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Face au Coronavirus et au terrorisme, Kaïs Saïed préfère la récupération et l’enseignement

 

Semaine mouvementée en Tunisie et dans le monde. Bien mouvementée quand on voit les ravages que commence à faire le Coronavirus chez notre voisin italien, deuxième partenaire de la Tunisie et le début de la vague de panique en France, premier partenaire de la Tunisie.

A ce jour,  avec 7 375 cas et 366 morts, l\’Italie devient le pays le plus touché après la Chine. En France, le bilan est monté à 19 décès et 1126 cas confirmés. Le nombre de cas dépasse les 105.000 dans le monde, avec plus de 3700 morts. En Tunisie, on recense un millier de cas confinés (confinés et non confirmés) et cinq cas confirmés. Plutôt que de nous alarmer, on en rigole et ce n’est pas plus grave. Sauf que notre rigolade n’a pas pour origine une sorte de résignation ou une mentalité de « on y réfléchira quand ça arrivera », mais plutôt un manque de sensibilisation des autorités, une mentalité de « ça n’arrive qu’aux autres » et « Ne craignons rien, Allah est là pour nous protéger ».

 

Au même moment, et pendant que le Corona poursuit tranquillement son voyage, la vie continue. C’était la première semaine du gouvernement Elyes Fakhfakh qui a dû, coup sur coup, essuyer le premier cas du virus, un attentat terroriste devant un check point menant à l’ambassade américaine à Tunis et l’absence de voix suffisantes pour voter un projet de loi de libre échange avec l’Afrique (la Zleca).

Comment a-t-on réagi face à ces trois « catastrophes » ? Soyons tolérants, vu qu’on est dans les cent premiers jours, pour dire « en deçà des attentes et de ce que l’on peut exiger d’un gouvernement ».

La tolérance ne prévaut cependant pas avec Kaïs Saïed qui continue encore son manège et ne réagit pas, comme devrait réagir un président de la République.

Pour marquer le moment (historique pense-t-il), il a tenu à présider le premier conseil des ministres. C’est son droit, il n’y a pas à dire et il serait politiquement bête de rater cette occasion, d’encourager les ministres et d’envoyer de bons messages aussi bien pour eux  que pour nous.

Au lieu de quoi, le président de la République (anciennement « professeur » de Droit) a préféré donner un cours magistral, en arabe littéraire il va sans dire, sur ce qu’est un « Conseil des ministres », sur l’historique des « conseils des ministres », sur les missions des « conseils des ministres »… Non, on ne rigole pas, c’est la vérité. On dirait qu’il a passé sa nuit à préparer sa leçon, comme tout bon enseignant consciencieux.  Pire, il a même préparé une pique au « collègue » qui risque de lui voler la vedette, à savoir Elyes Fakhfakh, chef du gouvernement, qui a eu droit à un démenti public cinglant et ce après avoir « osé » dire que c’est lui qui a invité le président de la République à présider le premier conseil des ministres ! On est carrément à la cour de récréation ! Ce n’est pas la première fois que la présidence dément publiquement un haut cadre de l’Etat, il y a déjà un précédent avec le démenti ayant frappé sa conseillère de communication Rachida Ennaïfer. En dépit de la polémique suscitée alors sur cet impair au sommet de l’Etat, Kaïs Saïed a récidivé. Dire qu’il est sourd aux critiques serait peu ! 

 

Vendredi 6 mars, l’attentat. Encore un ! On ne s’y habituera pas, on ne s’y habituera jamais. Paix à l’âme de notre martyr Taoufik Missaoui. Au diable les deux bipèdes identifiés comme dangereux par nos services de sécurité, mais qui ont pu passer entre les mailles du filet par la grâce d’avocats et députés aveuglés par leur idéologie et leur bêtise.

Faut-il rappeler que des dizaines d’autres personnes identifiées comme dangereuses par le ministère de l’Intérieur ont pu recouvrer leurs passeports et leur totale liberté grâce aux interventions des députés ? Le prétexte (tout juste et tout vrai) est que les mesures d’interdiction étaient illégales. Soit. Mais que doit-on faire ? Les laisser dans la nature  pour se faire exploser ? Aujourd’hui, c’est devant un check point, demain ce sera dans une grande surface. Comment sera la réaction de tous ces avocats et députés si un de leurs enfants ou de leurs proches meurt dans un attentat commis par un des suspects qu’ils défendent ?

