Le drame des hommes politiques, est de se considérer meilleurs que les autres, plus intelligents, plus compétents et plus performants que leurs pairs qui sont eux aussi habités par cette même folie des grandeurs. Déjà, à la fin des années 70 du siècle dernier, un journalistes, Pierre Accoce et un médecin, Pierre Rentchnick, avaient publié un ouvrage intitulé « Ces malades qui nous gouvernent » dans lequel ils décryptent les comportements et les décisions des grands de notre monde, pour conclure que nous sommes gouvernés par des psychotiques, narcissiques et mégalomanes. Très souvent, ces personnes, méfiantes s’isolent, mènent une vie angoissante pour eux et leurs entourages et finissent leur existence dans des conditions dramatiques.
Lors de l’entretien entre le président de la République et le chef du gouvernement désigné Elyes Fakhfakh, au cours duquel ce dernier a présenté au chef de l’Etat la composition de son gouvernement, Kais Saïed a tenu à préciser qu’il ne faut plus parler de présidences multiples dans le pays. Selon Kais Saïed, il n’existe qu’un seul président et c’est lui. Comme pour adoucir un peu ses propos, il a cru bon d’ajouter qu’il espère que l’entente caractérisera les rapports entre lui, le chef du gouvernement et le président du parlement. Est-t-il vraiment nécessaire de faire cette remarque ? La constitution tunisienne affirme certes, dans son article 72 que le président de la République est le chef de l’Etat. Mais cette même constitution instaure un régime politique qui concentre le pouvoir aux mains des parlementaires et accorde en définitive, plus de prérogatives au chef du gouvernement qu’au président de la République. Chercher à être l’unique et le seul peut caresser notre égo, mais n’apporte rien au pays et à ceux qui y vivent.
Après trois ans et demi de présidence de gouvernement, Youssef Chahed s’apprête dès ce mercredi à passer la main et faire la passation avec son successeur Elyes Fakhfakh. Il subira, comme l’ont subi ses prédécesseurs avant lui et subiront ses successeurs après lui, la loi implacable de l’alternance. Il retrouvera une vie plus simple. Il sera moins sollicité et aura tout le temps pour se remémorer ses succès et ruminer ses échecs. Après des années passées sous les feux de la rampe, vient le temps pour Youssef Chahed de connaitre le silence et la solitude. Beaucoup d’hommes politiques n’ont pas supporté leur mise à l’écart et sont tombés dans la dépression. Youssef Chahed a des chances de rendre sa traversée du désert moins pénible. Dés jeudi, il pourra se consacrer à son poste de président de son parti, Tahya tounes et le doter des moyens de dépasser le flop des dernières législatives. N’ayant plus les facilités dues à son statut de chef de gouvernement, manquant du soutien de son lieutenant de toujours, Selim Azzabi, parti s’essayer à un rôle de ministre, Chahed est désormais seul. Il doit maintenant faire preuve d’efficacité et étaler ses dons de meneur d’hommes et de leader politique. Son avenir politique en dépend.
Fayçal Tebbini, l’unique, le seul et l’inamovible représentant du parti uninominal « La voix des agriculteurs » a annoncé qu’il n’accordera pas sa confiance au gouvernement Fakhfakh. On a beau chercher l’impact d’une telle décision, en vain. En fait, ne représentant rien ou très peu, à défaut de s’illustrer par des idées novatrices ou des propositions concrètes et efficaces, le député Tebbini brille par sa singularité. Après tout, c’est un moyen comme un autre d’exister.
Un autre député, Safi Saïd, a dit que lui aussi votera contre le gouvernement Fakhfakh. Lui aussi est seul et étrange. L’image qu’on garde de lui est celle d’un député esseulé, perdu dans l’hémicycle, debout à l’ombre d’une poutre. Il a développé la singularité jusqu’à changer son accent de langage. Aux dernières nouvelles, il opterait pour la création de son propre parti politique. Gageons qu’il sera toujours seul avec ou sans parti politique. Pour ma part, je ne miserai pas un seul kopeck sur ses chances de succès.
*Titre d’un ouvrage cité dans l’article, paru en 1977










