de la centrale syndicale a nié que l’UGTT ait coopéré avec Hafedh Caïd Essebsi pour renverser le gouvernement. Des accusations qui ont été lancées par M. Chahed contre l’UGTT qui est devenue, selon lui, une partie du conflit politique depuis l’Accord de Carthage.
Ainsi, Taïeb Baccouche a souligné que la centrale syndicale est politiquement indépendante et qu’elle constitue une « force de proposition pour les questions sur lesquelles elle a le droit de donner son avis ».
Interrogé sur les multiples dépassements des droits de l’Homme quant aux journalistes et notamment la détention illégale du patron d’El Hiwar Ettounsi, Sami El Fehri, l’ancien président de l’Institut arabe des droits de l\’homme a jugé que la situation actuelle était « plus dangereuse » que celle vécue sous Ben Ali.
Il a, de surcroît, assuré qu’il y a, à présent, une « instrumentalisation de la justice » ainsi qu’un manque de « régulation » et de « réglementation » face au chaos et à l’excès de liberté surtout quand il s’agit de l’expression sur les réseaux sociaux.
Taïeb Baccouche n’avait pas, par ailleurs, manqué de commenter le processus actuel de formation du gouvernement en considérant que le gouvernement d’Elyes Fakhfakh n’était pas un gouvernement du président ou de partis politiques mais plutôt de « chaos politique ».
Taïeb Baccouch a tenu à préciser dans un droit de réponse adressé à Business News, mardi 18 février 2020, qu’il n’a pas limité sa qualification de la diplomatie tunisienne de « très faible » en la personne du président de la République Kaïs Saïed. Il considère que la faiblesse de la diplomatie tunisienne caractérise l’ensemble des institutions de l’Etat, qui comprend la présidence du gouvernement, la présidence du parlement ainsi que le ministère des Affaires étrangères
Business News a pris en considération les remarques de M. Baccouche et a opéré les rectifications nécessaires.
Boutheïna Laâtar