Faut-il rappeler que la semaine dernière, au cours de la discussion d’un projet de loi politique, deux députés (au moins) ont pris la parole pour évoquer les cas personnels d’une Tunisienne suspecte de terrorisme arrêtée en Algérie (Maher Zid a affirmé qu’elle est envoyée par l’ancien ministre de l’Intérieur en tant qu’espionne) et d’un Tunisien condamné à mort au Qatar (Seïf Eddine Makhlouf a affirmé que son procès s’est déroulé dans des conditions louches) ? Voilà où on en est avec un parlement rempli de terroristes idéologiques, politiques et intellectuels ! Paix à ton âme une nouvelle fois Taoufik Missaoui !

Désolé pour la parenthèse, mais voilà, la semaine était bien mouvementée et nos dirigeants sont ailleurs ; pas là où ils devraient être, pas pourquoi nous les payons.

Où ça ailleurs ? Après voulu blanchir et angéliser les suspects de terrorisme, ils étaient sur les plateaux TV pour tenter de se blanchir eux-mêmes. « Merci » à la Télévision publique nationale de leur offrir l’opportunité ! Les autres députés étaient en train de marquer les points politiques sur le dos de nos martyrs.

Quant au président de la République, il s’est rendu au chevet des malades, accompagné de ses cameramen et photographes !

 

Ce qu’a fait Kaïs Saïed, en ce triste vendredi 6 mars, ne porte qu’un nom : de la récupération politique. S’il est indéniable qu’un président de la République se doit d’être présent en ces moments là et que l’on ne peut qu’apprécier de le voir aux côtés des membres de forces de l’ordre blessés, il ne peut en aucun cas médiatiser cet acte. Au pire des cas, et à défaut d’un média-complice à qui on fait fuiter l’info, un communiqué textuel sans image suffit ! Le dernier des spécialistes en communication le lui dirait.

De deux choses l’une, soit Kaïs Saïed voulait médiatiser son acte et ceci est répréhensible, soit il est mal conseillé en matière de communication et c’est pire. Dans un cas comme dans l’autre, il est mal conseillé aussi bien sur le plan de la politique que de la communication. On peut aussi imaginer une troisième réponse, comme quoi il a été bien conseillé, mais il avait un autre avis et est allé contre l’avis de ses conseillers. Ça revient au même, car un chef de cabinet ou un directeur de la communication qui n’est pas audible ou n’est pas convaincant n’est pas un bon conseiller et n’a pas à être à la présidence de la République.

Kaïs Saïed a axé toute sa stratégie de communication autour du populiste et très consommé dicton « le peuple veut ». Eh ben que monsieur le président de la République sache que le peuple ne veut pas voir à l’hôpital les forces de l’ordre qui veillent sur sa sécurité. Que le peuple ne veut pas voir le président de la République médiatiser ses bienfaisances et ses actions, ce pour quoi il est payé. Que le peuple se moque de lui quand il dit que la Tunisie a tout ce qu’il faut pour construire des avions (J’entends d’ici les rires des Toulousains). Que le peuple, le chef du gouvernement, les ministres et la planète entière se foutent de ce qu’est un conseil des ministres et quelles sont ses prérogatives.

 

 « Les dangers sont multiples. Le gouvernement d’Elyes Fakhfakh pourrait n’avoir d’autre choix que de gérer au jour le jour une situation économique qui se dégrade », alerte le dernier rapport de l’International Crisis Group qui rappelle que les indicateurs macro-économiques de la Tunisie continuent de se dégrader, malgré un accroissement des réserves de change : croissance faible (environ 1%), ratio élevé entre masse salariale et PIB (plus de 50%), dette extérieure à plus de 100% du PIB, plus de 20% du budget consacré au remboursement de la dette en 2020, creusement du déficit extérieur, baisse de la valeur ajoutée dans l’industrie depuis 2017, liée notamment à la baisse des exportations et au déficit commercial.

Si Kaïs Saïed veut continuer à séduire le « peuple », qu’il poursuive alors son action comme il l’a commencée avec des visites à tout et n’importe qui et qu’il n’oublie surtout pas d’amener ses photographes.  S’il cherche à donner au peuple ce qu’il veut, qu’il sache que ce peuple aime le plus c’est la paresse, le farniente, les capucins (café tâché de lait), la chicha, la cuisine, le foot et le sexe. Mais, s’il veut trouver des réponses concrètes aux véritables problèmes du peuple, qu’il lise alors les rapports alarmants au sujet de la Tunisie, les analyses pertinentes des experts et des médias et qu’il cesse d’écouter les béni oui-oui de son cabinet ! Désolé pour cette leçon monsieur le président et Dieu sait combien je déteste cela !

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