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La rue commence à gronder, le confinement n’est plus possible

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    Jour 9 du confinement et rien de neuf du côté de la Kasbah quant à sa reconduction. Rien de neuf non plus du côté de Carthage dont le locataire a pourtant admis que sa propre décision de décréter un couvre-feu, d’une manière unilatérale, est absurde et contreproductive. La Tunisie étant l’unique pays à l’avoir observé avec l’Inde qui a eu du mal à confiner 1,3 milliard de personnes.

    Jour 9 et le bilan est là, la population souffre de son emprisonnement dans une cage dorée. Certains ont souffert d’une agression policière bête et méchante et d’autres sont carrément en détention parce qu’ils ont dénoncé cette violence, alors qu’ils ne faisaient que leur travail, autorisation de leur employeur à l’appui. Il y a comme un air de retour d’une ère de violence – c’est la perception du moins – ravivé par la proposition liberticide et bâclée d’un député, avocat et ancien patron de presse pour emprisonner les utilisateurs de réseaux sociaux propageant des fake news. Ça reste juste une perception, on n’en est pas là, heureusement.

    Nous demeurons, cependant, encore confinés. Où va-t-on encore avec ce confinement ? Est-il nécessaire ? A-t-il sauvé des vies ? Pourquoi certains pays observant le confinement depuis des semaines ont-ils un grand nombre de morts, et en incessante croissance (France et Espagne par exemple), alors que d’autres n’enregistrent « que » quelques dizaines sans aucun confinement (Suède par exemple).

     

    L’équation est vite résolue quand on nous dit que sans ce confinement, la Tunisie aurait pu enregistrer, elle aussi, des milliers de morts.  Tout est dans le conditionnel de l’ « aurait pu ». Beaucoup répondront, croyants et pieux comme ils sont, que personne ne vivra au-delà de ce que le Bon Dieu aurait voulu qu’il vive. Réplique tout aussi facile.

    La vérité est que personne ne sait quoi répondre. Les politiques renvoient la balle aux scientifiques pour justifier leur décision de confinement. Elyes Fakhfakh ne fait pas l’exception et lui aussi a basé sa décision de confinement sur les rapports que lui ont donnés nos scientifiques. Il a d’ailleurs rendez-vous avec eux ce lundi 30 mars 2020 15h. Le souci, c’est que les scientifiques eux-mêmes sont divisés et ne savent ni quoi penser, ni quoi décider.  Et on ne compte plus le nombre de scientifiques, y compris à l’OMS, qui recommandent la vie normale avec prudence et comportement hygiénique orthodoxe, plutôt que le confinement encore plus nuisible à la santé que le virus. Allez comprendre ! Si les scientifiques eux-mêmes ne sont pas capables de savoir ce qui est bon et ce qui est mauvais, que dire de nous, gens ordinaires !

     

    Le fait est que le confinement commence à peser lourd, car pour beaucoup d’entre nous, la maison n’est qu’un endroit pour dormir et non pour vivre. C’est notamment le cas dans les quartiers populaires où les gens vivent dehors « fel houma ».

    Le confinement est encore plus lourd pour les travailleurs journaliers exerçant une activité sans rapport avec ce qui est permis sous Covid-2019. Ici, on en compte des dizaines de milliers.

    Encore plus lourd pour les PME qui ont du personnel à payer, car non seulement elles n’ont pas de recettes, mais leurs dépenses en salaires (au moins) demeurent intactes. Cela touche les restos, les cafés, les start-up, les petites sociétés etc.

    Le confinement devient carrément intenable pour les grosses sociétés, les usines, comme celles du textile dont on enregistre un bon nombre, et les exportateurs. Ce sont des millions de dinars qu’ils doivent débourser pour un travail non effectué.

    Les seuls finalement à s’en tirer à bon compte sont tous ces fonctionnaires, non concernés par le Covid-19, qui sont restés chez eux et qui vont être payés pour ne rien faire.

    Non seulement c’est injuste à l’égard de tous les autres citoyens qui paient les impôts, mais c’est encore plus injuste envers tous ces fonctionnaires concernés par le Covid-19, dont notamment ceux de la Santé (que nous saluons et remercions), qui vont toucher les mêmes salaires, alors qu’ils travaillent doublement et exposent leur corps à un danger réel.

     

    On a beau dire que la situation de la Tunisie est identique ou presque à celle de la planète entière, rien à faire, le confinement ne passe pas. L’être humain est programmé pour travailler, pour bouger, pour s’activer. Il doit aussi subvenir à ses besoins et aux besoins de sa famille. Lui dire « reste chez toi pour quelques jours », sans accompagner cet ordre par des mesures économiques claires, sonnantes et trébuchantes, ne devrait pas résister longtemps à la gronde populaire qu’on commence à voir déjà.

    Aujourd’hui même, au quartier populaire de la Mnihla, celui du président de la République, on commence à voir des manifestations de citoyens en colère. Que la planète entière observe le confinement ne veut rien dire pour eux, que des milliers de personnes échappent à la mort grâce au confinement (CQFD) ne leur dit rien, ces gens-là ne demandent rien, ils veulent juste travailler pour subvenir à leurs besoins. Si tu ne veux pas qu’ils travaillent, eh ben faut les payer !

    Ce que l’on a observé aujourd’hui à la Mnihla, on va l’observer dans les jours à venir dans plusieurs autres quartiers et plusieurs autres villes.

    La gronde ne touchera pas que les nécessiteux et ceux qui ont épuisé leurs fonds de tirelires, elle touchera aussi les journaliers cités plus haut, les travailleurs indépendants, les petits patrons de PME et les grands patrons de grosses sociétés.

     

    A ce jour, tout indique que les scientifiques tunisiens vont proposer une prorogation du confinement de 7 ou 15 jours. D’après les échos qui nous parviennent, ils ne sont pas trop adeptes du modèle suédois et ne veulent pas prendre une telle responsabilité.

    Leur avis est fondamental pour la prise de décision par le conseil national de la sûreté que préside le chef de l’Etat. Quelle sera la décision de ce conseil dont ne fait plus partie un grand général ?

    Suivra-t-il le conseil des scientifiques en imposant encore le confinement et avec le risque de voir la rue envahie par des centaines, voire des milliers, de personnes en colère ? Ou bien laissera-t-il l’économie reprendre ses droits avec le risque de voir des centaines, voire des milliers de morts du coronavirus ? La réponse est pour cette semaine et elle sera assurément désagréable à entendre.

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