Une explosion a ébranlé le calme quartier des affaires au Lac 2. Face à l’ambassade des Etats-Unis, deux énergumènes actionnent leurs ceintures explosives s’envoyant en l’air en lambeaux. Des sécuritaires et une civile sont blessés. Un policier succombera à ses blessures quelques heures plus tard, martyr du devoir national. Qu’il repose en paix.
Les rats sont sortis de leur trou. Ils ont voulu reprendre du service. Quoique les qualifier de rats est franchement insultant pour cet animal qui a sa place dans l’écosystème, mais passons. Ils ont voulu semer la terreur, déstabiliser les forces armées, ébranler l’Etat, envoyer un message pour dire qu’ils sont toujours parmi nous, toujours opérationnels, toujours nuisibles.
Même pas peur ! Nous avons connu pire, notre pays a connu bien pire et on sait que le risque zéro n’existe pas, comme partout dans le monde d’ailleurs. La guerre contre le terrorisme continue et les réussites de nos forces sont notoires. Quelques loups solitaires, pour reprendre l’expression (quoique le loup n’a rien à voir avec de telles atrocités) peuvent malheureusement échapper au filet de temps en temps. Leur seule arme, le feu et le sang, dans le but de nourrir la crainte chez les citoyens puis de s’en gaver pour se redonner des forces.
Même pas peur ! Ils se servent de la violence comme stratégie pour disséminer leur idéologie, mais il a été démontré que les populations en ressortent plus fortes, qu’elles rejettent la brutalité et les exactions, qu’elles les vomissent, eux, les instigateurs de la terreur. Ils échouent, ils perdent à tous les coups, en dépit du choc qu’ils génèrent à chaque fois, en dépit des pertes douloureuses. Cela renforce un peuple dans l’épreuve et l’unit autour de son drapeau.
Le terrorisme a comme moteur la guerre psychologique par laquelle ses auteurs tendent à nous rappeler leur présence parmi nous. L’opération ratée qui a visé une patrouille positionnée face à l’ambassade américaine s’inscrit dans cette optique. Elle s’inscrit aussi dans un environnement régional instable. Il ne faudrait pas omettre que le terrorisme est mondialisé et que les réseaux sont interconnectés.
Il y a aussi le timing de l’opération et sa symbolique. Ce n’est pas anodin que cette attaque-suicide ait lieu après une série de réussites sécuritaires et militaires contre les groupuscules qui sévissent dans les hauteurs du pays, mais également les plans déjoués dans les villes. Il y a aussi la commémoration de la bataille de Ben Guerdène, où un groupe terroriste s’est mis dans la tête d’occuper la ville et d’en faire un émirat islamique. La victoire des forces tunisiennes, la solidarité des citoyens face à cette attaque n’est plus à rappeler. L’attaque a coïncidé aussi avec le premier conseil des ministres après la mise en place du gouvernement, tenu en présence du chef de l’Etat. Histoire de lancer un pied de nez aux nouveaux gouvernants, de les narguer et de leur dire vous n’aurez aucun répit. Et puis l’endroit choisi, l’un des plus sécurisé en Tunisie. Une nouvelle attaque contre l’ambassade US.
Le message est clair : nous sommes capables d’atteindre les lieux les plus inaccessibles, même sans faire de gros dégâts. La symbolique y est. L’Etat est attaqué de l’intérieur et on sape son image à l’extérieur. Le geste est doublement, à visée politique – éclabousser le démarrage de l’action gouvernementale-, et économique – faire en sorte d’aggraver la crise économique.
Et puis aussi, il y a comme un climat nauséabond qui rappelle à notre souvenir la période de 2011-2013. Des députés du peuple n’hésitent pas à faire l’apologie du takfirisme en lançant ouvertement et dans l’impunité des accusations contre leurs concitoyens. Ce discours politique haineux et dangereux, sans en faire le lien direct avec l’attaque d’aujourd’hui, peut en favoriser le terrain et légitimer ces opérations visant à détruire les fondements de l’Etat. Ces mêmes députés, à l’obédience à peine dissimulée, osent commenter l’attentat suicide l’imputant aux services d’espionnage, idée de véhiculer les théories complotistes dont ils raffolent et d’innocenter dans la foulée leurs protégés.
Les nuisibles sont de sorties aujourd’hui, mais pas pour longtemps, pas tant que des femmes et des hommes restent vigilants et dénoncent les dérives, pas tant que des Tunisiennes et des Tunisiens portent en étendard l’espoir d’une patrie délivrées de ses démons.










