Le leader d’Ennahdha, Abdelhamid Jelassi est revenu ce jeudi 5 mars 2020, au micro de Mosaïque Fm, sur les raisons de sa démission du mouvement. Une démission qui a fait grand bruit du fait du calibre du dirigeant et des causes avancées.
Abdehamid Jelassi a expliqué qu’il a pris cette décision par respect à un parcours de 40 ans au sein d’Ennahdha. Pour lui, le mouvement a dévié de ses principes de démocratie, de justice et de soutien aux luttes justes, faisant désormais partie du système. Des dérives qui pourraient entrainer le pays dans une crise inextricable.
Sa démission, il la présente comme se basant sur des points fondamentaux : « C’est quoi faire de la politique pour Ennahdha au cours de cette période ? Quelles seraient ses alliances ? Quelles seraient ses bases ? Comment ferait-il pour diriger ses affaires internes ? ».
Le dirigeant démissionnaire explique qu’il y a eu des transformations positives au sein du mouvement, mais qu’il existe un problème au niveau du leadership : « Ennahdha est devenu le réceptacle de la culture de la confrérie. Tout le système des partis est en souffrance. J’estime qu’Ennahdha n’a pas réussi lors des dernières législatives. Avec seulement 52 sièges, c’est un semi-échec ! ».
Abdelhamid Jelassi relève qu’Ennahdha aurait pu proposer un gouvernement comme celui d’Elyes Fakhfakh depuis le début afin d’éviter les conflits et faire perdre un temps précieux au pays. Il estime que le paysage politique est devenu médiocre et que sa décision de quitter le parti murissait depuis des mois : « J’ai essayé de réformer de l’intérieur. Aujourd’hui, j’arrive à un point de saturation et je veux éviter les conflits avec mes amis ».
Selon lui Ennahdha essaie de combler le vide laissé par le RCD et Nidaa, mais qu’il a agi et considère l’Etat comme un butin.
Pour ce qui est de la reconduction de Rached Ghannouchi et de l’éventuel report du congrès, Abdelhamid Jelassi a fustigé une nomenklatura qui agit en toute impunité en imposant ses visions, l’accusant aussi de mauvaise gouvernance : « Il y a blocage depuis 50 ans ! Les nouvelles générations sont écartées. Il n’y a plus d’évolution. Si le premier parti est déchiré, tout le pays est menacé. Je ne veux pas être témoin d’une mauvaise pièce de théâtre, d’une direction partisane périmée. Le prochain congrès aurait pu être celui de la transition, mais il y a une centralisation excessive et un forcing de l’entourage du président du mouvement ».
Dépité, Abdelhamid Jelassi dit ne pas avoir voulu que ces problèmes éclatent au grand jour et de cette façon, mais que ce qui se passe Ennahdha est affligeant. Pour finir, il a démenti l’information selon laquelle il rejoindrait la Coalition Al Karama, assurant qu’il œuvrera à pousser le débat vers une restructuration de la vie partisane.
I.L.










