La télévision nationale a consacré ce jeudi 5 mars 2020 une émission spéciale aux anciens chefs du gouvernement, Hamadi Jebali, Ali Laârayedh et Habib Essid.
Pendant plus d’une heure, interrogés par Ilhem Kattani, les trois anciens chefs du gouvernement sont revenus sur leur mandat, commenté le bilan des gouvernements successifs qui se sont relayés au pouvoir depuis la révolution de 2011 mais aussi livré leurs recommandations pour la période à venir. Si Youssef Chahed a été absent de l’émission car la rédaction a estimé qu’il « n’avait pas assez de recul pour revenir sur un bilan encore tout frais », Mehdi Jomâa, pour sa part, a dû s’absenter « pour des raisons de santé ».
Hamadi Jebali, Ali Laârayedh et Habib Essid ont tous les trois estimé que si la révolution a apporté du changement dans le pays, il n’a pas été assez profond pour changer concrètement le quotidien des citoyens.
« Nous avons réussi à instaurer la liberté mais nous n’avons pas encore mis au point la démocratie. Il fallait très vite consolider les acquis pour pouvoir nous concentrer sur les programmes, le développement et les solutions concrètes à apporter au pays » a précisé Ali Laârayedh.
Pour Habib Essid, la raison principale de l’incapacité des gouvernements à créer un réel changement est la Constitution. « Nous avons élaboré une Constitution qui ne sied pas au pays et qui au final alimente les tiraillements entre le Parlement et les deux têtes de l’exécutif » a-t-il expliqué.
« Les libertés et le développement sont très liés, il n y a pas de développement sans libertés et pas de démocratie sans développement. Nous avons engagé un pas énorme dans le processus politique et cela devait nous donner l’assise nécessaire pour aller immédiatement vers les questions économique et sociale, ce qui a entravé cette marche c’est les parties que la révolution a dérangé et dont les intérêts ont été touchés. A un moment, les grèves se succédaient, les barrages, les manifestations tout cela orchestré par l’UGTT principalement a entravé le travail du gouvernement. Certaines parties ont tout fait pour bloquer le processus, que ce soit pour des intérêts financiers ou idéologiques et dans les deux cas, les lobbies ont fait le boulot. On voulait qu’Ennahdha tombe par tous les moyens, on devait abattre la Troïka c’était ça l’objectif » a souligné, pour sa part, Hamadi Jebali.
Ali Laârayedh a estimé que la transition démocratique a pris du temps et que la liberté retrouvée a d’abord déstabilisé les Tunisiens. Il a précisé que les défis ont d’abord été politiques et sécuritaires et c’est ce qui a freiné le développement, soulignant qu’il a été difficile d’appliquer la loi à de nombreuses reprises, contre les manifestants en l’occurrence.
Sur la question sécuritaire et plus précisément sur l’affaire des assassinats politiques, Hamadi Jebali et Ali Laârayed ont affirmé que c’est à la justice qu’il revient de révéler les dessous des affaires Belaïd et Brahmi, soulignant au passage que des parties entravent le travail de la justice et œuvrent à la discréditer pour que la vérité sur ces affaires ne soit jamais révélée.
« Les gens qui ne veulent pas que la vérité soit révélée sont ceux qui font tout pour discréditer la justice et instrumentaliser l’affaire Belaïd » a déclaré Ali Laârayed avant que Hamadi Jebali ajoute qu’on essaye d’instrumentaliser l’affaire Belaïd comme l’holocauste et que ceux qui l’ont assassiné sont ceux qui se sont rendus à ses funérailles.
Sur une éventuelle sortie de la crise, les anciens chefs du gouvernement d’Ennahdha ont estimé que les différends idéologiques doivent vite être dépassés pour espérer engager les réformes concrètes qui sauveront le pays. Plus pessimiste, Habib Essid a considéré que seul un miracle pourrait sauver la Tunisie.
M.B.Z










